Les diabétiques peuvent compter sur l’aide de compagnons au flair unique

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Les diabétiques peuvent compter sur l’aide de compagnons au flair unique

On connaissait déjà les capacités des chiens à chercher de la drogue ou à retrouver les traces d’un voleur. Désormais, ils aident également les personnes diabétiques à gérer leur maladie. Découverte au centre de formation de l’association Farah Dogs, à Sierre (VS).

Les diabétiques peuvent compter sur l’aide de compagnons au flair unique

Il est l’heure de se perfectionner! Jeep, Easy et Gaya travaillent l’un après l’autre, exerçant des gestes qui leur seront utiles pour venir en aide à leur futur maître. Aller chercher des médicaments dans une armoire fermée, apporter le téléphone, ouvrir la porte d’entrée pour appeler du secours: autant d’actions de base que ces trois chiens d’assistance doivent maîtriser. Formés par l’association valaisanne Farah Dogs, basée à Sierre, ils rejoindront bientôt leurs nouvelles familles. Outre ces multiples talents, leur spécificité est d’aider les personnes diabétiques à gérer leur pathologie.

Sierre, septembre 2017,Association Farah Dogs Stéphanie Nanchen éducatrice et Nicole Boyer, présidente de Farah-Dogs © sedrik nemeth

«Certains diabétiques ne sentent pas venir les crises d’hypoglycémie, malgré les mesures d’accompagnement, explique la directrice, Nicole Boyer. Le risque est alors élevé de voir ces patients tomber dans le coma.» Contrairement à un système de détection standard, où les prises de sang s’échelonnent à un certain intervalle, le chien réagit rapidement à une infime variation du taux de sucre. Il le signale alors à son maître selon un code mis en place avec l’association Farah Dogs.

Un odorat hors norme
«Nous nous adaptons aux besoins du futur bénéficiaire, souligne Stéphanie Nanchen, une éducatrice canine qui participe à leur formation. Appuyer sur une alarme, aboyer, prendre un jouet qui couine, donner un coup de patte: il y a plusieurs possibilités différentes pour l’animal d’indiquer à son maître la baisse de son taux de sucre.» Le chien doit cette formidable prouesse à son odorat hors du commun. Extrêmement développé, celui-ci est en moyenne dix mille fois plus performant que celui de l’être humain. «Une personne en hypo ou en hyperglycémie dégage une odeur différente, explique Nicole Boyer. Tout l’art consiste alors à apprendre au chien à réagir à ce changement d’odeur corporel. Nous travaillons avec des molécules synthétiques, en renforcement positif: lorsque le chien réagit à celles qui nous intéressent, nous le confortons dans cette interaction. Peu à peu, il apprend à se focaliser sur telle odeur et pas sur telle autre.»

Sierre, septembre 2017,Association Farah Dogs Stéphanie Nanchen éducatrice et Nicole Boyer, présidente de Farah-Dogs © sedrik nemeth

Cocker anglais, springer spaniel, berger australien: avec leurs oreilles tombantes, les chiens utilisés par Farah Dogs ont comme point commun d’avoir tous une physionomie qui suscite la sympathie. «Leur aspect débonnaire est un atout, fait remarquer Nicole Boyer. Il favorise le contact avec l’entourage.» Si tous les chiens, quelle que soit la race, sont capables de faire appel à leur nez, certains sont néanmoins plus doués que d’autres. «Nous sélectionnons les chiots dès l’âge de 2 semaines. En leur présentant des échantillons d’odeur, nous pouvons apprécier si le recours à leur odorat suscite un intérêt particulier chez eux. Utiliser ce sens doit être un jeu pour ces chiens.»

Des talents infinis
Si la spécialité de l’association est de former des chiens pour détecter le diabète, les capacités de leurs protégés leur permettent d’être utilisés dans d’autres situations. Détection de crises d’épilepsie, aide au développement de l’enfant autiste, apaisement de crises d’angoisse à la suite d’un traumatisme: les possibilités sont infinies. «Nous essayons d’apporter à nos chiens une formation la plus large possible, indique Stéphanie Nanchen. Cela nous permet de voir le potentiel de chaque animal et de l’engager là où il est le plus talentueux. Nous avons eu de bons résultats avec un enfant autiste, qui communiquait difficilement avec son entourage. La présence du chien l’a responsabilisé et l’a motivé à apprendre une liste d’ordres.»
Le rôle du chien ne s’arrête cependant de loin pas à un seul rôle médical. «Il est avant tout un compagnon, qui aide à mettre de côté une maladie parfois lourde à gérer au quotidien et apporte du réconfort. Adopter un chien d’assistance implique cependant un changement de vie qui n’est pas anodin. Contrairement à un instrument de mesure, celui-ci est toujours présent et a besoin qu’on prenne soin de lui.»

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Sedrik Nemeth/DR

Témoignage

Mon chien me sauve la vie chaque mois

«Voilà une année que Cactus partage ma vie. Nous sommes inséparables! Grâce à lui, je peux désormais continuer à vivre seul en toute sécurité, raconte Michel Didier Caloz, de Montana (VS). Il n’est en effet pas rare que mon taux de sucre chute dramatiquement pendant mon sommeil, car je suis diabétique. Auparavant, mon épouse intervenait en cas de besoin. Mais après son décès, au printemps de l’année dernière, j’ai failli mourir à la suite d’une grave crise d’hypoglycémie. Inconscient, je n’ai alors dû mon salut qu’à ma sœur, qui, par chance, est venue me rendre visite à ce moment-là. Dès ma sortie de l’hôpital, j’ai pris contact avec l’association Farah Dogs, dont j’avais entendu parler en lisant un article dans le journal. Cactus a changé mon quotidien, c’est le deuxième amour de ma vie! En une année, mon cocker m’a réveillé à douze reprises pendant la nuit, lors de crises d’hypoglycémie qui auraient à nouveau mis ma vie en danger sans son intervention. Il me lèche la main et le visage jusqu’à ce que je me lève. Je mange alors un plat sucré et tout rentre dans l’ordre.»

En chiffres

L’association Farah Dogs, c’est:
2014, l’année de sa fondation.
2 chiens d’assistance placés chez des bénéficiaires diabétiques.
3 chiens en fin de formation au centre situé à Sierre.
9 chiens en familles d’accueil.
18 mois, la durée de la formation de base des chiots en famille d’accueil.
5 mois à 1 an de perfectionnement spécifique au centre.
25 000 francs, le coût de formation pour un chien.
+ d’infos www.farah-dogs.ch