CHRONIQUE PARLONS BLÉ
Comment naviguer dans la nébuleuse des assurances?

Gérer une ferme, c’est également aller au-devant de nombreux défis financiers. Cette année, Terre&Nature a décidé d’aborder une série de questions en lien avec cette thématique.

Comment naviguer dans la nébuleuse des assurances?
Tracteurs en panne, animaux blessés, grêle, pépins de santé, accidents, vols… La liste des soucis, plus ou moins graves, qui peuvent émailler la carrière d’un paysan est longue. Et celle des offres qui permettent de s’en prémunir l’est tout autant. Conseiller en assurance indépendant chez Prestaterre CJA Sàrl, filiale d’AgriJura, Paul-André Houlmann évoque «une nébuleuse» au sein de laquelle il est parfois difficile de se repérer. «D’autant qu’il existe de fortes disparités d’un canton à l’autre. L’organisation de l’exploitation va également jouer un grand rôle. S’il s’agit d’une Sàrl, les choses sont relativement simples: tous les employés doivent être assurés. Dans le cas d’une raison individuelle, il va falloir tenir compte par exemple du lien de parenté entre les collaborateurs, de la structure de la famille: est-ce qu’il y a des enfants ou non?…»Les Chambres cantonales d’agriculture et d’autres prestataires de la branche proposent aujourd’hui des packs aux professionnels. Et les assurances privées se sont, elles aussi, emparées de ce créneau. Une solution qui est tout sauf une panacée, estime Paul-André Houlmann qui préfère privilégier une approche individuelle.»

Une pesée d’intérêts
En la matière, il existe toutefois une vérité absolue: «Il est impératif de couvrir au minimum les indemnités journalières – en cas de maladie et d’accident – et l’invalidité. C’est prioritaire.» Prioritaire, mais pas obligatoire: chaque entrepreneur est libre sur ce plan. «Une pesée d’intérêts s’effectue entre le risque, le coût des primes et le revenu agricole.» S’il est bien en peine d’articuler un chiffre précis, tant les critères sont nombreux, le Jurassien estime qu’une prime peut facilement varier entre 1500 à 2000 francs par an, pour une personne entre 25 et 30 ans et une couverture de 150 jours d’indemnités, sans compter la couverture invalidité. «L’Union suisse des paysans recommande 180 à 220 jours», précise-t-il. Auprès de certaines compagnies, la facture est susceptible d’augmenter avec l’âge ou l’apparition de problèmes de santé. «Au point que certains ne peuvent plus suivre financièrement et finissent par résilier leur contrat.

Le serpent qui se mord la queue
La même complexité régit la gestion des biens matériels. Certains cantons – Jura, Fribourg ou Vaud – exigent une protection des bâtiments contre l’incendie ou les dégâts naturels. D’autres non. L’ampleur des complémentaires va également dépendre des moyens de chaque exploitant. «Dans le cadre de l’élevage, il existe une assurance contre les accidents des animaux de rente. Elle est de moins en moins souvent contractée, avec pour effet de faire augmenter encore les primes. C’est le serpent qui se mord la queue.»Le conseiller indépendant en appelle au bon sens: «On ne peut se prémunir de tout, surtout dans une branche où le risque est particulièrement élevé. Aux jeunes qui se lancent, on cite souvent l’exemple de la fourche. Si elle se casse, on en rachète une. Il est impératif de mettre l’accent sur les prestations que l’exploitant n’est pas en mesure d’assumer.»Mais où placer le curseur? L’enjeu est de taille. «Certains vont peut-être se retrouver avec une couverture insuffisante par rapport au risque, en raison des coûts, mais aussi parfois de la complexité de ce domaine. Afin de remédier à cette situation, les Chambres cantonales d’agriculture, en collaboration avec l’Union suisse des paysans, sont à disposition pour mener des diagnostics de la qualité de leur panel d’assurances.»
Texte(s): David Genillard
Photo(s): Illustration Marcel G.