Des désalpes précoces pour les vaches, faute d'herbe

La sécheresse a contraint une partie des éleveurs à redescendre avant l'heure. Souvent, ceux qui sont restés en altitude ont dû acheminer foin et eau à grands frais. D'autres ont vendu du bétail.
Matteo Galasso

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Des génisses sur les pâturages desséchés de Rossinière (VD), le 10 juillet.
© Jean-Christophe Bott/Keystone-ATS

L’économie alpestre traverse une situation critique dont l’arc jurassien et une partie de la Suisse orientale paient le prix fort. «Nous ne disposons pas encore de chiffres fiables, car il n’existe pas de monitoring et les estimations changent tous les jours», avertit Selina Droz, de la Société suisse d’économie alpestre (SSEA). Toutefois, bon nombre d’exploitations concernées ont déjà ramené tout ou partie de leurs animaux en vallée.

Ce choix répond à deux contraintes. «L’herbe a vieilli plus vite et la qualité du fourrage a diminué dans la plupart des alpages, elle n’est donc plus adaptée aux vaches laitières», détaille la gérante de la SSEA. Ces dernières redescendent les premières. Un troupeau réduit permet en outre d’économiser l’eau d’abreuvement, devenue rare. Pour les autres animaux, en revanche, chaque jour passé à l’alpage permet de repousser le retour en plaine, où les exploitations puisent déjà dans leurs réserves de foin d’hiver.

Pertes sèches et dépenses

Selina Droz prévoit des pertes qui s’accumuleront au fil de la saison. La descente précoce du bétail réduira la production de lait et de fromage d’alpage. Le lait produit en plaine étant moins bien rémunéré, les revenus diminueront tandis que les dépenses augmenteront: il faudra notamment acheter du fourrage pour nourrir les animaux, ce qui grèvera davantage les comptes. Les contributions d’estivage devraient en revanche être versées en entier, puisque les cantons ont la possibilité d’accorder des dérogations malgré la descente précoce.

Dans le canton de Vaud, qui compte environ mille alpages, près de la moitié ont écourté la saison selon Eric Mosimann, secrétaire de la Société vaudoise d’économie alpestre, qui considère la chaleur comme l’une des causes. «À partir de 26 degrés, l’herbe ne pousse pratiquement plus», rappelle-t-il. Le précédent de 2022 et ses deux mois sans pluie avait déjà provoqué des désalpes, alors même que le mercure n’avait pas grimpé aussi haut que cette année.

Un million de litres d’eau

Quelques éleveurs ont fait le choix inverse et gardé leurs bêtes en altitude au prix du transport du fourrage. Un alpage vaudois a ainsi fait monter un million de litres d’eau par la route, soit une centaine de voyages en camion-citerne de dix mètres cubes. Hugo Pradervand, éleveur du Jura Vaudois, nourrit son troupeau au foin depuis début juillet et préfère le garder en alpage. «En plaine, la situation est encore pire, nous n’avons rien à leur donner à manger et il fait trop chaud», justifie l’éleveur. La Direction générale de l’agriculture vaudoise a autorisé des dérogations pour acheminer ce fourrage en altitude.

Toni Ludi, éleveur dans les Préalpes vaudoises, se retrouve sans réserves pour l’hiver après avoir dépensé 20 000 francs en foin. «Nous devrons livrer du lait tout l’hiver pour payer le foin déjà acheté, sans compter notre travail et notre propre fourrage», calcule l’éleveur. Du côté des fromageries d’alpage, l’interprofession du Gruyère table sur une baisse de production de 10%, alors que le lait coûte plus cher à produire, transport du fourrage compris.

Valais plus serein

Le Valais présente une situation plus sereine grâce à sa géographie. «La plupart de nos alpages se situent à plus de 1800 mètres, la vague de chaleur a donc eu moins d’impact que dans d’autres régions», observe Urs Guntern, directeur de Raclette du Valais AOP. La saison sera raccourcie d’une à deux semaines dans certains alpages seulement, sans mesure exceptionnelle sur l’eau, ce canton habitué à la sécheresse ayant adapté son approvisionnement de longue date.

Fribourg a connu l’inverse et a mobilisé des hélicoptères, puis l’armée, pour ravitailler les alpages sans accès routier. «Un épisode isolé qui a permis à des agriculteurs de rester en montagne», relativise Robin Philipona, directeur ad interim de la Chambre fribourgeoise d’agriculture, qui rappelle que des bassins et des citernes ont déjà été installés au prix d’investissements lourds. La pression y était double, puisque 5000 bovins suisses privés d’estivage en France ont dû trouver place sur les alpages romands.

Berne, qui a débloqué plus de 70 millions pour les secteurs touchés, verse les paiements directs en totalité, a supprimé les droits de douane sur le foin importé et puisé 16 000 tonnes de fourrages protéagineux dans ses réserves. Toni Ludi attend surtout de connaître les conditions de ces soutiens. «Si nous devons rembourser l’argent l’année suivante, je n’appelle pas cela une aide.»

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