Des fibres textiles durables à base de plantes sont développées en Suisse
Comme chaque semaine, Dominik Füglistaller vient surveiller ses petites protégées. Bottes de caoutchouc aux pieds, ce collaborateur scientifique à la Haute École des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), à Zollikofen (BE), se rend sur une parcelle de 200 mètres carrés, dans laquelle il a planté pour la première fois en octobre dernier de la ramie, une plante de la famille des orties utilisée en Asie et en Amérique du Sud pour la production de textile. «Nous avons sélectionné 25 clones différents pour voir lequel s’adaptera le mieux à notre climat. À terme, cela pourrait permettre l’extraction de fibres particulièrement fines et qualitatives», explique-t-il en observant les jeunes pousses sortir de terre.
Dans le champ contigu, des spécimens d’orties communes ont également vu le jour et seront récoltés l’été prochain. «Cette plante pousse aisément sous nos latitudes, sans traitement particulier. La tige pourrait être transformée en fil et les feuilles utilisées dans l’industrie alimentaire ou médicale. C’est très prometteur!» se réjouit-il. Si ces deux cultures sont encore en phase de test, une autre est à un stade beaucoup plus avancé en Suisse: celle d’une variété de lin spécialement sélectionnée pour l’industrie textile. Depuis 2014, cinq agriculteurs se sont lancés dans sa culture en Emmental (BE), sous l’impulsion d’IG Niutex, la communauté d’intérêts pour la promotion des fibres naturelles suisses, présidée par Dominik Füglistaller.
Une fois la matière devenue sèche, des bottes sont constituées, qui seront ensuite transformées en fil pour une production finale de 500 à 700 kilos par hectare. Ces bobines sont ensuite vendues par l’entreprise Swiss Flax à des créateurs alémaniques, qui commercialisent vêtements, sacs, linges de maison et culottes de lutte. «Un pull vaut environ 200 francs. Il s’agit du juste prix pour rémunérer les agriculteurs, souligne Dominik Füglistaller. Car on a oublié la valeur du textile aujourd’hui.»
Si le teillage – opération mécanique de broyage de l’écorce – et la filature sont actuellement effectués aux Pays-Bas et en Pologne, le scientifique espère rapatrier un jour toute la chaîne de production en Suisse. Pour que la filière soit viable et que les machines soient amorties, il faudrait plus d’une centaine d’hectares dévolus à cette culture dans le pays, estime-t-il, ajoutant que d’autres paysans alémaniques se sont déjà montrés intéressés par cette plante.
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