Le guêpier, notre oiseau exotique

Sensible aux mille teintes de la nature, l'artiste naturaliste genevois Pierre Baumgart nous invite, tout au long de l'année, à réapprendre à observer faune et flore par le prisme de la couleur.
Pierre Baumgart

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© Pierre Baumgart

La mosaïque de couleurs vives qui compose le plumage du guêpier d’Europe fait de lui, sans nul doute, l’oiseau le plus flamboyant de notre avifaune. Seul représentant européen d’une famille comptant une trentaine d’espèces réparties en Afrique et en Asie, il était encore récemment confiné au bassin méditerranéen.

Abondante en Espagne, en Italie et dans le sud de la France, l’espèce s’est répandue progressivement vers le nord à la faveur du changement climatique puisqu’en effet, sa présence dans nos régions semble corrélée à la hausse moyenne des températures estivales.

En Suisse depuis 25 ans

Le guêpier d’Europe a niché pour la première fois en Suisse en 1991, et depuis, plusieurs sites ont été colonisés sur le plateau, à Genève et au Tessin. L’oiseau étincelant a rejoint aujourd’hui la liste de nos oiseaux nicheurs en lui conférant une touche d’exotisme. La progression septentrionale de l’espèce ne s’arrête d’ailleurs pas à notre pays, car de récentes nidifications ont déjà été constatées en Belgique et jusqu’au Danemark.

En m’approchant de l’ancienne gravière devenue réserve naturelle, j’entends les cris caractéristiques des guêpiers que je repère rapidement. Tels de grosses hirondelles, ils alternent vols planés et battements d’ailes rapides, fulgurantes accélérations qui ont pour but de corriger une trajectoire pour saisir un insecte en vol. Si les abeilles, guêpes et bourdons constituent une part importante de leur régime alimentaire, ils ne dédaignent pas les papillons, libellules et autres coléoptères.

Perchés sur les fils électriques

Quand les oiseaux ne chassent pas en vol, ils utilisent les arbres, les poteaux ou les câbles environnants comme postes d’affût. Après une capture, les guêpiers reviennent se percher, assomment leurs proies d’un ou deux coups de bec avant de les ingérer ou de les apporter au nid. Le flambé ou le machaon, deux de nos plus beaux papillons, sont des proies faciles pour cet habile chasseur.

Les guêpiers établissent des colonies sur de petites falaises limoneuses le long des rivières, sur des cassures de terrain ou des talus au bord de routes. Chez nous, ce sont principalement les gravières, même en exploitation, qui sont utilisées comme lieux de nidification. Dès leur arrivée en mai, les couples formés réaménagent une ancienne galerie dans la paroi ou en creusent une nouvelle.

La ponte sera déposée au fond du petit tunnel dans lequel les adultes s’engouffreront plus tard pour nourrir les jeunes qui s’émanciperont dans le courant du mois de juillet. Au mois d’août et jusqu’en septembre, les guêpiers locaux, rejoints par d’autres individus migrateurs, se rassemblent et stationnent souvent sur les fils électriques le long des routes de campagne, avant de partir en Afrique pour y passer l’hiver.

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