Récent, le métier de gardien d’animaux est encore méconnu

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Récent, le métier de gardien d’animaux est encore méconnu

Veiller quotidiennement au bien-être de chiens et de chats est un rêve que caressent nombre de jeunes gens. Certains ont même choisi d’en faire leur profession. Rencontre au Mont-Pèlerin (VD).

Récent, le métier de gardien d’animaux est encore méconnu

Comme chaque matin, Séverine est attendue avec impatience. Une quinzaine de boules de poil trottinent en effet joyeusement autour d’elle, alors qu’elle leur sert une gamelle de croquettes. Ce moment privilégié n’est
cependant pas qu’une seule pause récréative: il lui permet de vérifier que tous les chiots sont en bonne santé. La jeune femme suit en effet une formation de gardienne d’animaux au Domaine de la forêt des Barussels, au Mont-Pèlerin (VD). Ici, trois races sont élevées: le miniberger australien, le berger blanc suisse et le golden retriever. Le site abrite aussi une pension pour chiens. «Nous accueillons parfois jusqu’à 100 chiens, entre les pensionnaires, ceux de notre d’élevage et leurs chiots, observe Pascale Benzo, responsable du lieu. Un encadrement professionnel est indispensable. Nous sommes donc cinq gardiennes d’animaux diplômées à gérer la structure. Cette formation assure de bonnes connaissances pour prendre soin de chiens de manière compétente.» La profession, récente, est encore peu connue. Le premier règlement d’apprentissage date en effet de 2001. «Travailler avec des chiens était mon objectif, explique Séverine Favre, apprentie de deuxième année. Contrairement au métier d’assistante vétérinaire, je côtoie presque exclusivement des animaux en bonne santé.»

Grande diversité des tâches
Ce jour-là, Marion pèse les chiots, issus de plusieurs portées, afin de suivre leur croissance. Dans un des parcs clôturés, Amandine sort de son côté trois bergers blancs suisses, tout heureux de pouvoir se défouler. Quant à Séverine, elle s’attelle au ramassage des crottes dans les enclos, après avoir vérifié que tous les chiens ont de l’eau fraîche à disposition.
Avant le soir, il faudra encore brosser les couvertures des golden retrievers, donner son médicament à un jeune miniberger australien, nettoyer les niches et vérifier le stock de croquettes. «Le travail est varié, ce qui le rend particulièrement intéressant, se réjouit Marion Philipona, qui vient de com mencer sa formation. Il ne faut cependant pas imaginer que nous passons nos journées à balader les chiens. Le nettoyage et l’entretien des lieux nous prennent beaucoup de temps.» Certes idyllique par certains aspects, cette profession requiert également une bonne résistance physique. Été comme hiver, le gardien d’animaux travaille à l’extérieur. Il doit avoir assez de force pour retenir un chien de grande taille qui tire sur sa laisse. De plus, comme toute activité avec les animaux, les horaires sont irréguliers, avec des services de piquet le week-end. «Malgré tout, ce métier est particulièrement gratifiant, s’enthousiasme Séverine Favre. Mon plus beau souvenir reste d’avoir aidé une chienne à mettre bas.»

Une profession qui a de l’avenir
Si l’amour des animaux est essentiel pour envisager une telle formation, il s’agit aussi d’être à l’aise avec la clientèle. «Chaque jour, nous répondons à de nombreux appels téléphoniques de clients qui souhaitent savoir si un chiot est encore disponible ou réserver une place en pension, souligne la diplômée Amandine Sigaud. Nous avons aussi des personnes qui viennent visiter l’élevage ou amener leur chien pour les vacances.» La clochette d’entrée retentit d’ailleurs à ce moment-là. Après avoir fait un compte rendu du séjour d’un pensionnaire, la jeune femme le rend à son propriétaire, tout heureux de retrouver son compagnon. «Je suis persuadée que ce métier a de l’avenir, observe Pascale Benzo. Nombreux sont désormais les propriétaires à avoir un chien sans vouloir renoncer à une certaine liberté. Mais ils ne sont pas prêts à confier leurs protégés à n’importe qui. Un service professionnel de gardiennage, que cela soit pour quelques heures ou le temps des vacances, répond donc aux besoins de notre société.»

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Mathieu Rod/DR

Zoos et labos aussi concernés

L’apprentissage de gardien d’animaux se déroule sur une durée de trois ans, débouchant sur un CFC. Une fois par semaine, des cours théoriques ont lieu à l’école professionnelle EPSIC à Lausanne. Différentes thématiques sont abordées durant la formation: la garde et la surveillance des animaux, les soins à apporter, le droit lié à la protection des animaux, la communication avec les clients ou les chercheurs, ainsi que l’entretien des installations. À noter qu’il existe trois spécialisations distinctes: animaux de compagnie, animaux sauvages et animaux de laboratoire.

Questions à...

Stéphanie Meier, responsable de la formation de gardien d’animaux à l’EPSIC, à Lausanne

Cette filière rencontre-t-elle beaucoup de succès?
Oui, elle est très prisée. Sur les trois années d’apprentissage, nous avons actuellement une septantaine de jeunes en formation, issus de toute la Suisse romande. Les apprentis suivent un tronc commun les deux premières années, puis sont séparés la troisième, suivant leur option: animaux sauvages, de compagnie ou de laboratoire. Les récentes émissions françaises à succès, qui montrent des stagiaires s’occupant d’animaux dans les zoos, n’y sont certainement pas étrangères. Beaucoup de jeunes aimeraient être à leur place. Mais entre le rêve et la réalité, il y a un fossé.

Quelles sont les difficultés rencontrées par ces jeunes?
La plus importante est liée au peu de places d’apprentissage disponibles en Romandie. On constate qu’il y a clairement plus d’adolescents qui souhaiteraient se former que de possibilités de le faire. De plus, une fois le CFC en poche, les emplois sont rares. Les refuges, les animaleries, les pensions, les salons de toilettage, les zoos et les laboratoires offrent parfois une place. Le jeune peut aussi, à terme, créer sa propre structure.