Des surprises cachées dans les bois rythment cette balade connectée
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«Prenez un pique-nique et une gourde, car je sais quand je pars, mais jamais quand je rentre!» Sabine Rey n’est pas une randonneuse comme les autres, mais une passionnée de géocaching, une chasse au trésor moderne où l’on utilise les données de géolocalisation par satellite pour retrouver de petites boîtes dissimulées par d’autres joueurs.
Née aux Etats-Unis en 2000 pour célébrer l’amélioration de la précision du GPS pour le grand public, l’activité s’est popularisée dans le monde entier. Au point que la Suisse compte à elle seule des milliers de «géocaches».
Discrètes petites boîtes
«On en trouve de toutes les formes et à tous les endroits. Il y en a dans le lac, dans des grottes, sur des via ferrata. C’est complètement fou! Aujourd’hui, j’ai choisi un circuit assez classique, mais sympa», sourit la quadragénaire, qui a répondu à un appel à témoignage lancé par Terre&Nature et nous a conviés à sa sortie hebdomadaire.
Le rendez-vous est donné en fin de matinée à la gare des Combes, dans le Pays d’Enhaut (VD), où se trouve la première des onze caches du parcours. «Autour de chez moi, je les connais toutes, ou presque. Là au moins c’est nouveau», lance la Valaisanne en descendant du train, accompagnée par sa compagne Jennifer et leurs deux enfants.
A la recherche des premiers indices
Smartphone en main, la petite équipe lit à haute voix le premier indice indiqué sur l’application dédiée: «Bien que pendu, je suis près du sol.» En quelques secondes à peine, la jeune Valentine, 12 ans, déniche un petit tube en plastique accroché par un fil de pêche à une barrière. «Oh, c’était facile, ça!»
À l’intérieur, une feuille en papier enroulée – ou logbook pour les connaisseurs –, est barrée des pseudos des dizaines de joueurs passés avant. Sabine y ajoute le sien, @sabsab18, avant de se mettre en route pour le deuxième trésor, 450 mètres plus loin.
Le géocaching est un bon moyen de motiver les enfants à faire une balade.
Pour y parvenir, il faut se faufiler entre les chalets du village et traverser un pâturage. «On a beau être beaucoup sur notre téléphone, on regarde quand même le paysage! Le géocaching est un bon moyen de motiver les enfants à faire une balade», lance-t-elle en pénétrant dans les bois. «Ici, la difficulté du terrain est notée 3,5 sur 5. C’est assez escarpé», remarque Jennifer en grimpant sur une butte, guidée par l’indice «attachée à une belle poignée». Soudain, elle regarde derrière une grosse racine et brandit fièrement la seconde cache, nichée au creux d’un arbre.
Entièrement bénévole
La famille continue son périple en longeant la Sarine, les Préalpes en toile de fond. Une drôle de surprise les attend sur une paroi rocheuse, à l’endroit indiqué sur le plan. Derrière une pierre est planqué un scorpion… en plastique. «Wouah, je n’en ai jamais vu un comme ça!» s’exclame David, six ans, en décrochant le tube fixé dessus.
Sur l’application, on découvre que cette cache originale a été posée en octobre 2024 par un certain @gimaca. «Tous les joueurs peuvent en installer, dit Sabine. Il y en a des nouvelles tous les jours dans le pays. Moi-même, j’en ai déjà créé plus d’une dizaine en Valais, notamment sur le thème de Harry Potter. Je vais souvent sur place pour les entretenir et changer le logbook si besoin.»
Pour un tourisme ludique
Il existe plus de 3,4 millions de géocaches actives dans le monde, dans environ 191 pays et sur les sept continents, jusqu’à l’Antarctique. En Suisse, on n’en dénombre pas moins de 40 000, attirant des joueurs de tout le pays mais aussi de l’étranger. Un succès tel que les offices du tourisme proposent désormais des sentiers dédiés, plus ou moins faciles, que ce soit en ville, en campagne ou en montagne. On peut notamment citer les GeoTour de Nax et Fully, en Valais, ainsi que celui de la Veveyse, dans le canton de Fribourg.
Les cachettes se dévoilent
Sur un poteau de randonnée, dans les bois, sous des rochers: au fil des kilomètres, les cachettes se dévoilent. «Elles sont plus ou moins faciles à trouver. J’ai parfois mis plusieurs heures à en débusquer certaines. Quand c’est trop difficile, je demande de l’aide à la communauté», narre celle qui affiche au compteur 2400 trésors trouvés en huit ans en Suisse, en Italie et en France.
Dans son sac, une trousse spéciale géocaching toujours prête à être dégainée. À l’intérieur: un stylo, une lampe de poche, une lampe UV ainsi qu’une pince à épiler pour décortiquer les caches miniatures. Et cette petite tour Eiffel, alors? «Il s’agit d’un Travel Bug, soit un objet traçable portant un code unique. Il voyage de cache en cache, déplacé par les joueurs, explique Valentine. J’ai récemment mis en circuit une peluche de panda avec comme mission de l’emmener en Chine. J’espère que ça marchera!»
Mieux connaître la région
«Je ne suis pas de bois, mais mon gîte oui.» Tel est l’indice de la septième cache placée sur le circuit. Sûre d’elle, Sabine soulève une bûche isolée et trouve le fameux tube, inséré dans le tronc. «Quand on a l’habitude, celle-ci est presque trop évidente», sourit-elle en prenant une photo des alentours, qu’elle publie sur l’application pour documenter sa venue. À ses côtés, les enfants cherchent des fraises des bois et observent une salamandre perchée sur un caillou.
L’heure est venue d’atteindre le dernier point. «Je crois qu’il est dans ce tuyau», s’écrie David en éclairant l’intérieur d’une vieille conduite avec sa lampe torche. Mauvaise pioche: il s’agit d’une cartouche de fusil vide. La vraie cache est disposée une vingtaine de mètres plus loin, dans une paroi rocheuse offrant une jolie vue sur une passerelle en bois. Sur l’application, on apprend qu’il s’agit du Pont Turrian, plus ancien pont suspendu de Suisse, construit en 1883. «En plus de s’amuser, le géocaching permet de découvrir la région. C’est vraiment chouette!»
Bénéfique pour le corps et l’esprit
Pour Sabine, masseuse de métier, cette activité est bénéfique pour le corps et l’esprit. «Avant de commencer, je n’avais jamais fait de randonnée et j’avais le vertige. Aujourd’hui je marche beaucoup, je découvre de nouveaux endroits et j’ose davantage. Ce jeu a aussi développé ma réflexion et ma logique, par exemple lorsque je bûche sur une énigme ou un calcul pendant des semaines», Aucune récompense matérielle ou pécuniaire à l’horizon. «Juste la satisfaction d’y arriver et les souvenirs construits ensemble.»
La Valaisanne s’est également fait des amis par ce biais, en participant à des quêtes ou des événements festifs. «On sera plus de mille joueurs à Soleure cet automne. C’est une communauté soudée.» Après une glace bien méritée dans une ferme, les toits de Château-d’Œx se dessinent au loin. «J’ai regardé sur la carte et il y a d’autres caches dans le village, mais il faut quand même savoir s’arrêter, glisse-t-elle. Ça rend un peu accro.»
Les trésors
Le mieux caché
Il aura fallu plus d’une heure à Sabine et sept amis pour dénicher le logbook caché dans cet ancien tank de l’armée suisse. Située sur l’aire de repos du barrage de l’Hongrin, dans les Alpes vaudoises, cette géocache particulière est classée en difficulté 4. «Le seul indice noté sur l’application est « magnétique ». Nous avons dû chercher dans tous les interstices du véhicule en grimpant dessus. C’était très long, mais amusant!»
Le plus précieux
La chasse au trésor n’a jamais aussi bien porté son nom qu’à Mase, en Valais, sur un parcours thématique autour des pirates. Sous une toile de camouflage disposée dans la forêt, la joueuse est tombée sur ce coffre garni de dizaines de pièces d’or. «C’était une grande joie, même si elles sont en plastique. Par contre, il n’est pas autorisé de les emporter, à moins de les remplacer par un autre objet de valeur égale ou supérieure. Le principe est de ne pas appauvrir le contenu de la cache pour les joueurs suivants.»
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