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Le jeu de la hachette
Le jeu de la hachette

C’est un jeu qui se pratique au mois d’avril et auquel je joue depuis plusieurs années, sans bien connaître les règles et surtout sans avoir jamais gagné de parties «à la loyale».

Il consiste à se rendre dans une hêtraie, mais certains bois de feuillus font parfois l’affaire. Aux heures les plus chaudes de la journée, il s’agit de repérer un grand papillon à la belle livrée orange qui vole très vite à un mètre du sol, de manière saccadée.

Le suivre sans le perdre de vue et repérer l’endroit où il se pose. Si vous le trouvez, vous gagnez un point. Si le papillon a rejoint une femelle et que vous pouvez observer l’accouplement, vous gagnez la partie.

Il est midi et j’attends donc patiemment dans un site que je sais favorable pour y avoir déjà joué plusieurs fois. Le sous-bois printanier résonne de chants familiers d’oiseaux, dont celui du coucou que j’entends pour la première fois cette année.

Le sol est encore jonché d’anémones sylvestres, de pervenches et les arbres se parent de leurs feuilles d’un vert très tendre. Je repère soudain du coin de l’oeil le puissant papillon orange qui vient dans ma direction. C’est parti!

Le bloc de dessin et le crayon dans une main, je poursuis le voilier qui s’enfonce dans la forêt. Je contourne un arbre, me griffe dans un buisson. Il accélère et je dois courir pur ne pas le perdre de vue, mais il va trop vite pour moi et disparaît.

Après un bon quart d’heure, la partie suivante est lancée. Est-ce le même papillon ? Je me remets à courir, j’esquive les branches, tiens la distance qui nous sépare et compte bien ne pas le perdre cette fois. Par chance, il m’emmène vers un endroit où la forêt est moins dense.

Demi-tour, il repart en ligne droite. Patatras ! Je heurte une souche que je n’avais pas vue et tombe en me prenant un coup mémorable sur le tibia. Je reprends mes esprits. Plus de papillon !

Après une troisième et une quatrième partie, je décide d’arrêter pour aujourd’hui et me laisse distraire par un mâle de pinson qui se tient sur une branche en laissant pendre ses ailes, le poitrail gonflé. Je n’avais jamais vu pareille attitude.

Tout comme le petit paon de nuit que j’ai évoqué récemment, la Hachette est un Saturniidae dont les mâles volent de jour en quête de femelles. Ils viennent parfois à la lumière, aussi je décide de tricher un peu ce soir, en retournant sur le site muni d’une lampe.

Pour célébrer nos anniversaires rapprochés, je convie mon frère. Un peu avant 11h du soir, le magnifique papillon de nuit est attiré, nous offrant le plus beau des cadeaux!

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart

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