L'initiative pour une alimentation sûre entre dans sa dernière ligne droite
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À deux mois de la votation du 27 septembre sur l’initiative «Pour une alimentation sûre», le monde agricole est entré en campagne. Portée par la militante écologiste Franziska Herren, déjà à l’origine de l’initiative sur l’eau potable refusée en 2021, elle veut faire passer le taux d’autoapprovisionnement de 46 à 70% en dix ans et réorienter la production vers le végétal. Les faîtières paysannes lui opposent un front presque sans faille.
Pour Alexandre Truffer, directeur de la communication de la faîtière vaudoise Prométerre, «l’objectif est clairement de gagner cette votation». De nombreux agriculteurs installeront des panneaux sur leurs exploitations.
Texte jugé agressif et redondant
«Lorsque les gens traverseront les villages, ils pourront ainsi constater que le monde agricole s’oppose à ce texte», explique-t-il. Prométerre participera à une action nationale le 26 août à la place de la Navigation, à Lausanne. Son directeur soutient que «presque tous nos membres s’opposeront à l’initiative; toutefois, dans une association comptant 5000 membres, on n’obtient jamais 100% d’adhésion».
Le texte est jugé agressif et redondant. «Cette initiative reprend plusieurs éléments déjà soumis au vote»: l’eau propre, l’élevage et la biodiversité, tous refusés dans les urnes. Il le tient aussi pour absurde sur le plan économique. «Produire beaucoup plus de lentilles que les consommateurs n’en réclament ne crée pas la demande, résume-t-il, et le surplus finira par pourrir».
Davantage de transports
Réduire le cheptel suisse conduirait à remplacer la viande indigène par des importations produites à l’étranger selon des modes de production moins durables, et à transporter ces denrées sur de longues distances, engendrant davantage de pollution, argue la faîtière.
La quasi-totalité des organisations agricoles a donc pris fait et cause contre le texte. Martin Rufer, directeur de l’Union suisse des paysans, considère l’initiative comme un «coup de force» et une «utopie». Le Groupement suisse pour les régions de montagne réclame de son côté un rejet «clair», en défense de l’économie alpestre.
Peu de relais en Romandie
Uniterre et l’Association des petits paysans s’écartent toutefois de cette ligne dure. Le syndicat paysan a laissé la liberté de vote: il partage certains objectifs du texte et dénonce l’étiquette d’«initiative végane» brandie par les opposants, mais juge irréaliste de tout bouleverser en dix ans. La seconde, souvent alliée des textes écologistes, n’a cette fois pas rejoint le front du non. Le soutien au texte pourrait se révéler d’autant plus difficile en Romandie que «tous les promoteurs semblent être alémaniques, ce qui révèle un manque de capillarité au niveau national», observe Alexandre Truffer.
Des partis plus éloignés des faîtières agricoles ont cette fois eux aussi rejoint le camp du non. «Lors de la conférence de presse, plusieurs partis étaient présents, y compris les Verts et les socialistes», relève le directeur de la communication de Prométerre. Le socialiste vaudois Benoît Gaillard copréside même le comité du non. Le PLR, le Centre, les Vert’libéraux et l’UDC appellent au rejet; seuls les Jeunes Verts et le POP neuchâtelois soutiennent l’initiative. Plusieurs sections des Verts laissent la liberté de vote.
Taux d’autosuffisance impossible à atteindre
Le Parti socialiste appelle lui aussi à voter non. «Au Parlement, aucun parti n’a soutenu l’initiative», rappelle Samuel Bendahan, conseiller national vaudois, les autres partis de gauche compris. L’élu se reconnaît dans l’intention des initiants: «Nous ne sommes pas opposés au principe défendu». Son reproche vise plutôt la méthode: «Le taux d’autosuffisance prévu est impossible à atteindre pour la population et les petites exploitations agricoles». L’objectif provoquerait «de grandes difficultés pour les ménages déjà fragilisés par le coût de la vie».
«Nous inviterons à voter non, mais nous ne mènerons pas de campagne active contre le texte», tranche l’élu, qui réserve ses forces à l’initiative sur la neutralité et au lancement de celle sur les primes maladie. La rareté d’un front aussi transversal laisse d’ores et déjà entrevoir le verdict des urnes.

