À Yvorne, les premières vendanges d'un raisin plus vert s'accompagnent d'un festival
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À Yvorne, la viticulture veut se faire plus durable. Après plusieurs années d’efforts pour préserver la biodiversité et les ressources naturelles, les vignerons franchissent cette année une nouvelle étape avec la création du label Grandeur Nature. Philippe Gex, président de l’association qui porte le projet, ne cache pas ses attentes: «Je considère que la labellisation peut être une planche de salut pour les vignerons», explique ce vigneron et ancien syndic.
Le raisin récolté ces prochaines semaines fournira les premières bouteilles estampillées Grandeur Nature, en vente l’an prochain. D’ici là, les caves du village accueilleront le public le 5 septembre, pour la première édition du festival du vignoble durable Les Diurnes.
Cahier des charges réalisé par Changins
Depuis 2019, l’association Yvorne Grandeur Nature fédère 85 propriétaires sur 158 hectares de vignes. La Haute école de Changins a rédigé le cahier des charges viticole du label fraîchement créé, complété par un volet œnologique applicable dès le millésime 2026. Le biologiste Raymond Delarze suit l’essor de la faune et de la flore sur le terrain. De nombreuses mesures ont été mises en place ces dernières années.
Les vignerons laissent par exemple pousser l’herbe entre les ceps, ce qui freine l’érosion et retient l’humidité du sol. Ils ont aménagé des biotopes faits de tas de pierres ou de branchages. Pour préserver les ressources comme l’eau, ils nettoient leurs cuves à la vapeur plutôt qu’à grande eau, et testent des cépages résistants, moins gourmands en traitements.
Un franc de plus
Créer ces biotopes a demandé un investissement en temps plus qu’en argent, résume Céline Minod, vigneronne au Domaine Dillet. Elle en a aménagé deux, qui gagnent du terrain chaque année, et le marasme du marché lui facilite la tâche. «Vu que les ventes sont plus compliquées, on peut plus facilement faire de la place pour mettre des biotopes.»
Le vin labellisé coûtera environ un franc de plus par bouteille. «Le consommateur qui achète son chasselas un peu plus cher sait qu’il rémunère les viticulteurs à leur juste valeur et défend une pratique de la viticulture plus durable», relève Claude-Alain Mayor, secrétaire d’Yvorne Grandeur Nature. Le label couvre aussi les conditions de travail du personnel. Céline Minod espère que les futurs consommateurs, en participant peut-être aux Diurnes, verront l’étendue du travail mené à la vigne et à la cave pour rendre la viticulture plus durable.
Vers un bassin de rétention?
L’été a cependant montré les limites de l’exercice car «les vieilles vignes bien enracinées ont tenu, alors que les jeunes vignes enherbées ont pâti de la sécheresse», constate Philippe Gex, qui juge ses parcelles mieux armées pour la suite, puisque le cahier des charges tire les rendements vers le bas. Céline Minod, elle, n’en attend pas de miracle. «Heureusement, la vigne supporte le sec et a tenu le coup pour cette année, mais pour la pérennité des ceps il va falloir trouver un moyen d’amener de l’eau.»
Les autorités communales ont dû restreindre l’usage de l’eau potable cet été, sans que la pénurie touche des vignes déjà interdites d’arrosage. L’ancien syndic réfléchit à un bassin de rétention d’ici dix à quinze ans, qui permettrait un goutte-à-goutte et associerait la commune, le canton et les vignerons. L’exécutif local apporte un soutien institutionnel et négocie la reprise d’un bâtiment au centre du village.
Activités et dégustation
Le festival Les Diurnes prolongera les trois journées de la biodiversité déjà organisées sur la place du Torrent, cette fois jusque dans les caves. «Ce ne sera pas Woodstock, plutôt quelque chose de modeste pour évaluer l’intérêt de notre public et vulgariser le travail de ces dernières années», prévient Philippe Gex.
Le parcours et les activités seront gratuits, seule la dégustation coûtera dix francs, verre compris. Un tonnelier montera une barrique taillée dans des chênes du groupement forestier des Agites, situé sur le territoire d’Yvorne. Les agriculteurs de la plaine du Rhône tiendront un stand, eux dont les exploitations récupèrent notamment une partie du compost issu de la vigne.
L’Office fédéral de l’agriculture soutient la promotion à travers un fonds réservé aux projets innovants en matière de qualité et de durabilité. L’aide court sur trois ans, dont deux restent à venir, et vise la vente directe et les circuits courts. Le canton et la Fondation MAVA, présente depuis les débuts, complètent le financement.
+ D’infos yvorne-grandeur-nature.ch



