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Du côté alémanique
Le maïs allié au haricot permet d’espérer l’autonomie alimentaire

Comment produire un fourrage suffisamment riche en protéines et s’affranchir ainsi des importations de soja? Réponse à Birrhard (AG), où un essai associant maïs et haricot fait ses preuves.

Le maïs allié au haricot permet d’espérer l’autonomie alimentaire

Impénétrable. Le champ dominant la ferme de Patrick Huber, agriculteur à Birrhard (AG), est une véritable jungle. Impossible de progresser dans cette végétation extrêmement dense où des rames de haricots grimpants s’enchevêtrent dans les cannes de maïs. Malgré l’automne avancé, volettent encore dans cette biomasse quelques abeilles et coléoptères, attirés par les fleurs rosacées de haricot. Voilà quatre ans que le Centre cantonal agricole de Lieb­egg (AG) réalise des tests grandeur nature en collaboration avec des exploitants, dont Patrick Huber, en associant deux cultures destinées à affourager le bétail: le maïs et le haricot.

L’objectif est de s’affranchir totalement de protéines importées et atteindre ainsi l’autonomie alimentaire, tout en améliorant la biodiversité dans les cultures. «L’aliment protéique est la partie la plus coûteuse, observe Patrick Huber, qui estime ses besoins à 3 kg de protéine par jour et par vache laitière. Jusqu’à présent, la moitié de mes coûts d’alimentation étaient imputables à la part prise par les protéines.» Voici quelques années, des études ont prouvé l’intérêt de mélanger des haricots au maïs pour la production de fourrage ensilé. «Les haricots contiennent deux fois et demie plus de protéines que le maïs. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre», poursuit le producteur de lait de centrale, qui a consacré cette année une parcelle d’un hectare et un de ses silos au mélange maïs-haricot.

Pas n’importe quelle variété

Les deux cultures ont donc été semées simultanément, à la mi-mai. «Au préalable, nous avons longuement mélangé les semences, pour obtenir la plus grande homogénéité possible», précise Andrea Zemp, ingénieure agronome qui suit l’essai. Les haricots ayant besoin d’au moins 12°C pour germer, les semis ont volontairement été retardés. D’entente avec le centre Liebegg, Patrick Huber a semé la variété spécifique de haricots WAV 612, obtenue récemment par les firmes KWS et Sativa Rheinau.

«Les universités allemandes planchent également depuis plusieurs années sur cette délicate question variétale», précise Andrea Zemp. Car les haricots contiennent de la phasine, une protéine qui peut être nocive pour les humains et les animaux, sauf s’ils sont chauffés à haute température. «Comme l’alimentation du bétail ne peut pas être cuite, il a fallu trouver un haricot à faible teneur en phasine.» D’autres conditions devaient encore être réunies. «Les haricots de jardin conventionnels perdent leurs feuilles trop tôt, ont un grain trop gros et sont trop chers», poursuit l’ingénieure agronome. La variété WAV 612 a l’avantage de former beaucoup de biomasse, de la conserver jusqu’à l’automne, de mûrir en même temps que le maïs et surtout, de présenter un poids de mille grains relativement faible. «Cela permet de la semer en mélange avec du maïs et de réduire les coûts de semis pour l’agriculteur.»

Moins d’engrais nécessaire

À la levée, les maïs de Patrick Huber ont affiché une croissance légèrement plus rapide que les haricots. «Ils n’ont à aucun moment semblé souffrir de cette concurrence», précise l’Argovien. Quant aux haricots, ils n’ont que partiellement apprécié d’être semés à une profondeur de 5 cm, puisqu’une partie d’entre eux n’a pas levé. Une lutte mécanique efficace a ensuite permis de maintenir la parcelle propre jusqu’à ce que les haricots, dépassant les 50 cm de haut, s’entremêlent en s’appuyant sur les cannes de maïs. «Leur maillage crée une couverture du sol efficace, diminuant les risques d’érosion et limitant l’apparition du liseron.»

Les apports en engrais ont quant à eux été drastiquement réduits. «Le mélange maïs-haricot a permis d’économiser 30 kg par hectare d’azote comparativement à un maïs pur», confie l’agriculteur. Les haricots, comme toutes les légumineuses, fixent en effet l’azote atmosphérique sur leurs nodules racinaires et la mettent immédiatement à disposition.

Au moment d’ensiler la parcelle, fin septembre, toute la végétation a été, sans difficulté aucune, avalée par l’ensileuse. «Avec 170 quintaux contre 190 dans le cas d’un maïs pur, les rendements de la culture associée sont satisfaisants», admet Patrick Huber. Dans le silo, le mélange est constitué à plus de 80% de maïs. «La part des haricots est finalement assez ténue, mais procure des teneurs en protéines 15% supérieures dans le mélange fourrager par rapport à l’ensilage de maïs, d’après les essais réalisés les années passées.» De bon augure dans la quête d’autonomie protéique de l’Argovien!

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

En chiffres

Vierbrunnenhof, c’est:

40 vaches laitières à 9300 kg de lait
par années.

390 mètres d’altitude, 1000 mm de précipitation, sols mi-lourds.

55 hectares en blé, orge, maïs silo et maïs grain, colza, betteraves, tournesol, chanvre et cultures maraîchères.

Déjà du temps des Incas

Le fait d’associer maïs, haricot et même courge ne date pas d’hier. C’est la technique dite des «trois sœurs», milpa ou encore jardin iroquois, pratiquée par les Amérindiens d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale il y a plus de cinq mille ans. La culture conjointe de ces trois plantes compagnes présente plusieurs avantages: les plants de maïs servent de treille aux haricots grimpants et les haricots fixent l’azote bénéfique à la croissance du maïs.

En Suisse aussi, on a pratiqué ce type de culture associée, affirme le biologiste grison Peer Schilperoord, dans son ouvrage Plantes cultivées en Suisse: le maïs cultivé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale à l’échelle jardinière sur de petites parcelles, était associé à des courges, haricots, petits pois, choux, pavots et betteraves fourragères.

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