Zep prend son temps pour conjurer l'angoisse de la planche parfaite

Quarante-cinq couvertures pour un seul livre. Dans son dernier album, le père de Titeuf délaisse l'humour potache pour un thriller illustré à l'aquarelle. Rencontre avec un perfectionniste candide.
Céline Garcin
© Zep

«Mon problème n’est pas d’avoir des idées, mais de trancher.» Des millions d’albums vendus, des prix en cascade, une reconnaissance internationale, et pourtant. Zep doute, rumine, tergiverse. «C’est de pire en pire avec les années», lâche le père de Titeuf, assis dans son vaste atelier, sous les combles de sa maison genevoise.

Pour son dernier album, Tourner la page, sorti ce 22 avril en librairie, il a frôlé l’obsession: dix-sept versions du story-board et quarante-cinq dessins de couverture. Des planches à foison, comme pour conjurer l’angoisse. «J’ai besoin d’explorer toutes les pistes possibles», relève-t-il d’une voix douce, confessant son admiration pour les «gens qui y arrivent du premier coup».

Rituel bien rodé

Philippe Chappuis, de son vrai nom, cultive le temps long. Des scénarios qui mûrissent au fil des saisons. Son rituel est bien rodé. Quand une idée jaillit, il la capture dans un de ses nombreux carnets, son «cœur battant d’auteur». Mais à chaud, tout se vaut. «Je suis incapable de dire si une idée est bonne ou pas. Mais si je ne la note pas, je l’oublie dans la seconde.»

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