Le lotus sacré joue les superhéros des étangs
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Il y a des plantes qu’on croit connaître. Le lotus sacré est de celles-là. Larges feuilles rondes, grande fleur solitaire, pieds dans l’eau: on le prend volontiers pour un nénuphar. Linné lui-même s’y est trompé, lui qui le baptisa Nymphaea nelumbo. Or, il n’en est rien: les plus proches parents du lotus sacré sont les platanes de nos rues.
Ce qu’on ignore souvent, c’est que le lotus a développé une aptitude remarquable pour se nettoyer. Lorsqu’une goutte se dépose sur une feuille de lotus, elle ne s’étale pas mais se rassemble pour former une petite sphère qui roule, emportant au passage poussières et spores.
L’art du biomimétisme
La feuille demeure ainsi impeccable. Ce phénomène porte un nom: c’est l’«effet lotus». Sa cause tient dans une microscopique forêt de reliefs cireux, sur laquelle la goutte ne trouve presque aucune prise. De cette observation sont nées diverses innovations, parmi lesquelles des enduits de façade lavés par la seule pluie. Le lotus est un des emblèmes de ce que l’on appelle le biomimétisme.
Soit l’art de chercher dans le vivant des solutions techniques que des milliards d’années de sélection ont déjà mises à l’épreuve. Une thématique que l’on peut d’ailleurs retrouver dans «Mimêsis», la nouvelle exposition temporaire du Naturéum, au Jardin botanique de Lausanne.
Une fleur qui tient chaud…
Autre caractéristique de la fleur du lotus, sa chaleur. Pendant les deux à quatre jours de sa floraison, la plante brûle du sucre pour tenir la température de sa chambre florale entre 30 et 36°C, quelle que soit la température de l’air. Rares sont les plantes capables d’un tel réglage. Les coléoptères qui la pollinisent l’ont bien compris, et passent la nuit au chaud dans la fleur refermée.
Restent les graines, qui ont apprivoisé le temps. L’une d’elles, tirée d’un lac asséché du nord-est de la Chine, a germé après treize siècles de sommeil, l’une des dormances végétales les plus longues jamais mesurées.
… et qui sait être utile
Enfin, le lotus est également une plante utile à l’humain. Cultivé en Asie depuis plus de trois mille ans, il se mange presque tout entier, des rhizomes croquants aux feuilles utilisées pour envelopper le riz. Que le bouddhisme et l’hindouisme y voient un symbole de pureté n’a jamais empêché personne de le mettre à la casserole!
On peut admirer la floraison de Nelumbo nucifera dès le mois de juin dans l’un des plans d’eau du Jardin botanique de Lausanne, chaque fleur s’ouvrant au matin pour se refermer le soir.
+ D’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution.
*Anne Dubéarnès est conservatrice au département de botanique du Naturéum. Patrice Descombes en est le conservateur en chef.


