À la Vaux-Lierre, l'hôpital qui remplume les oiseaux
Partager cet article
Au fond d’une boîte en carton, une petite silhouette noire: c’est une hirondelle rustique, recueillie après avoir heurté une baie vitrée. La vétérinaire la prend délicatement au creux de sa main, l’observe, déplie ses ailes. L’examen dure à peine quelques secondes, le temps d’opérer une série de contrôles de routine.
Nous sommes à la Vaux-Lierre, centre de soins vaudois situé à Étoy, où l’on remet d’aplomb des oiseaux sauvages. Les missions de cette institution? Soigner les volatiles blessés, nourrir les individus affaiblis ou encore permettre à des oisillons en détresse de grandir en sécurité avant de retrouver la liberté.
Fractures et plaies à suturer
Parmi les patients de cet hôpital pas comme les autres, de nombreuses hirondelles, comme celle qu’observe Émilie Bréthaut sur la table d’examen. «Il peut arriver que nous ayons des fractures à réduire ou des plaies à suturer, souffle la vétérinaire, gérante de la Vaux-Lierre depuis 2019. Nous sommes équipés pour réaliser ce type d’opération.»
Pour la vétérinaire, venir en aide à la faune sauvage a toujours été une évidence: «Je me suis inscrite comme bénévole dans un centre de ce genre à l’âge de 11 ans, se souvient-elle. C’est à la suite de cette expérience que je suis devenue vétérinaire.» L’équipe de la Vaux-Lierre partage le dévouement de la jeune femme. Vétérinaires et soigneurs, mais aussi civilistes, stagiaires et bénévoles, ils sont une quarantaine de personnes à faire vivre le lieu.
Plus grande sensibilisation du public
L’histoire débute en 1986, lorsque l’ornithologue vaudois Jean-Charles Daiz décide de créer un lieu où soigner les volatiles. Le nombre de ces derniers ne cesse de croître, passant le cap des 1000 oiseaux recueillis en 1993 et atteignant aujourd’hui 2000 individus par an.
«Ce sont essentiellement des passereaux: ils représentent 80% des oiseaux que nous soignons.» Venus de toute la Suisse romande, la plupart d’entre eux ont été victimes d’accidents ou de prédation par des chats domestiques. «Ce sont principalement des particuliers qui nous sollicitent, mais nous collaborons aussi régulièrement avec les inspecteurs de police faune-nature. L’un d’eux vient d’ailleurs de déposer un cygne qui avait été attaqué par un congénère.»
Hausse estivale
La canicule de cet été a entraîné une explosion du nombre d’oiseaux recueillis par la Vaux-Lierre, avec des pics allant jusqu’à une quarantaine d’individus par jour. La forte chaleur a en effet eu des conséquences directes sur les nids, poussant les oisillons – notamment de moineaux et de martinets – à en sauter avant d’être capables de voler. Ils ont été pris en charge jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. La situation a entraîné une surcharge de travail pour le centre, qui a pour principe de ne jamais refuser un oiseau: même si les places manquent et que le personnel est fatigué, l’équipe s’arrange toujours pour trouver des solutions.
Des oisillons nourris tous les quarts d’heure
Après un bilan de santé qui indique de bonnes chances de survie, l’hirondelle est pesée et installée dans une caisse. Elle rejoint les autres patients ailés dans une des pièces du centre. On y retrouve des merles, des étourneaux ou un loriot d’Europe, au plumage d’un jaune éclatant. Voire parfois des espèces plus rares, comme le guêpier d’Europe ou le coucou. La deuxième pièce est réservée aux espèces aquatiques, la troisième est la nurserie. Dans les cages, de minuscules individus, le plus souvent tombés du nid. Justement, c’est l’heure du nourrissage, et l’effervescence est à son comble.
«Il faut nourrir les oisillons toutes les 15 minutes», explique la vétérinaire à une jeune stagiaire. Elle lui montre ensuite comment insérer une petite quantité de nourriture dans le bec à l’aide d’une pipette. Lorsqu’ils seront devenus autonomes, les jeunes oiseaux pourront rejoindre la volière de réadaptation à l’extérieur.
Volière sur mesure pour les grands gabarits
On devine par la fenêtre ce long tunnel recouvert d’une bâche: «Ici, les oiseaux peuvent se remuscler, s’entraîner aux vols et s’adapter aux intempéries», explique Émilie Bréthaut. Une volière plus imposante est utilisée pour les grands oiseaux, comme les cigognes, les aigles ou les hiboux grands-ducs.
L’équipe a beau être convaincue de l’importance de sa mission et ne pas compter ses heures, le fonctionnement d’un tel centre demande des ressources financières importantes. La Vaux-Lierre compte sur les cotisations de ses membres, les dons ainsi que le soutien de plusieurs fondations. «La situation n’est pas simple, concède la gérante. Nous faisons actuellement des recherches de fonds actives pour être en mesure de couvrir notre masse salariale.»
Jusqu’à 50 lâchers par semaine
Reste que les doutes sont vite balayés lorsqu’un pensionnaire remis sur pied peut retrouver la liberté. «C’est le plus beau dénouement, sourit Émilie Bréthaut. On est heureux de les voir s’élancer dans les airs, en espérant que tout se passe bien pour eux.» A certaines périodes, on compte plus de 50 lâchers par semaine. Aujourd’hui, c’est au tour d’un faucon crécerelle de prendre son envol: «Il nous a été amené mi-juin, encore revêtu de son duvet de poussin, trop petit pour survivre seul.»
Émilie Bréthaut grimpe sur une petite butte, enfile une solide paire de gants, ouvre la caisse et prend l’oiseau. Un dernier regard entre les deux, et c’est le grand départ. Le faucon s’élance, dessine un cercle au-dessus de la vétérinaire, avant de s’éloigner. «Nous l’avons bagué, ce qui permettrait de l’identifier s’il est recapturé ou retrouvé mort. Mais dans le meilleur des cas, nous n’aurons plus jamais de ses nouvelles.» Pas de temps à perdre: il faut encore libérer une nichée de harles bièvres au bord du Léman. La vétérinaire embarque dans son véhicule, direction la plage d’Allaman (VD). Les oiseaux n’attendent pas.
Le programme des festivités
Dimanche 6 septembre, la Vaux-Lierre fête ses 40 ans et ouvre ses portes au public. Le centre pourra exceptionnellement être visité. Au programme: stands de restauration, visites guidées des installations tout au long de la journée, ainsi que des lâchers de rapaces, si les conditions météorologiques le permettent. De nombreuses animations autour des oiseaux de nos régions seront également proposées: quiz, pêche aux canards, chasse au trésor, tombola et bien d’autres activités.
+ D’infos: vaux-lierre.ch



