Un zoo s’engage pour la survie du dernier cheval sauvage

Animaux
Reportage
Un zoo s’engage pour la survie du dernier cheval sauvage

Après avoir disparu de Mongolie, le Pzrewalski y a été réintroduit voilà vingt ans. L’équilibre étant encore fragile, des parcs animaliers du monde entier, notamment à Zurich, sont impliqués dans la sauvegarde de cet équidé.

Un zoo s’engage pour la survie du dernier cheval sauvage

«Regardez, nos chevaux ont gardé leurs instincts primitifs, se réjouit le zoologue Martin Kilchenmann. L’étalon rassemble son harem en le guidant devant lui, ayant repéré notre présence.» Après avoir jaugé le danger éventuel, les cinq équidés retournent vaquer à leurs occupations, dégustant quelques branches de sapins. Plusieurs fois par semaine, le scientifique vient observer les chevaux de Pzrewalski du Wildnispark Zurich Langenberg, où il travaille comme assistant de direction. Cependant, il est hors de question de s’approcher trop près. «Ce sont des animaux sauvages et ils doivent le rester. Nous voulons que nos visiteurs puissent découvrir leur comportement originel. D’ailleurs, différents des chevaux domestiques (voir encadré), ils ne s’apprivoisent pas.» Ce matin-là, les soigneurs ramassent les crottins et apportent du foin. Le troupeau tolère une certaine présence de l’homme, mais reste sur ses gardes. Pour le zoologue, le moment est propice pour étudier les interactions entre les divers individus. «Je note s’il y a des bagarres et si celles-ci sont plus fréquentes entre deux sujets en particulier, je suis attentif à qui marche devant ou derrière quand le troupeau se déplace, j’observe si un animal est blessé ou si un accouplement a lieu. Ces informations sont précieuses pour comprendre la dynamique du groupe.»

De Zurich en Mongolie
Répondre aux questions des visiteurs pour leur faire comprendre le travail du zoo fait également partie des tâches de Martin Kilchenmann. Car si les Pzrewalski font le bonheur des nombreux promeneurs qui ­aiment s’évader dans cette région préservée aux portes de Zurich, l’objectif principal est tout autre. «Nous participons depuis 1996 à un programme d’élevage visant à faire naître des poulains, qui sont ensuite réintroduits en Mongolie, explique le zoologue. Comme nous détenions des Pzrewalski depuis 1987, le directeur de l’époque était convaincu de l’importance de s’engager pour la sauvegarde de cet équidé. Onze chevaux nés ici ont déjà rejoint les steppes.» La dernière, Yanja, a posé le sabot sur la terre de ses ancêtres à la fin de l’été passé. Elle contribuera à renouveler le sang de la population sauvage. Pour faire le voyage, les conditions sont cependant strictes. Les sujets doivent être intéressants du point de vue génétique et avoir une morphologie qui réponde à des critères précis. «Seulement douze Pzrewalski ont permis de faire renaître cette espèce en voie d’extinction, souligne Martin Kilchenmann. Nous sommes donc particulièrement attentifs à l’arbre généalogique de chaque individu, qui nous fournit de précieuses indications sur leur taux de consanguinité et nous aide à effectuer les croisements les plus appropriés.»

Un espoir pour l’avenir
Alors que les soigneurs amènent des sels minéraux au troupeau, le zoologue concentre son attention sur l’étalon. «Le responsable du programme d’élevage au niveau européen, qui est basé à Prague, m’a aidé à trouver un nouveau reproducteur dans un des zoos partenaires qui s’engagent également pour la survie de l’espèce. Nous avons attendu deux ans avant de pouvoir l’accueillir l’automne dernier, en provenance d’Allemagne.» Plusieurs accouplements ont déjà été observés, avec l’espoir que sa descendance puisse rejoindre la Mongolie. Après avoir longuement étudié le troupeau, Martin Kilchenmann va vérifier deux autres groupes. Un enclos accueille des hongres, qui sont là pour représenter l’espèce auprès du grand public, tandis qu’un autre troupeau est constitué uniquement d’étalons célibataires, une configuration que l’on retrouve dans la nature. L’un deux, Yaro, devrait rejoindre un zoo chinois afin de s’y reproduire. Des particularités subtiles – le dessin des zébrures sur les jambes, un épi sur le front, la forme de la crinière – permettent au zoologue de reconnaître chaque individu. «Si notre objectif principal est la réintroduction, ces chevaux ont également pour rôle de constituer une base sécuritaire, au cas où les Pzrewalski de Mongolie décéderaient en nombre suite à un hiver particulièrement rigoureux ou une épidémie», relève-t-il.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Roshan Adhihetty

Le plus ancien zoo de suisse

Le Wildnispark Zurich Langenberg, fondé il y a 150 ans, est le plus ancien zoo de notre pays. Outre les chevaux de Pzrewalski, le visiteur peut y admirer nombre d’espèces indigènes, comme le lynx, le bouquetin ou le chat sauvage, mais également des élans et des bisons. L’entrée y est gratuite.
+ D’infos www.wildnispark.ch

Différent des chevaux domestiques

Le cheval de Pzrewalski n’est pas l’ancêtre du cheval domestique moderne, dont il diffère notamment par le nombre de chromosomes. Il n’a d’ailleurs jamais pu être domestiqué. Sa tête carrée, sa crinière en brosse et les zébrures aux membres évoquent un équidé primitif. Considéré comme le dernier cheval sauvage encore vivant, il a été décrit pour la première fois en 1877 par le géographe qui lui a donné son nom. De nombreux sujets ont alors été capturés pour être amenés dans les zoos du monde entier. La race a disparu à l’état sauvage en 1969, à cause notamment de la chasse et de la concurrence avec le bétail pour les pâtures. Menacée d’extinction, elle a pu survivre grâce aux individus détenus en zoo, avant d’être réintroduite avec succès en Mongolie dès 1996 dans plusieurs parcs naturels. Le cheptel sauvage de ces chevaux compte actuellement quelque 600 individus.