Les Vermeille, gardiens d'un héritage en perpétuelle évolution

Rares sont les exploitations à être aux mains de la même famille depuis plus de 200 ans, mais elles existent. Troisième volet de notre série au Bémont (JU), où la descendance Vermeille transforme la ferme au gré de ses projets.
Isabelle Chappatte

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© Nicolas de Neve
© Nicolas de Neve

Le nom du hameau est éloquent. Sous-le-Bémont se love en contrebas du village du Bémont (JU), au-delà de pâturages où vaches et chevaux s’égaillent en liberté. La ferme d’Evrasse est la première qu’on aperçoit. Trou dans un mur, matériaux de construction ici et là, la bâtisse dont le fronton d’entrée indique 1702 est en plein chantier. Jérémy Vermeille, l’heureux propriétaire, réalise lui-même une grande partie des travaux. La rénovation de la partie habitation touche à son terme, tandis qu’à l’avant, à la place d’anciens appentis, ont pris place un chauffage à copeaux et un appartement pour sa maman. Il s’y dessine aussi le futur magasin, destiné à remplacer le shop développé par son épouse Cindy et aménagé dans un très ancien charti [un abri destiné au rangement des outils de jardin, ndlr]. Il sera jouxté d’un local de transformation. Résultat à découvrir lors des portes ouvertes prévues à l’automne.

On ne compte plus les générations…

Dans la cuisine posée depuis quelques jours, l’agriculteur sort archives et albums photos. Un E et un V entourant la date du linteau, on présume dans la famille que la ferme est en mains Vermeille depuis son édification, tout comme le reste du hameau jusqu’à récemment, mais difficile de dire combien de générations s’y sont succédé. Le Franc-Montagnard n’a jamais fait lui-même de recherches généalogiques, contrairement à deux cousins éloignés, issus de la même branche des Pirlouis, les descendants de Pierre-Louis Vermeille. «Ils ont montré que cet aïeul n’était pas un déserteur né en 1777 à Avignon, comme on le racontait, relate-t-il, mais un habitant du cru». Pas impossible néanmoins qu’il ait échappé à l’enrôlement dans les troupes révolutionnaires sous l’occupation française. Leur étude atteste par ailleurs que l’arrière-arrière-grand-père Joseph, né en 1846, exploitait un domaine Sous-le-Bémont.

Le nom de famille a aussi connu une évolution. Sous gouvernance bernoise, son orthographe a été germanisée en Wermeille. Mais en 1967, le grand-père de Jérémy et ses frères l’ont fait modifier pour reprendre le V. «Je n’en connais pas les raisons exactes, dit prudemment le jeune éleveur, mais j’imagine que c’était lié à la Question jurassienne».

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