Chez Mikaël Magliocco comme ailleurs, les vendanges n'attendent plus l'automne

Sur le domaine de Chamoson (VS), sacré Cave suisse bio de l'année, la récolte s'est tenue du 22 août au 11 septembre. Elle ponctue un été hors-norme.
David Genillard 

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Cet été, les conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants à la vigne.
© Cédric Raccio
Cet été, les conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants à la vigne.
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Cet été, les conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants à la vigne.
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Cet été, les conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants à la vigne.
© Cédric Raccio
Cet été, les conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants à la vigne.
© Cédric Raccio

Mikaël Magliocco nous reçoit en shorts. Un petit détail qui a toute son importance en cette fin d’été hors norme: «Depuis le début de la vendange, je n’ai pas encore mis de pantalons; c’est dire si elle est précoce.»

Pour le vigneron, dont le domaine situé à Saint-Pierre-de-Clages (VS) a été sacré Cave suisse bio de l’année, elle a commencé le 22 août. «La moyenne de ces dix dernières années se situe autour du 10 septembre. Et quand je regarde dans les carnets de cave de mon père, c’était plutôt fin septembre ou début octobre. Il finissait parfois tout début novembre. Aujourd’hui, il est très rare qu’on déborde sur octobre…» Pour la troisième fois depuis qu’il a repris le domaine, la récolte se sera intégralement déroulée avant l’automne.

Au tour du johannisberg

Septembre vient tout juste de démarrer lors de notre venue. Le merlot et le pinot ont déjà été pressés et c’est désormais au tour du johannisberg d’être cueilli. À la cave, Mikaël réceptionne les caisses de raisin. Une opération qu’il effectue systématiquement lui-même: «Ça me permet d’avoir un regard sur la qualité des grappes qui arrivent à la cave.»

Pendant ce temps, l’équipe composée de huit vendangeurs rejoint une autre parcelle située au lieu-dit «Crève-cœur», entre l’autoroute A9 en amont et le Rhône, en contrebas. On s’étonne de voir de la vigne si bas dans la plaine. Ce secteur illustre bien la topographie particulière de la commune de Chamoson. La bourgade du même nom est lovée dans un cirque rocheux, bâtie sur un cône de déjection. Du haut de cette proéminence, elle domine la plaine du Rhône et le village de Saint-Pierre-de-Clages. De là, une pente douce rejoint les berges du fleuve, repoussé contre le versant sud du Valais.

Viticulture en pente douce

Sur cette parcelle, on cultive la vigne depuis plus de 100 ans, précise Mikaël Magliocco. «La pente n’est que de 5%, ce qui la rend facile à travailler.» Elle permet ainsi aux vendangeurs de travailler assis, sur des chaises équipées de roues. Le travail n’en est pas moins éprouvant. Car qui dit récolte précoce dit aussi températures estivales: sous le soleil de la mi-journée, il fait un bon 30°C.

Le timide retour de la pluie, quelques jours plus tôt, a été accueilli avec le sourire dans le vignoble. «Ça permet à la vigne de redémarrer certains cycles et au raisin de continuer à mûrir. Tu peux irriguer, mais ça ne vaudra jamais une vraie pluie.» Les conséquences de la sécheresse sont pourtant bien là: «On s’achemine vers un petit millésime, en termes de volumes: on aura 20 à 25% de moins qu’une année normale.»

Ces conditions pénibles ont demandé une attention de tous les instants durant l’été. «Nous avons dû irriguer l’entier du domaine; ça n’était jamais arrivé jusqu’ici», poursuit le viticulteur. La sécheresse aura au moins eu un effet positif: la pression des maladies fongiques a été minime et les traitements peu nombreux. «Mais il a fallu anticiper: au moment d’effeuiller, on a cherché à trouver un équilibre, entre laisser assez d’ombre aux grappes et écimer ensuite pour permettre au cep de privilégier le développement des baies.» Entre les rangs, le fauchage a également été moins intensif que les années précédentes. «Là encore, on a visé un équilibre: la présence d’herbage abaisse la température de la vigne, mais cette végétation ponctionne aussi de l’eau…»

Les blancs dès l’aube

Les fortes chaleurs continuent de peser sur le quotidien du domaine, qui a dû organiser la récolte en fonction: «On vendange les blancs le matin, pour que les grains ne soient pas trop chauds en arrivant à la cave, et les rouges l’après-midi. Avec de telles chaleurs, conserver le moût est un défi. On n’avait pas ce genre de problèmes par le passé.» Cette attention est d’autant plus importante que chez Magliocco, on n’ajoute ni enzymes, ni levures industrielles. «C’est essentiel pour moi: je veux que mon vin soit représentatif de son terroir, une qualité qui s’est un peu perdue dans les années 1990-2000 avec le recours à des levures au profil aromatique envahissant.»

Difficile de ne pas voir le changement climatique à l’œuvre en observant cette vendange si précoce. Au terme de cet été difficile, Mikaël Magliocco reste convaincu que le bio est une bonne réponse. «À Chamoson, on a de la chance: la pente est faible et les parcelles sont faciles à travailler.» Celui qui a repris le domaine en 2016 en le reconvertissant selon les critères bios ne reviendrait en arrière pour rien au monde: «J’ai changé pour la beauté de mon raisin: je voulais qu’il soit véritablement représentatif d’un lieu. Et j’ai changé également pour ma famille. J’ai deux enfants aujourd’hui. Je n’ai pas envie de leur dire d’arrêter de respirer lorsqu’ils m’accompagnent à la vigne.»

«Pour ce qui est des volumes, la récolte sera de 20 à 25% inférieure à une année normale.»

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maglioccovins.ch

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