C'est le dernier moment pour observer ce papillon discret
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Il faut parfois lever les yeux pour avoir une chance de l’apercevoir. Le grand mars changeant passe une bonne partie de sa vie dans la cime des arbres, loin des regards. «C’est l’une de nos plus belles espèces de papillons», estime Michel Baudraz, directeur du bureau exécutif de l’Association de la Grande Cariçaie et spécialiste des papillons. Le grand mars changeant (Apatura iris) appartient à la famille des Nymphalidés, qui compte une centaine d’espèces de papillons de jour en Suisse.
Il se reconnaît à grande taille, son vol puissant et rapide, sa couleur foncée avec des bandes blanches. Sur la face inférieure, le rouge tranche avec le reste des écailles, tandis que sur le dessus, des reflets bleu violet apparaissent sur les mâles selon l’inclinaison des ailes. Les femelles s’observent rarement car elles restent dans la canopée et descendent au sol uniquement pour pondre. Plus grandes que les mâles, elles sont aussi plus claires.
Chenilles endurantes
Si ce papillon passe l’essentiel de sa vie dans la canopée, ce milieu n’est pourtant pas choisi par la femelle pour la ponte. «Elle descend près du sol et dépose ses œufs sur des arbustes de plus petite taille, principalement des saules marsault (plante hôte) de 2 à 8 m, situés dans des clairières et des lisières fraîches et à forte humidité, exposées au nord ou à l’est», détaille Michel Baudraz.
Le stade de chenille étant celui qui traverse l’hiver, on se demande comment elle supporte le froid. «Elle a une stratégie très perfectionnée. En octobre, pour éviter que la feuille sur laquelle elle se tient ne tombe, elle fixe son pétiole à la branche à l’aide de sa soie. En hiver, elle va se dissimuler à la fourche d’une branche et arbore exactement la même couleur que l’écorce.» Au printemps la chenille affamée recommence à manger.
Milieux de vie en mutation
Dans la Liste rouge des papillons de jour de Suisse, Apatura iris est classé comme «potentiellement menacé». Quels risques pèsent sur cet insecte peu fréquent, voire rare selon les régions, et des mesures sont-elles prises pour le protéger? «Peu de mesures sont actuellement mises en place en Suisse pour cette espèce. Ses principales menaces sont la modification de la composition des peuplements forestiers, avec le remplacement d’essences alluviales de faible valeur par des essences offrant un meilleur rendement, ainsi que la fermeture de massifs forestiers liée à l’abandon des zones les moins rentables», estime l’entomologiste.
Si aucun effet du changement climatique n’est pour l’heure constaté sur les populations actuelles de l’insecte, ses milieux de vie pourraient en revanche être affectés, notamment avec une augmentation des risques d’assèchement et de crues.
Reflets irisés
Les ailes du mâle arborent des reflets irisés visibles selon l’angle d’incidence de la lumière, les écailles concernées seraient-elles d’une structure particulière? «Oui, elles sont disposées en deux couches, confirme le scientifique. Chaque écaille de la couche supérieure, responsable de ces reflets visibles sous un angle de 20 à 30 degrés, compte plusieurs crêtes étroites formées de lamelles superposées, qui reflètent les longueurs d’onde de 380 nanomètres (ultraviolet).»
Et le spécialiste de poursuivre: «Une longueur d’onde à la limite de détection de l’œil humain. Il est probable que ces reflets sont beaucoup mieux visibles pour les papillons entre eux. Les mâles utilisent l’éclat de leurs ailes pour se signaler aux femelles, mais également pour intimider ou repousser des rivaux.»
Une vie dans la canopée
Dans la chaleur de l’été, un papillon se pose sur un chemin forestier. Rencontre rare car Apatura iris est avare de ses apparitions. Une discrétion due à son habitat, comme l’explique Michel Baudraz. «Le grand mars changeant est un papillon forestier que l’on trouve principalement dans les forêts alluviales des lacs et des cours d’eau, là où poussent les plantes hôtes de la chenille.» Les meilleures chances pour l’observer?
«Le matin (9 – 12h), lorsque les mâles descendent de la canopée pour pomper l’humidité du sol près des flaques des chemins de terre ou de gravier. Il recherche surtout les liquides riches en sels minéraux et en azote et aime aussi la sève qui suinte aux blessures des arbres.» À la différence des autres papillons diurnes, l’insecte ne se pose jamais sur les fleurs.



