Une épicerie participative locale et bio anime la vie de quartier genevoise

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Une épicerie participative locale et bio anime la vie de quartier genevoise

La coopérative Le Nid, spécialisée dans la vente de produits de la région, a vu le jour au bord du Rhône. Comme les clients sont également les vendeurs, les prix sont particulièrement bon marché.

Une épicerie participative locale et bio anime la vie de quartier genevoise

Derrière sa caisse, Florence Perrelet s’affaire à rendre la monnaie aux clients et à répondre aux questions des curieux. «Il y a vraiment du monde! Je ne m’y attendais pas», s’exclame-t-elle. Cette habitante de Bernex (GE) prend part pour la première fois au Nid, une épicerie participative qui a ouvert officiellement ses portes mercredi 21 février. Chaque mois, la quinquagénaire va donner deux heures de son temps pour faire fonctionner le commerce situé dans le quartier de la Jonction, à Genève. «Ce soir, je suis à l’accueil, mais la semaine prochaine, je m’occuperai peut-être des stocks. Je ne suis pas salariée, mais coopératrice. J’ai acheté des parts sociales de l’entreprise», explique-t-elle.

Actuellement, Le Nid rassemble environ 150 collaborateurs. À leur inscription, ces derniers ont payé la somme de 200 francs pour intégrer la coopérative. En échange, ils bénéficient du droit de faire leurs courses parmi les quelque 200 produits vendus au sein de l’échoppe. «Ce soir, notre magasin est ouvert à tous, car nous fêtons son ouverture. Mais, dès demain, seuls nos membres y auront accès», souligne Johann Zoller, cocréateur du projet.

Soutenir l’économie locale

Cet ancien étudiant a imaginé Le Nid durant son mémoire de fin de master en socio­économie à l’Université de Genève, avec son collègue Diego Bonvin. Trois ans plus tard, les deux compères ont concrétisé leur rêve grâce à un financement participatif qui leur a rapporté près de 25 000 francs. «Notre but est de contribuer au développement d’une agriculture locale, durable et de saison, en privilégiant les producteurs locaux. Au Nid, il n’y a pas de salariés, donc pas de charges sociales. Ainsi, nous ne prenons qu’une marge de 20% sur les produits. Nos prix sont donc moins chers que dans la plupart des commerces, qui se font généralement un bénéfice qui varie entre 30 et 40% du prix producteur», expliquent-ils. Quant à la vingtaine de fournisseurs, cette initiative leur permet de toucher un autre public et de se faire connaître davantage en ville.

Galette au maïs du Domaine de l’Abbaye, confiture de mûres de La Genevoise du Terroir, choux du Domaine de la Touvière, mais aussi savon, papier toilette et brosse à dents écologiques se côtoient dans les étals. Ces produits du quotidien, vendus à un prix très accessible, sont disposés en vrac afin d’éviter les emballages plastiques. Dans une cagette déposée au coin de la pièce, il est également possible d’acheter des agrumes de Sicile. Étonnant? Pas tant que ça. «Bien que les trois quarts de nos marchandises proviennent de la région lémanique, nos coopérateurs peuvent proposer de vendre des produits plus conventionnels, tels que des biscuits de grandes marques ou de la pâte à tartiner provenant de l’étranger. C’est à la majorité de décider», relève Johann Zoller, avant d’ajouter: «L’important, c’est que les citoyens s’approprient Le Nid et puissent consommer selon leurs goûts et leurs moyens.»

Solidarité et respect

Au-delà de la promotion d’une alimentation respectueuse de l’environnement, une coopérative vise donc à encourager la mixité sociale et le vivre-ensemble. Florence Perrelet, elle, espère bien que ce lieu dynamisera la vie de quartier. «J’apprécie énormément l’aspect solidaire de ce projet. Évidemment, je suis une adepte des produits bios et je souhaite que les consommateurs deviennent plus responsables. Mais j’aime surtout le fait que des gens d’une même ville s’engagent ensemble dans une cause qui en vaut la peine», plaide-t-elle.

Le Nid a de beaux jours devant lui. Ses membres souhaitent développer une ruche urbaine ainsi qu’une association réservée exclusivement aux parents. Pour l’instant installée dans un local loué par la coopérative des Ressources urbaines de Genève, l’épicerie va migrer dans un établissement trois fois plus grand dès l’été prochain, au cœur du futur écoquartier de la Jonction. Un nid plutôt luxueux, donc. «Peu importe notre emplacement. Ce qui compte, c’est l’ambiance. Un nid est un endroit chaleureux où l’on aime se retrouver. C’est exactement l’image que nous voulons renvoyer», conclut Johann Zoller.

Texte(s): Lila Erard
Photo(s): Olivier Evard

Les coopératives s’entraident

En Europe, les épiceries participatives ont le vent en poupe. La majorité d’entre elles s’inspirent du Park Slope Food, dans le quartier de Brooklyn, à New York. Née en 1973, cette enseigne rassemble 16 000 coopérateurs. Admiratif d’un tel engouement, le comité du Nid a contacté leurs membres fondateurs pour mettre au point sa charte, ainsi que ceux de La Brouette, créée en 2016 à Lausanne. Cette épicerie durable est également gérée par des coopérateurs, à la seule différence que les produits vendus ne leur sont pas exclusivement réservés. Ailleurs en Suisse, La Fève, à Meyrin (GE), devrait ouvrir ses portes cette année, tandis que Système B, à Neuchâtel, sera inauguré le 10 mars prochain.

Trois questions à Sandrine Salerno, conseillère administrative en Ville de Genève

Le Nid a été soutenu par la Ville à hauteur de 10 000 francs dans le cadre du programme G’innove. Pourquoi?

Parce que l’alimentation est un domaine clé de notre vie qui se trouve à la croisée de plusieurs enjeux fondamentaux: santé, social et environnement. Ce projet innovant offre la possibilité d’acheter en plein centre-ville des produits de qualité. Il s’inscrit aussi dans la dynamisation du quartier de la Jonction et offre des possibilités d’échange entre les habitants.

Y a-t-il d’autres initiatives de ce type dans le canton?

Oui, quelques-unes ont vu le jour. En 2014, l’épicerie écoresponsable Bocal Local, qui organise notamment des ateliers sur le thème du développement durable, a également reçu un soutien financier de notre part. Ces subventions s’inscrivent dans le cadre de la politique publique «Nourrir la ville», qui a vu le jour en 2012 sous mon impulsion.

Quelle est son objectif?

Permettre à la population d’avoir accès à de bons produits et de bénéficier d’une information transparente sur les filières alimentaires. Parmi les actions déployées, il y a également l’approvisionnement en produits locaux des restaurants scolaires et des crèches.