Mad Skulls transcende la mort en faisant parler les ossements

Dans leur atelier valaisan, Sandrine et Mathieu Besse offrent une seconde vie aux animaux en transformant les squelettes en objets d'art. Pour des questions éthiques, le couple ne travaille qu'avec des restes trouvés dans la région.
David Genillard 

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© Louis Dasselborne
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En passant le seuil de la maison paysanne jouxtant la route entre Sion et Nendaz, à l’entrée du village de Beuson, on se sent immédiatement transporté dans un de ces musées du XIXe siècle au cachet indescriptible. Le regard s’attarde sur un cadre contenant le squelette d’une vipère, puis sur une cloche de verre abritant un crâne de chevreuil. Dans une vitrine, la carapace d’une tortue côtoie des ammonites, un caméléon.

Au milieu de ce cabinet des curiosités trône une perruche au plumage bleu. L’oiseau était l’animal de compagnie de Sandrine Besse. Alors âgée de 9 ans, cette dernière a demandé à ses parents de le faire naturaliser. «Il faut croire que j’avais déjà ça dans le sang, à l’époque», sourit l’artisane.

Passion faite en conscience

L’aventure Mad Skulls – «crânes fous» en anglais – est née bien plus tard: en 2017. Cette année-là, le couple crée ses premières œuvres du côté de Rolle, dans le canton de Vaud. «On avait trouvé des crânes lors d’une balade dans la nature; on a eu envie de les travailler, mais uniquement pour nous, à l’époque», raconte Mathieu Besse. Par la suite, un ami chasseur lui propose de valoriser deux têtes de biches. La petite collection privée s’étoffe au fil des mois. «De fil en aiguille, des connaissances ont commencé à nous dire que ce qu’on faisait était cool.»

Dans un premier temps, les Besse proposent principalement des cadres mettant en scène des restes animaux. Très vite, une question éthique se pose: «Quand on a ouvert l’atelier en 2018, on utilisait notamment des crânes de chauves-souris ou de grenouilles, qu’on commandait en Indonésie, poursuit Sandrine. On nous assurait qu’il s’agissait d’individus trouvés morts. Mais en grattant, on a découvert que, dans certains cas, des grottes entières étaient gazées pour le commerce de ces ossements. Nous avons décidé de ne plus travailler qu’avec des animaux de la région, afin d’être certains du contexte de leur mort.»

Offrir une seconde vie

Moutons, chèvres, chevreuils, renards… Le plus souvent, les deux Valaisans d’adoption trouvent leur matière première auprès de bouchers ou de chasseurs, en bord de route, au détour d’une balade en forêt voire dans une brocante. La création d’une pièce s’étale sur plusieurs mois. «Rien que le nettoyage et le blanchissement des os prennent des semaines, explique Mathieu, qui assure cette première étape. On utilise de l’eau à 40°, on ne fait jamais bouillir les os.»

Dans un bidon installé dans son atelier, plusieurs crânes de bouquetins macèrent dans de l’acétone. Le couple est conscient du caractère très particulier de cette passion. «Sur certains marchés, on nous demande parfois si nous sommes satanistes», s’amuse Sandrine. Son mari ajoute: «Je comprends ce n’est pas pour tout le monde; les gens nous disent d’ailleurs souvent que c’est beau, mais qu’ils n’en voudraient pas chez eux.»

Une clientèle très variée

La clientèle n’en est pas moins variée. «Contrairement à l’idée reçue, il n’y a pas que des gothiques qui s’intéressent à notre travail, note notre interlocuteur, tout en assumant son attrait pour l’esthétique metal. On a par exemple vendu un crâne de Nez noir du Valais à une dame âgée, dont on n’aurait pas deviné qu’elle voudrait de ça dans son salon.» L’artisan n’y voit, quant à lui, en rien une attirance macabre: «Ces ossements ne m’évoquent pas des animaux morts: je vois au contraire ces œuvres comme une manière de leur donner une seconde vie.»

La notion de respect est au centre des décors sous cloche qui constituent désormais l’essentiel du travail de Sandrine. «Je me connecte à l’animal et l’imagine dans son environnement. J’essaie de créer un petit univers, à la manière d’un diorama.» Sous la cloche abritant le crâne de chevreuil, Sandrine a aménagé un coin de verdure évoquant le cadre de vie de l’animal. «J’ai utilisé de l’aulne: dans certaines mythologies, cet arbre est associé au passage entre le monde des morts et du vivant.»

Hommage aux amis à quatre pattes

Cette démarche tant naturaliste que spirituelle nourrit la créativité de l’artiste: le blanc naturel de l’os est parfois recouvert de noir, les cornes dorées à la feuille pour apporter une lumière presque mystique… «Je trouve qu’on peut tout à fait aller dans le fantastique: une cliente nous a demandé de créer une licorne, à partir d’un crâne de cheval. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi: il faut qu’il y ait du sens et de l’harmonie.»

Une quête de sens d’autant plus essentielle, lorsqu’il s’agit de transformer les restes d’un animal de compagnie, à l’image du labrador en cours de traitement dans l’atelier de Mathieu. «C’est une très petite part de notre clientèle, mais des personnes nous amènent leur chien ou leur chat mort et nous demandent de créer une œuvre, signale Sandrine. On demande au propriétaire de nous raconter son histoire et, à partir de ce récit, on s’efforce de rendre le plus bel hommage possible à son animal.»

+D’infos mad-skulls.com

L'éthique au centre des œuvres

Transformer des animaux morts en objets décoratifs est-il compatible avec respect et éthique? Cette question revient souvent face aux créations de Mad Skulls. Sandrine et Mathieu Besse ne recourent plus qu’à des restes trouvés dans la région ou fournis par des bouchers et des chasseurs partenaires: «La traçabilité est un élément qui nous tient à cœur: nous voulons avoir la certitude que les animaux sur lesquels nous travaillons n’ont pas été tués pour notre art.» Sur son site, le couple parle d’ailleurs de «recyclage sacré artistique». Tous les animaux ne se prêtent pas à cette démarche: «Il est interdit de récupérer des carcasses d’espèces protégées. Vous ne verrez donc jamais une œuvre avec un hérisson, des grenouilles ou des rapaces, par exemple.»

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