Des cafés botaniques font vivre les savoirs des anciens

Jusqu'en novembre, un comédien et une biologiste invitent des villageois à partager leur expérience de l'usage des plantes. Le but: créer du lien entre les générations et faire prendre conscience de l'importance du vivant.
Lila Erard

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© Bruno Clement

Pendant des années, Colette Gremaud a questionné sa mère, fille et femme de paysan, sur ses usages et connaissances en matière de plantes. Puis, ensemble, elles ont recueilli les souvenirs botaniques des anciens des villages alentour, en Gruyère.

«Cette activité nous a liées et, même si ma maman nous a quittés aujourd’hui, j’ai eu envie de poursuivre ce travail», raconte la créatrice des Cafés botaniques, organisés dans le canton de Fribourg et à Château-d’Œx (VD) jusqu’en novembre.

Des savoirs en voie de disparation

Le but de l’opération, soutenue par le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut et le Musée gruérien, est de faire perdurer les savoirs en perdition et de valoriser les végétaux qui nous entourent. «Aujourd’hui, la majorité de la population est atteinte de ce que l’on appelle la cécité botanique. Ce biais cognitif, décrit par deux scientifiques américains dans les années 2000, nous amène à sous-estimer, voire à ignorer l’importance des plantes.»

Six dates sont à venir, dont la prochaine ce samedi à l’hôtel Roc et Neige, à Château-d’Œx. Lors de ces événements inspirés des cafés scientifiques, gratuits et sans inscription, un ou plusieurs comédiens lisent des témoignages, puis lancent une énigme autour d’une plante.

Clématites fumées et matelas de feuilles

«Le focus n’est pas mis sur les végétaux qui soignent ou qui se mangent, car beaucoup de connaissances sont déjà disponibles à leur propos, mais sur des usages méconnus du quotidien, expose la biologiste de formation. L’enjeu est de lancer la discussion puis permettre aux participants de partager leur expérience.»

Fabriquer un matelas avec des feuilles mortes de hêtre, utiliser la poix – une matière collante obtenue par distillation de résines d’arbres – pour enlever les poils des cochons morts ou encore fumer les lianes de clématite: autant de pratiques ancestrales abordées l’an dernier, lors de la première édition.

Le public répond présent

«L’idée n’est pas forcément de réhabiliter ces usages, mais de raviver des souvenirs chez nos aînés et ouvrir le dialogue sur la place des végétaux dans le développement humain. La société a évolué tellement vite, qu’on ne se rend pas pleinement compte de ce qu’ont vécu nos ancêtres», déclare la quinquagénaire.

L’an dernier, près de 200 personnes ont participé aux cinq rencontres organisées, notamment des familles. «Rassembler les générations a créé des discussions riches. Contrairement à une conférence, un café botanique donne une place au vécu et aux liens affectifs, ce qui permet de mieux véhiculer certaines notions comme la sobriété, que les anciens ont bien connues.»

+ D’infos Toutes les dates sont disponibles sur botagogo.ch.

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