Lausanne Jardins 2019 révélera les dessous inconnus du sol urbain

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Lausanne Jardins 2019 révélera les dessous inconnus du sol urbain

Les vingt-cinq projets qui verdiront la ville dans le cadre de Lausanne Jardins 2019 seront connus samedi, en marge du salon Habitat-Jardin. Ils seront l’occasion d’interroger notre rapport au sol.

Lausanne Jardins 2019 révélera les dessous inconnus du sol urbain

Reste-t-il de la terre en ville? Dans quel état est le sous-sol? Quelques mètres cubes d’humus autour des grands arbres de la place Saint-François, un sol presque forestier, dans les sous-bois de la promenade Jean-Jacques-Mercier, ou plus de terre végétale du tout, sous le passage Saint-François? Chacun de ces sites sera questionné dans le cadre de la sixième édition de Lausanne Jardins 2019. La manifestation est organisée tous les cinq ans par l’Association Jardin Urbain et la Municipalité de Lausanne. Elle se déroulera, l’été prochain, autour du thème de la pleine terre. Une gageure, pour une manifestation urbaine? Non, car, le long de l’axe ouest-est choisi, les occasions de se pencher sur la question ne manquent pas. Pour preuve, le parcours ainsi que les vingt espaces choisis pour le concours internation ont suscité de l’intérêt et inspiré de nombreux projets.

«Pour chaque lieu, les équipes devaient réfléchir autour d’un enjeu prédéfini qui prenait en compte tant les aspects paysagers, historiques ou sociologiques que les profils de sol, si révélateurs», explique Monique Keller, commissaire de la manifestation. Le parc de Valency, par exemple, avec son allée de tilleuls et sa prairie fleurie, offre, même si elle n’est pas naturelle, une vraie couche d’humus et de terre végétale. Ce milieu rare et fragile doit pourtant composer avec ses nombreux utilisateurs: promeneurs de chiens, enfants à trottinette, familles à la recherche d’une oasis de verdure et même sans-abri. Sols et racines piétinés résisteront-ils à la pression de plus en plus intensive des badauds? D’autres espaces, pourtant publics, s’avèrent inconfortables. La cour Galfetti, joyau architectural datant de 1992, en fait partie. Cette cour circulaire, sombre, hermétiquement pavée, est désertée. Elle ne correspond plus aux envies de retour à la terre, d’air, de lumière et de verdure d’aujourd’hui. «Le jardin peut-il sauver ce silo minéral?», interroge le dossier du concours.

Sens dessus dessous

Depuis son lancement en 1997, Lausanne Jardins se veut un laboratoire grandeur nature de propositions pour améliorer l’usage, mais aussi l’esthétique des sites choisis, grâce à l’art des jardins. Il ne fait aucun doute aujourd’hui que la végétation, la verdure, les plantes améliorent la qualité de vie, en ville. Les bénéfices sont esthétiques, mais également climatiques et écologiques. Il n’y a qu’à lever les yeux sur les frondaisons des majestueux platanes de la place Saint-François pour apprécier leurs bienfaits. «La ville de Lausanne et le Service des parcs et domaines, avec qui nous collaborons pour la réalisation de la manifestation, ont entrepris un travail considérable depuis une vingtaine d’années pour faire de la place à la nature en ville, poursuit Monique Keller. Cela passe par l’évolution des méthodes de culture qui, grâce à l’entretien différencié, lui offrent plus d’espace, jusqu’à la création des plantages qui ont ramené le jardinage en ville.»

Une évolution, très visible en surface, qui ne doit toutefois pas faire oublier les enjeux souterrains. Canalisations, voies de circulation, remblais ont profondément modifié le profil et la qualité du sol. Les espaces publics en sous-sol souffrent d’ailleurs de ce manque de considération. À l’image des galeries piétonnes glauques sous Saint-François. Des jardins donneraient-ils envie d’y descendre? La culture hors-sol pourrait-elle être un palliatif dans ce désert minéral? Les équipes relèveront sûrement le défi, malgré un budget modéré de 30 000 francs par site.

A priori éphémères, les réalisations végétales de Lausanne Jardins 2019 pourraient donner lieu à des réhabilitations durables de certains espaces publics. Si elles répondent aux attentes et que le public se les réapproprie. En attendant de pouvoir arpenter ces jardins extraordinaires, les 136 projets déposés sont à découvrir dans le cadre d’Habitat-Jardin, à Lausanne, jusqu’au 11 mars prochain.

Plus d’infos: www.lausannejardins.ch, www.habitat-jardin.ch

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Stéphanie Gygax

Sur l'axe des grands chantiers

Lausanne Jardins fleurira de mi-juin à mi-octobre 2019, entre le parc de Valency, près de Prilly, et le parc Guillemin, à Pully. D’ouest en est, la manifestation se déroule sur un axe fort et historique qui participa, durant la seconde moitié du XXe siècle, à l’essor de la ville, à la suite notamment de l’édification du Grand-Pont. Cet axe suit une ligne de crête. Il offre des percées spectaculaires sur le paysage et profite d’un dénivelé relativement modéré. Le choix de ce tracé fait aussi écho aux grands chantiers que connaîtra la ville dès 2019: enterrement du LEB, nouveau tram, métro M3, développement des lignes de bus et fermeture du Grand-Pont au trafic automobile.

Trois questions à Monique Keller, commissaire de Lausanne Jardins 2019

Quels ont été les résultats de l’appel à candidatures pour cette sixième édition?

Nous avons d’abord sélectionné 150 équipes, parmi 400 postulations. Ces équipes suisses ou internationales nous ont envoyé 136 projets. Parmi ceux-ci, cinq ont été primés et vingt recevront une mention ce samedi, dans le cadre de la manifestation organisée à Habitat-Jardin, à Lausanne.

L’édition 2019 souhaite donner vie aux jardins par l’organisation d’événements publics ou d’animations, pourquoi?

Je souhaitais créer des jardins-événements plutôt que des jardins-objets. Le but est que les gens se réapproprient ces lieux parfois peu conviviaux en l’état, qu’ils investissent l’espace public, échangent et se rencontrent.

Lors de la première édition, en 1997, Lausanne Jardins voulait clairement réconcilier les gens avec la ville. Qu’en est-il aujourd’hui?

À l’époque, la capitale vaudoise souffrait d’une certaine morosité. Les gens cherchaient plutôt à la quitter pour la périphérie, avec à la clé des problèmes de mobilité et de mitage du territoire. Aujourd’hui, Lausanne profite d’un réel dynamisme et recèle de nombreux attraits. Les efforts ont porté leurs fruits, notamment dans le domaine de la nature en ville.