Le petit monde de la lutte suisse féminine s'apprête à couronner sa reine

La fin de saison approche pour les lutteuses, qui verront le sacre de la meilleure d'entre elles lors de la Fête fédérale à Schachen (LU), le 26 septembre. Deux jeunes Romandes sont prêtes à en découdre pour cette échéance.
Marjorie Spart

Partager cet article

La Fribourgeoise Mélissa Suchet, 21 ans, a toutes ses chances de prendre la tête du classement général.
© Pierre-Yves Massot
La Fribourgeoise Mélissa Suchet, 21 ans, a toutes ses chances de prendre la tête du classement général.
© Pierre-Yves Massot
La Fribourgeoise Mélissa Suchet, 21 ans, a toutes ses chances de prendre la tête du classement général.
© Pierre-Yves Massot
La Fribourgeoise Mélissa Suchet, 21 ans, a toutes ses chances de prendre la tête du classement général.
© Pierre-Yves Massot

À deux semaines de la Fête fédérale de lutte suisse féminine, ce n’est vraiment pas le stress qui domine chez les lutteuses. Mais plutôt une certaine excitation et la perspective de passer une journée réjouissante entourées d’autres sportives partageant la même passion.

C’est à peu près ce que résume Audrey Ayer, qui vit au Crêt-près-Semsales (FR) et qui participera à sa toute première Fête fédérale de lutte féminine dans la catégorie Active, c’est-à-dire adulte, mais qui en a déjà vécu plusieurs en tant que junior.

Ambiance plus festive

«La Fête fédérale des filles est beaucoup moins grande que celle des garçons, mais elle est plus festive», souligne la jeune lutteuse de 16 ans. «Sur place, on va se retrouver entre Romandes, s’échauffer ensemble, s’encourager mutuellement tout au long de la journée et se donner des conseils concrets. Je me réjouis de vivre cette ambiance.»

Du côté de Grandvillard, le discours de Mélissa Suchet diffère à peine: «Avant chaque compétition, je me sens un peu stressée. Cet état n’est donc pas spécifique à la Fête fédérale.» Pourtant, la lutteuse de 21 ans aurait de quoi se sentir un peu plus nerveuse que d’habitude, car elle a en effet de très grandes chances de remporter le titre de reine le 26 septembre à Schachen, dans le canton de Lucerne.

Une fête chaque année

«C’est tout à fait vrai», confirme Brigitte Foulk, responsable de la communication de l’Association romande de lutte suisse féminine. Il faut savoir que la Fête fédérale de lutte suisse féminine est organisée différemment de celle des hommes. Si chez les hommes, l’événement se tient tous les trois ans, celui des femmes est organisé chaque année. «Il s’agit en réalité d’une fête classique – à couronne –, comme il y en a une dizaine d’autres au cours de l’année. Elle clôt la saison, et c’est la fille la plus régulière au cours de l’année qui est désignée reine», poursuit Brigitte Foulk.

La lutteuse qui a accumulé le plus de points au cours de la saison devient reine, indépendamment de son résultat le jour de la Fête fédérale. «Il y a deux classements: celui de la journée et celui pour la saison. La reine est celle qui finit première au classement général, si on veut bien.»

La régularité prime

Et à deux semaines de l’échéance lucernoise, c’est bien Mélissa Suchet qui domine le classement au niveau national, même si cela se joue dans un mouchoir de poche entre les trois premières lutteuses du classement. Alors oui, elle ressent un tout petit stress supplémentaire.

«Bien sûr, ce serait une énorme satisfaction personnelle d’être désignée reine. Il s’agit surtout de ne pas faire un flop», sourit la jeune femme qui essaie de ne pas trop y penser pour ne pas faire monter inutilement la pression. «Si j’obtiens une couronne le 26 septembre et que je suis dans le top 3 du classement général, alors je serai quand même très heureuse.»

Trois entraînements par semaine

Aucune des deux athlètes ne change quoi que ce soit à sa manière de s’entraîner en prévision de la Fête fédérale. «Je m’entraîne trois fois par semaine: deux fois à la lutte, une fois pour la condition physique. C’est très important de développer sa puissance et de se renforcer au niveau du tronc», souligne Audrey Ayer, qui aime l’alliance de la puissance et de l’agilité de son sport. Et cette recette semble lui réussir puisque l’adolescente a fait une entrée fracassante dans la catégorie Active en enchaînant les bons résultats et en entrant dans le top 7.

Plus expérimentée, Mélissa Suchet mise sur sa longue expérience et ses larges connaissances de la lutte pour réaliser une bonne compétition. «J’ai commencé à 13 ou 14 ans. Tout le monde fait de la lutte dans ma famille. Mes frères m’ont inscrite à un tournoi pour rigoler. Et j’ai croché tout de suite», se souvient-elle. «Comme je suis presque tous les week-ends à des fêtes de lutte, comme spectatrice ou participante, je connais de nombreuses techniques. C’est là un de mes principaux points forts.»

Des adversaires bien connues

Pour être en forme le jour J, il n’y a donc pas de recette miracle: «Il faut être bien reposée et bien concentrée», souligne Audrey Ayer. Quant à Mélissa Suchet, elle précise qu’elle ne suit aucun régime alimentaire particulier pour se préparer. «Le 26, il va falloir trouver la feinte qui fonctionne, selon les adversaires», souligne-t-elle. Un exercice pas forcément facile puisque les filles, moins nombreuses que les garçons, ont l’habitude de lutter les unes contre les autres. «Oui, on se connaît vraiment bien. Et parfois on gagne, parfois on perd contre les mêmes adversaires.»

Si le suspense reste tout de même entier pour connaître la future reine, les deux lutteuses romandes vont mettre toute leur énergie pour montrer que, de ce côté de la Sarine, on sait aussi y faire dans les ronds de sciure.

Lentement mais sûrement

Environ 200 lutteuses sont licenciées à travers toute la Suisse. Parmi elles, une petite cinquantaine de Romandes. «La lutte féminine n’est pas encore aussi populaire que celle masculine. Mais on progresse», positive Brigitte Foulk, responsable de la communication de l’Association romande de lutte suisse féminine (ARLSF). S’il existe encore des clubs qui n’ont pas de section féminine, la majorité compte des femmes dans leurs rangs, qui s’entraînent avec les hommes. «La première fête de lutte féminine s’est tout de même tenue en 1992 déjà!» Du côté romand, l’ARLSF a été créée en 2018. Et elle tente de fédérer ses membres tout en faisant découvrir ce sport au plus grand nombre. «Le 31 octobre prochain, nous organisons par exemple un entraînement romand avec une séance d’initiation», se réjouit Brigitte Foulk, qui espère que son sport gagne en popularité autant auprès des femmes qui pourraient rejoindre les rangs des lutteuses que du côté du public.

Achetez local sur notre boutique

À lire aussi

Accédez à nos contenus 100% faits maison

La sélection de la rédaction

Restez informés grâce à nos newsletters

Icône Boutique Icône Connexion