L'ouvrage qui a changé l'histoire de la botanique

Un livre essentiel a rejoint la collection du Naturéum. Le Species Plantarum de Carl Linné a mis fin au grand désordre qui régnait dans la nomenclature des plantes. Focus sur un pilier de l'histoire de la botanique.
Joëlle Magnin-Gonze En partenariat avec le Naturéum

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© Naturéum

Ses 1232 pages ont révolutionné la botanique. L’ouvrage Species Plantarum, acquis par le Naturéum, a été publié pour la première fois en 1753 par le célèbre médecin et naturaliste suédois Carl Linné (1707-1778). Enfant déjà, celui-ci se prend de passion pour la botanique.

Son père lui enseigne que le plaisir et la discipline peuvent faire bon ménage et insiste pour qu’il apprenne le nom correct de toutes les plantes. Cette influence ne quittera jamais Linné, et sera même renforcée par son propre amour de l’ordre.

La fin du chaos

Avant 1753, les botanistes nomment les plantes à leur gré, sans aucune règle. Ainsi, une même plante peut porter différents noms. Selon les auteurs, l’artichaut est appelé Cinara ou Scolymus. À l’inverse, un même nom peut désigner des espèces différentes: Caltha désigne le souci pour un botaniste, l’arnica pour un autre.

À cette époque, la première espèce connue d’un groupe porte souvent un nom simple, le nom de genre (par exemple, Trifolium), puis les suivantes reçoivent ce même nom, suivi d’un ou de plusieurs adjectifs descriptifs (ainsi, Trifolium pratense album). Au fur et à mesure que de nouvelles espèces sont découvertes, la liste des qualificatifs s’allonge. Ceci conduit à des dénominations impossibles, comme… Trifolium scapo nudi, leguminibus dispermis pendulis, foliis lineari-lanceolatis.

Un système universel

En 1753, Linné résout ces problèmes en attribuant à chaque espèce un «nomen triviale», qui deviendra le nom d’espèce. Il se compose d’un seul mot. Souvent un adjectif, il peut en réalité être n’importe quel terme, puisque sa fonction unique est de distinguer les espèces, et non de les décrire. La liste des anciens adjectifs, elle, est conservée pour constituer les bases de la description scientifique de l’espèce.

Ce dispositif se révèle si pratique que cette «nomenclature binomiale» est peu à peu adoptée par la plupart des botanistes. Elle fait la célébrité de Linné, qui l’applique aussi au règne animal cinq ans plus tard, en 1758, dans la 10e édition de son Systema Naturae. Ces deux ouvrages servent aujourd’hui de point de départ officiel aux noms scientifiques: un nom de plante publié avant 1753, ou un nom d’animal publié avant 1758, n’est pas reconnu. Pour les plantes, cette règle a été fixée en 1905 au Congrès international de botanique de Vienne.

+D’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution, natureum.ch

*Joëlle Magnin-Gonze est conservatrice de la bibliothèque et des jardins du Naturéum.

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