A l'heure de l'apéro avec Franck Siffert

Tout au long de l'été, notre série invite des personnalités à partager une agape qu'elles ont imaginé. Cette semaine, c'est le fondateur du domaine de La Sauvageraie, à Bonvillars (VD), qui nous reçoit à sa table.
Marjorie Spart

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© Matthieu Spohn

Dans son antre frais, au rez-de-chaussée de sa maison villageoise à Bonvillars (VD), sur les hauteurs du lac de Neuchâtel, Frank Siffert a dressé une table d’apéro à son image: généreuse, authentique et aux mille saveurs.

Une bouteille de Muchacha – un vin nature assemblant muscaris, chardonnay et chasselas, qu’il vinifie lui-même – accompagne un taillé aux greubons, un pain d’épeautre maison, des olives de son domaine, un saucisson de cochon laineux, un beurre à l’ail des ours et une bondelle fumée du lac de Neuchâtel.

Un verre en plus au cas où

Sans oublier de la truffe d’été, coupée en dés et assaisonnée d’huile d’olive et de sel. «C’est important pour moi de proposer des produits de saison et qui sont élaborés chez moi ou tout près», précise-t-il. Le cadre est posé. Autre détail, tout aussi important, la présence d’un verre supplémentaire, «destiné à celui qui pourrait débarquer à l’improviste. Ou en souvenir de celui qui n’est plus là».

La convivialité même, insufflée par notre hôte qui ouvre sa porte aussi facilement que son cœur à celles et ceux qui veulent la franchir. «Tout le monde est le bienvenu autour de ma table. L’apéro est un moment où on peut discuter de tout et de rien. Où on vient pour passer un bon moment ensemble. Et où on évite les sujets qui fâchent inutilement», glisse celui qui est, entre autres, agriculteur bio.

Quelques grands écarts

Frank Siffert se passionne pour la nature depuis son plus jeune âge. S’il a grandi à Yverdon, il garde de son enfance le souvenir de ses balades et ses nuits passées à camper dans les bois. «C’est là que j’ai commencé à manger des plantes sauvages.» Une passion qui ne l’a jamais quitté et à laquelle il se dédie entièrement depuis 2008, lorsqu’il a fondé avec sa compagne, Annie Ryter, La Sauvageraie. Dans ce domaine agriviticole, il cultive des vignes, des légumes, des plantes médicinales, des truffes, mais il vend aussi ses produits sous forme transformée ou les fait découvrir autour de sa table d’hôte.

Pour moi, la retraite n’est pas un concept tangible. J’ai toujours fait ce que je voulais et je continuerai à faire ce dont j’ai envie.

Avant d’en arriver là, Frank Siffert a cultivé les passions et les grands écarts professionnels. Formé comme carreleur, il a repris l’entreprise familiale à l’âge de 29 ans. «Mais à côté, avec quelques potes, nous avons monté une maison d’édition. Parce que cela nous amusait», sourit-il. Il a aussi lancé une galerie d’art, chanté dans un chœur d’homme et rejoint de nombreuses associations sportives. Huit mois à garder les génisses à l’alpage, puis un an et demi à travailler dans les Franches Montagnes dans une fromagerie bio ont profondément ancré le terroir dans les tripes du Vaudois.

Chantre du bio

Alors qu’il est membre du comité de la fondation du domaine agricole de La Coudre, le petit domaine n’arrive pas à trouver de repreneur. Frank Siffert se lance alors dans l’aventure. «À 47 ans, j’ai entamé un CFC d’agriculteur!» Tout s’est ensuite enchaîné pour celui qui ne cultive qu’en bio. «Pourquoi ajouter des engrais alors qu’on arrive à faire sans, grâce à des alternatives naturelles? L’agriculture doit rétablir l’équilibre qui a été rompu par les monocultures qui ont fragilisé les produits. Diversifier les cultures et modifier les techniques culturales rendront l’agriculture plus durable.»

La nature, le bio et le sauvage ont donc guidé les pas de Frank Siffert sur les chemins de l’agriculture. Depuis 2008, à La Sauvageraie, il élabore des huiles essentielles, des hydrolats à base de plantes médicinales. Il cueille aussi des plantes comestibles dans la forêt, prépare des pestos d’ail sauvage, des sirops, des confitures. «Je produis aussi du vin nature depuis 2003. J’ai d’ailleurs fondé l’association suisse qui lui est consacrée. Et grâce à une collaboration avec l’école de Changins, une fiche sur le vin nature y a vu le jour et des avancées notoires sur les sulfites ont été réalisées», se réjouit-il. Olives, truffes, fruits et légumes complètent l’offre.

Un entrepreneur infatigable

Son sens du partage et du contact humain allié à son enthousiasme débordant ont poussé Frank Siffert à multiplier les activités. Depuis sa reconversion, il a fondé Bio Agri, le salon Bio Vino, le Marché aux truffes, l’Association des producteurs suisses d’huile d’olive, et une multitude d’autres associations, dont la liste ne tiendrait pas sur cette page. Frank Siffert serait-il un brin hyperactif? «J’aime entreprendre. Mais aussi voir le résultat du travail accompli. Quelle satisfaction de voir qu’on a réussi. Ou, si on a échoué, d’apprendre quelque chose.»

Alors que l’âge de la retraite frappe l’année prochaine à sa porte, Frank Siffert ne se voit pas se laisser aller au farniente. Il réduira certes la voilure, mais restera actif. «Une de mes filles va reprendre les cultures maraîchères ainsi que le travail à la vigne. Moi je garderai la transformation des produits et la table d’hôte. Dans ce domaine, je vais renforcer ma collaboration avec ma seconde fille, qui travaille comme traiteur. Pour moi, la retraite n’est pas un concept tangible. J’ai toujours fait ce que je voulais et je continuerai à faire ce dont j’ai envie.» Et la retraite lui laissera certainement le temps de se découvrir d’autres passions.

L'apéro parfait

Croquant

«Dés de truffe. La truffe possède un petit goût de noisette que l’on sublime avec un filet d’huile d’olive et de sel.»

Délicat

«Bondelle fumée. Issue du lac de Neuchâtel, par les frères Oberson de Corcelles-Concise.»

Riche

«Saucisson de cochon laineux. Durant plusieurs années, j’ai élevé ces cochons. Aujourd’hui, je transforme ceux de la famille Dutoit à Châtillens en collaboration avec la boucherie Michaud de Ballaigues.»

Avec alcool

«Vin nature «Muchacha». Un blanc orange qui a le fruité du muscat, le beurré du chardonnay et l’acidité du chasselas.»

Sans alcool

«Jus de raisin. Que je produis et qui se trouve toujours sur ma table d’apéro. »

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