Le sureau, petit arbre familier, sans-gêne et un peu sorcier
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Il pousse vite et, né un printemps du repas d’un merle ou d’une fauvette, ne met que quelques années pour former un petit arbre d’apparence vénérable. Sa ramure alors invite aux acrobaties, mais cette apparence accueillante est menteuse: le bois du sureau noir est cassant. D’ailleurs, même si on le laisse pousser à sa guise, sans lui imposer de taille, il est prudent de raccourcir tout de même les longues branches trop horizontales, qui pourraient se briser en déchirant l’écorce du tronc.
Et en faisant du même coup fuir les fées et les esprits qui s’abritent au cœur de son bois creux… Entre magie blanche et magie noire, protecteur mais aussi un peu sorcier, le sureau a en effet marqué la mythologie de nos contrées, des Celtes et des Grecs de l’Antiquité à la baguette magique de Dumbledore.
Sur un air de flûte, peut-être
Pour les étymologistes, notre «sureau» descend du sabucus latin (latin qui connaissait aussi la forme sambucus, retenue pour désigner scientifiquement ce genre botanique), après quelques méandres: l’ancien français avait abrégé ce sabucus en seu, comme l’avaient aussi fait nos patois (sau, siau, suau, voire chau). «L’origine du r est difficile à expliquer», relève Le Robert.
Se pourrait-il que ce rajout ait été calqué sur «seringuer», qui explique les seringats tout comme le Syringa désignant scientifiquement les lilas? Car, comme chez ces derniers, les rameaux de sureau, emplis d’une moëlle tendre, sont faciles à évider pour être utilisés comme seringue. Ou comme flûte: le terme latin aurait été emprunté au grec ancien qui, par sambouko, désignait un instrument à vent.
Gourmand et médicinal à la fois
Antioxydant, anti-inflammatoire, antimicrobien: le sureau noir cumule les vertus. Traditionnellement, on l’a employé aussi bien pour soigner les refroidissements, les états fiévreux ou la grippe que pour traiter les rhumatismes, la goutte ou encore la constipation chronique. Et des recherches récentes ont prouvé son efficacité à contrer la prolifération des tumeurs malignes et la formation de métastases.
En usage maison, on emploie les fleurs – sous forme de sirop, de tisane, de beignets ou pour parfumer des desserts – et les fruits – en sirop, mais aussi en compote, confiture, garniture de tartes… De vrais «médicaliments»! Les fruits doivent cependant n’être utilisés que bien mûrs, et cuits. Et certaines personnes sont allergiques au sureau – en particulier, semble-t-il, celles qui sont sensibles au pollen des bouleaux.
Espèces bien installées
On peut y trouver quelques autres sureaux, notamment ceux du Canada (Sambucus canadensis) ou d’Arménie (Sambucus tigranii); mais le commerce propose essentiellement des variétés de deux de nos trois espèces indigènes: le sureau noir et le sureau rouge. Le second, plus adapté à l’altitude, s’avère moins tolérant à la sécheresse du sol. Absent des étals, notre troisième sureau, l’hièble, n’est pas un arbuste, mais une vivace: ses rameaux, non ligneux, jaillissent chaque printemps du sol.
Le plus souvent proposés en variétés, sélectionnées soit pour leurs fruits, soit pour leur valeur esthétique, sureaux noir et rouge sont précieux pour la petite faune: leur écorce crevassée, accrochant mousses et lichens, leurs fleurs et leurs fruits abritent et nourrissent de nombreuses espèces d’insectes (notamment le sphinx du troène et la phalène du sureau), d’oiseaux et de petits mammifères.
Trois plantes, trois règles
Toxique ou pas, le sureau? Si les informations semblent contradictoires, c’est que le statut de nos trois espèces n’est pas le même. Pour le sirop de fleurs ou le yogourt aux fruits, c’est le sureau noir, Sambucus nigra, qui est mis à contribution. Ses feuilles, elles, ne sont pas comestibles, mais peuvent être employées pour concocter un «purin» réputé efficace contre divers ravageurs des plantes (pucerons, cochenilles, punaises) et pour faire fuir campagnols et autres rongeurs indésirables (on ne vous garantit rien!)
Des fruits du sureau rouge (Sambucus racemosa), on ne peut en revanche employer que le jus, cuit (pas les graines, même après cuisson); et mieux vaut les tester (sans croquer, et en recrachant) avant de les récolter: selon les plants, leur goût est agréable, ou pas… L’hièble, quant à lui, est réputé entièrement toxique.
Comment le cultiver?
Le sureau, il arrive qu’on le choisisse – comment résister à ses variétés à feuillages laciniés et/ou diversement colorés? – mais le plus souvent, c’est lui qui décide: de pousser ou pas (quand il est planté) ou de s’installer là et pas ici (quand il pousse impromptu). S’il n’en fait qu’à sa tête, il peut néanmoins accepter des situations diverses: naturellement présent jusqu’à moyenne altitude, il affectionne les emplacements mi-ombragés, en sol frais et plutôt riche, mais ni une lisière ombragée ni un coteau séchard ne le découragent franchement. Il pousse volontiers au voisinage des bâtiments, et on peut le laisser faire: ses dimensions raisonnables, sa bonne tolérance à la taille et son aptitude à former rapidement un petit arbre en font un bon choix pour les petits espaces.
