L’école de poneys trotteurs est de retour à Avenches

Animaux
Reportage
L’école de poneys trotteurs est de retour à Avenches

Ce week-end, Avenches (VD) vibrera au rythme des sabots lors du festival équestre Equus helveticus. Cette édition sera marquée par la renaissance de l’École de poneys trotteurs, dévastée par un incendie criminel au début de l’été.

L’école de poneys trotteurs est de retour à Avenches

Sous l’œil attentif de l’entraîneur Raphaël Fresneau, quatre poneys trotteurs et leurs jeunes drivers évoluent au petit trot. Ceux-ci se préparent pour les courses qui se dérouleront lors du festival équestre d’Equus helveticus. Ce cours a cependant une saveur particulière pour ces enfants. Jussi, Troja, Ruth et Bivero sont en effet les uniques survivants de l’incendie criminel qui a complètement détruit l’École de poneys trotteurs, à Avenches, en juillet dernier.

Une formidable solidarité
Vingt-quatre chevaux ont péri dans les flammes, dont onze poneys. Les box, les locaux, le matériel spécifique – harnais, sulkys, casaques de couleur pour les courses, outils didactiques: tout a brûlé. Equus helveticus marquera officiellement la reprise de l’école, avec à la clé une série de courses disputées par les quatre rescapés, ainsi qu’un stand d’information destiné à montrer au grand public l’avancée du projet de reconstruction.
«Malgré la douleur, la colère et l’incompréhension, nous voulons montrer que l’école continue à exister», souligne Jean-Pierre Kratzer, directeur de l’Institut équestre national d’Avenches (IENA). Épaulé par sa fille Stéphanie Pujol, responsable de l’école, ainsi que de nombreuses personnes qui ont proposé leur aide, celui-ci a rapidement entrepris les démarches nécessaires pour recréer ce qui a été détruit. «Le formidable élan de solidarité et la générosité qui ont suivi l’incendie nous touchent profondément. Nous avons reçu de toute part des marques de soutien.»

Former la relève
Méconnue du grand public, l’école, qui a ouvert en 2013, s’est retrouvée au premier plan de l’actualité à la suite de ce drame. «Mon but est de transmettre mon amour du trot attelé, en offrant la possibilité aux jeunes de découvrir le monde des courses, souligne Jean-Pierre Kratzer. J’espère susciter ainsi des vocations auprès de ces enfants qui représentent la relève de demain. Grâce à un tarif attractif, les cours ne sont pas réservés à une élite, mais ouverts à tous.»
Une cinquantaine d’élèves, âgés de 4 à
16 ans, se retrouvent chaque semaine par petits groupes, afin de progresser à leur rythme. Certains participent à des courses organisées spécifiquement à leur intention. «La griserie de la vitesse et l’adrénaline ressentie sur la ligne d’arrivée motivent les enfants», observe Stéphanie Pujol. Mais cette initiation dépasse la seule découverte pour représenter une véritable école de vie. «Le respect, la solidarité, l’entraide et la discipline sont les valeurs que nous souhaitons transmettre aux élèves, explique la jeune femme. L’école repose en effet sur l’équité entre chacun. Lors d’une saison de courses, les enfants drivent à chaque fois un autre poney, afin que chacun ait les mêmes chances. Ils apprennent ainsi à se dépasser: ils n’ont en effet pas toujours le favori, mais essaient d’en tirer le meilleur.»

Plus beau qu’avant
Très durement touchée, l’école entame dés­ormais sa phase de reconstruction. «Il y aura un avant et un après cette épreuve, témoigne Jean-Pierre Kratzer. Cette volonté délibérée de détruire est difficile à accepter. Mais la vie continue, à nous d’écrire la suite de cette histoire.» Les plans pour la nouvelle structure sont en phase de finalisation. La mise à l’enquête aura lieu au début de l’automne, avec pour objectif l’obtention d’un permis de construire avant la fin de l’année.
Une douzaine de poneys acquis en Suède rejoindront Avenches en octobre. Tous sont des gotlandsruss, une race qui a fait ses preuves sur les champs de courses nordiques. «Les enfants ont été intégrés à ce processus de reconstruction, explique Stéphanie Pujol. Ils ont apporté leurs propres idées pour améliorer la structure qui existait, en proposant de créer par exemple des locaux plus fonctionnels.» L’école promet déjà quelques nouveautés. Le projet de l’ouvrir au-delà de l’âge limite de 16 ans prend forme, avec toujours comme moteur l’envie de transmettre la passion des courses. Un pari déjà gagné! L’une des élèves poursuit même désormais un apprentissage à Grosbois, temple français du trot attelé.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Thierry Porchet

Questions à... Clara Ackermann

Clara Ackermann est responsable des journées familiales au Haras national suisse.

À l’occasion d’Equus helveticus, le haras propose un riche programme destiné aux jeunes. Quelles seront les nouveautés cette année?
Pour la première fois, les enfants pourront participer à une compétition de hobby horsing, une discipline divertissante qui rencontre ces derniers temps un succès phénoménal auprès des adolescentes finlandaises. Lors de cette activité ludique, les cavaliers en herbe s’élancent sur un parcours de saut d’obstacles comme les grands, mais ils chevauchent une monture factice. Au préalable, il leur faudra la confectionner, en faisant appel à des techniques utilisées dans les métiers traditionnels du monde équestre, tels le sellier et le charron. Nous espérons que cette découverte donne envie aux jeunes non-cavaliers de s’intéresser aux sports équestres.

L’équitation est-elle un sport prisé par les jeunes?
L’équitation souffre encore parfois d’une image élitiste. Mais cette discipline s’est désormais largement démocratisée. On constate cependant de grandes différences de genre, les filles plébiscitant ce sport, contrairement aux garçons. La dernière étude publiée par l’observatoire du sport et de l’activité physique en Suisse a révélé que l’équitation arrivait au cinquième rang des sports pratiqués par les jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. Elle révèle également que 93% des cavaliers de cette tranche d’âge sont en fait des cavalières. L’équitation arrive également en cinquième position des sports que souhaitent pratiquer des jeunes filles qui désirent commencer une nouvelle activité sportive.

Que peut apporter ce sport au développement de l’enfant?
Prendre soin d’un autre être vivant permet de responsabiliser le jeune. Je constate dans mon entourage que les adolescents qui sont cavaliers font souvent preuve de plus de maturité. À un âge riche en émotions, l’animal est souvent un confident complice à qui raconter ses peines et ses soucis. En outre, dans notre mode de vie désormais essentiellement citadin, le cheval permet de se reconnecter avec la nature. Il offre un sentiment de liberté et d’évasion bienvenu.

En chiffres

Equus helveticus, c’est:
3 jours de manifestation, du 15 au 17 septembre, à Avenches (VD).
4 organismes qui unissent leurs forces: le Haras national suisse d’Agroscope, l’Institut équestre national suisse d’Avenches, la Fédération d’élevage du cheval de sport suisse et la Fédération suisse du franches-montagnes.
1000 chevaux qui s’affrontent tout au long du week-end, franches-montagnes, demi-sang suisse, trotteurs et galopeurs.
Plus de 8 disciplines représentées: saut d’obstacles, dressage, attelage, gymkhana, équitation western, courses diverses (trot, galop, chars romains, campagnardes),  débardage, traction.
20 000 personnes attendues tout au long du week-end.
+ D’infos www.equus-helveticus.ch

De nombreuses disciplines à découvrir

Equus helveticus représente une bonne occasion de faire connaissance avec l’incroyable diversité du monde équestre. L’équitation a en effet la particularité de compter un grand nombre de disciplines très variées. Pour répondre aux besoins de chacune d’elles, diverses races ont été sélectionnées au fil du temps par les éleveurs, qui seront aussi à l’honneur ce week-end. Vitesse des galopeurs sur l’hippodrome, puissance des demi-sang suisses sur les obstacles, calme des franches-montagnes lors du gymkhana: il y en aura pour tous les goûts. Chaque spectateur, qu’il soit cavalier ou non, aura ainsi l’occasion de vibrer pour les fabuleuses performances de ces athlètes à sabots.