Le miel suisse coule à flots, mais les ventes ne suivent pas

Après deux récoltes abondantes, les stocks de miel suisse s'accumulent et certains producteurs peinent à les écouler. Un paradoxe dans un pays friand de ce nectar, mais dont la consommation repose largement sur les importations.
Horace Perret

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Le miel a beau pouvoir se conserver longtemps, les conditions de stockage sont déterminantes pour assurer sa qualité.
© Adobe Stock

Si nombre de cultures ont été fortement impactées cet été par la canicule et la sécheresse exceptionnelles, l’apiculture a été épargnée. «Ça devrait être une bonne, voire une très bonne année, peut-être 20% à 50% au-dessus de la moyenne, analyse Annelaura Giovannini, responsable du contrôle du miel auprès de la Société romande d’apiculture. Les chiffres nous le diront très bientôt. Chaque région aura ses spécificités.»

Directeur de Nectaflor, l’un des principaux transformateurs de miel en Suisse, Heinrich Grünig estime lui aussi que 2026 va probablement être très bonne, mais précise qu’il faudra attendre les projections officielles des fédérations apicoles pour savoir si c’est une récolte record.

Une question de timing

Comment expliquer cette excellente conjoncture? La période critique se situe à la fin du printemps et à ce moment-là, les conditions ont été optimales, explique Céline Jurik, apicultrice semi-professionnelle à Vouvry (VS). «La chaleur est venue brusquement, après un début du mois de mai pluvieux. Si on a des températures élevées après une période humide, on a des fleurs et donc du miel», résume l’apicultrice.

Lorsque la canicule s’est installée début juillet, les abeilles avaient donc déjà ramené dans les ruches quantité de nectar et de miellat. Fait remarquable, la récolte abondante de cette année succède à celle, déjà généreuse, de 2025. Résultat, les stocks de miel suivent une tendance à la hausse. Une situation qui peut être dommageable pour certains producteurs.

Petits producteurs mieux lotis

«Ceux qui font des volumes importants et travaillent avec des grossistes sont concernés», estime Céline Jurik. Par contre, les petits producteurs amateurs – qui représentent la majorité des apiculteurs en Suisse – parviennent en général à écouler leurs stocks en vente directe, car ils peuvent compter sur un bon réseau de commercialisation.

Pour sa part, Nectaflor n’a pas interrompu ses achats de miel suisse cette année mais les a limités à un tiers environ des volumes habituels. «Nous avons délibérément choisi de privilégier les exploitations apicoles professionnelles et semi-professionnelles qui nous livrent régulièrement depuis plusieurs années», explique Heinrich Grünig.

Fans de miel… étranger

Les apiculteurs qui n’arrivent pas à écouler leurs réserves n’ont d’autre choix que de les stocker. Le miel peut être conservé mais cela exige des conditions appropriées. «Il suffit que le miel ait été récolté avec un taux d’humidité un peu trop élevé pour qu’une légère fermentation, susceptible d’altérer sa texture ou son goût, ait lieu durant le stockage, dit Céline Jurik. Le miel peut aussi perdre certaines de ses propriétés au fil du temps, en particulier si les températures de conservation sont inadaptées.»

Les Suisses figurent parmi les plus grands consommateurs au monde avec 1,3 kg par année et habitant, selon Agroscope, le centre de recherche agronomique de la Confédération. Dans ces conditions, écouler les stocks ne devrait-il pas être facile? Ce n’est pas si simple: «Seul un tiers de cette consommation concerne des miels suisses, tandis que le reste est importé, explique Annelaura Giovannini. C’est vraiment peu. Le miel suisse de qualité a pourtant toute sa place: de nombreux consommateurs apprécient la qualité et la proximité quand elles sont accessibles.»

Vers une légère baisse des prix?

Dans ces conditions, on peut imaginer une baisse du prix des miels suisses? «Avec nos coûts de production, il est difficile de rivaliser avec les prix étrangers, juge Céline Jurik, mais il y aurait selon moi de la marge pour une légère baisse.»

Heinrich Grünig estime pour sa part que le prix n’est pas le principal facteur: «Une légère baisse pourrait peut-être permettre d’en vendre un peu plus. Mais cela dépend surtout des préférences des consommateurs. L’écart de prix entre le miel d’importation et le miel domestique est si important que l’on a presque deux produits différents.»

Reste que le climat réserve toujours des surprises, et que le scénario météorologique pourrait se révéler moins généreux l’an prochain. Qui sait alors si les stocks d’aujourd’hui ne deviendront pas les précieuses réserves de demain.

+ D’infos agroscope.admin.ch/fr/miel

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