Comment protéger son animal des tiques sans polluer les cours d'eau?
Le risque est partout
En Suisse, la population de tiques est en forte croissance. Tirant profit du changement climatique, avec des hivers plus doux et des périodes de chaleur prolongées, les tiques sont actives toujours plus longtemps et jusqu’à haute altitude. On trouve désormais ces acariens, porteurs de maladies graves pour l’être humain, comme la borréliose ou l’encéphalite à tiques, jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Aucune région du pays n’est épargnée.
Début 2026, une étude de l’Institut fédéral des sciences et technologies aquatiques Eawag a mis en lumière une réalité inquiétante: des traces de fipronil, insecticide utilisé pour lutter contre les puces et les tiques chez les chiens et les chats (lire l’encadré ci-dessous), ont été détectées dans plusieurs rivières suisses. Par endroits, la concentration du produit dépasse les seuils critiques pour la survie des organismes aquatiques.
Administré en gouttes directement sur la peau de l’animal, le fipronil se retrouve dans l’eau lorsqu’il se baigne, mais aussi via les eaux usées: il suffit de laver un chien ou la couverture sur lequel il dort pour que l’insecticide se répande.
Toujours plus nombreuses
Si la constatation est inquiétante, c’est que la pression des tiques est plus forte que jamais. Du côté des humains, le nombre de piqûres par ces acariens déclarées à la SUVA est passé de 9000 par an entre 2005 et 2009 à 14 000 entre 2020 et 2024. Et les animaux domestiques – comme le bétail d’ailleurs – sont aussi concernés par certaines des maladies transmises par les tiques. Nos compagnons à quatre pattes peuvent contracter la piroplasmose, la borréliose ou le virus de la FSME (la méningo-encéphalite à tiques). Sans oublier qu’ils jouent un rôle de vecteurs en ramenant à l’intérieur des maisons des acariens qui peuvent les lâcher pour s’installer sur des humains.
Pour préserver la santé de son animal de compagnie tout en se passant de fipronil, plusieurs approches existent. «D’abord, il faut garder en tête que chaque animal est différent, note Aude Girod, vétérinaire au cabinet de la Forge, à Ollon (VD). C’est comme pour les humains, certains attirent les tiques et d’autres moins. Je conseille ensuite mes clients en fonction du mode de vie de leur animal: le risque n’est pas le même si un chien reste dans une zone urbaine avec peu de promenades ou s’il explore les fourrés en forêt durant des heures. Par ailleurs, s’il y a des enfants dans le foyer et que les chiens et les chats ont des contacts rapprochés avec eux, il serait prudent d’éviter les gouttes de type «spot-on» et les colliers. L’investissement des propriétaires est déterminant, certains effectuant volontiers un contrôle approfondi pour détecter la présence de tiques à chaque retour de balade, d’autres non. D’ailleurs, l’exercice n’est pas le même si vous avez un terre-neuve ou un bouledogue français blanc à poils ras.»
De multiples alternatives
Si l’on souhaite éviter tout traitement, la technique la plus simple reste de contrôler son animal après une sortie: «Il y a un délai de 12 à 48 heures avant la transmission des maladies par les tiques, précise Marie-Pierre Ballay, vétérinaire au sein du cabinet Roberto Ré, dans le Chablais vaudois. Cela laisse un peu de temps pour les enlever avant d’être confronté à un risque.»
Certains préfèrent l’homéopathie, contraignante parce qu’elle implique de donner quotidiennement des gouttes à son animal, tandis que l’on trouve aussi sur le marché des pipettes à base de substances naturelles ainsi que des sprays répulsifs aux huiles essentielles à appliquer avant chaque promenade. On peut encore évoquer les colliers antitiques imprégnés de substances répulsives, ainsi que les antiparasitaires à avaler.
Au-delà de ces méthodes plutôt classiques, on voit régulièrement apparaître de nouveaux produits. «Pour ces techniques alternatives, je propose toujours à mes clients de s’écouter, note Aude Girod. Si c’est quelque chose qui leur parle, cela vaut la peine d’essayer, tout en restant vigilant.»
Une médaille vaudoise écologique
Deux Vaudoises innovent d’ailleurs dans le domaine: Katia Roux, vétérinaire, et Anne Francfort, naturopathe, ont mis au point une médaille issue de recherches en biophysique et biorésonance. «Il faut imaginer un diapason que l’on a frappé, précisent les fondatrices de l’entreprise Fréquentielle. Il vibre à une fréquence précise, en continu et sans pile. Notre médaille fonctionne selon le même principe: elle émet une signature physique stable que les tiques perçoivent, et qui les dérange.» Les deux Vaudoises avancent que la matière minérale dont est faite la médaille perturbe certains signaux utilisés par les tiques pour repérer leur cible, comme la chaleur ou les vibrations, «comme si l’animal portait un brouilleur naturel».
Pour évaluer l’efficacité de leur technologie, les deux fondatrices ont mené une étude de terrain participative et évoquent des résultats encourageants, sans qu’une validation scientifique indépendante n’ait toutefois été publiée à ce stade. Elles soulignent la dimension écologique de leur approche, puisque la médaille, en gypse, ne contient aucune substance chimique nocive.
À chacun donc de faire selon ses convictions. Quitte à combiner plusieurs méthodes pour pallier l’utilisation d’insecticides de synthèse: «Si votre animal est particulièrement sujet aux piqûres de tiques, mieux vaut multiplier les approches pour mettre toutes les chances de votre côté», conseille Marie-Pierre Ballay.
Le fipronil, c'est quoi?
Insecticide et acaricide considéré comme hautement toxique pour les poissons et invertébrés aquatiques, le fipronil est couramment utilisé pour lutter contre les puces et les tiques. En Suisse, son usage dans l’agriculture est prohibé depuis 2014 et il ne peut plus être utilisé en tant que biocide – contre les fourmis ou les cafards par exemple – depuis 2023. Cette substance active reste néanmoins autorisée en tant qu’antiparasitaire pour les animaux de compagnie. Si le fipronil est sous les projecteurs, il n’est pas le seul insecticide présent dans les produits de traitement destinés aux chiens et aux chats, certains principes actifs n’ayant jusqu’ici pas encore fait l’objet d’étude approfondie.




