Les superstitions leur collent aux plumes et aux poils
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À l’heure où les décorations d’Halloween fleurissent façades et devantures des magasins, le constat est sans appel: quand il s’agit d’effrayer, certains animaux jouent les vedettes. Et ce n’est pas un hasard, ou pas totalement, puisqu’ils font référence à des superstitions enracinées dans nos sociétés depuis des siècles.
«Le symbolisme attaché aux animaux est sans doute aussi vieux que l’humanité, explique Maël Theubet, doctorant à l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne et membre de l’Association jurassienne de protection des chauves-souris Bat-Voulaint. La culture populaire et l’actualité jouent un rôle central dans la manière dont nous percevons ces animaux.»
Des moeurs nocturnes en commun
Un point commun relie plusieurs de ces espèces auréolées d’une réputation sulfureuse: leurs mœurs nocturnes en font des bêtes difficiles à observer. Une rareté qui n’est pas sans conséquence, puisque notre perception de ces animaux repose en grande partie sur les représentations et les informations qui circulent dans l’espace socioculturel.
La science progressant, on aurait tendance à penser qu’un enrichissement global de nos connaissances biologiques devrait remplacer les croyances culturelles, mais ce n’est pas si simple: «Ce n’est pas forcément le cas, analyse Maël Theubet. En fait, cela dépend du contexte. Des études ont montré que si notre temps de réaction doit être court, nos connaissances ou notre sensibilité à la nature ont un rôle très limité: nous allons pencher du côté du stéréotype.»
Ces derniers ont des conséquences directes sur les espèces. «Diverses espèces de chauves-souris présentes en Suisse sont menacées. Or, quand des gens en découvrent chez eux, ils veulent souvent s’en débarrasser au plus vite, par peur. On continue donc de détruire leurs gîtes.»
Oiseau de mauvais augure
S’il y a bien une espèce que l’on considère comme un oiseau de mauvais augure, c’est le corbeau. Pourtant, il a été vénéré par certains peuples antiques qui le considéraient comme le messager de dieu, voire le créateur du monde. Ce n’est que plus tard que son comportement nécrophage lui vaudra les foudres du christianisme: n’est-ce pas lui qui, au lieu de revenir donner la bonne nouvelle dans l’arche de Noé, préfère manger les cadavres apparus lorsque s’apaise le déluge? Le blason de cet oiseau ne va ensuite pas se redorer, bien au contraire: entre les dessins animés de Walt Disney qui en font le compagnon des sorcières, et Alfred Hitchcock qui le rend terrifiant dans Les oiseaux, il continue d’être le mal-aimé par excellence de la culture populaire.
Attention chat noir
Les prémices de la superstition liée aux chats noirs remonteraient au XIIIe siècle. Le pape Grégoire IX édicte en 1233 une bulle connue pour être la première consacrée aux sorcières. Et il met les chats dans le même panier, en les présentant comme des manifestations du diable. C’est sans doute là l’origine d’une peur qui se focalisera bientôt sur les chats noirs en particulier. Plus de huit siècles plus tard, l’image du chat noir reste toujours teintée de crainte: une étude américaine conduite dans des refuges a montré que les félins couleur nuit étaient, aujourd’hui encore, moins facilement adoptés que les autres.
Le venin du crapaud
Si les batraciens étaient des figures positives dans l’Égypte antique, où ils symbolisaient la fécondité et la résurrection, leur image s’est quelque peu détériorée par la suite. Et c’est surtout le cas pour le crapaud: à l’époque grecque et romaine, on le voit comme une espèce venimeuse. Puis, comme le chat noir, il est mentionné par le pape Grégoire IX comme un animal associé au diable. Mais le vent tourne grâce aux contes de fées, qui le présentent souvent comme un animal à embrasser pour trouver son prince charmant.
L’abominable chauve-souris
Dans l’Ancien Testament, la chauve-souris fait partie de la liste des animaux dits «abominables». Le ton est donné, et ça ne va pas s’améliorer. Dans les œuvres picturales de la Renaissance italienne, les anges sont représentés avec des plumes tandis que les démons portent des ailes de chauve-souris. Puis viendra le légendaire Dracula de Bram Stoker, dans lequel le vampire a la faculté de se transformer en chauve-souris, qui participe lui aussi à forger l’imaginaire négatif accompagnant ce mammifère. Pourtant, dans d’autres régions, la chauve-souris véhicule une image positive: en Chine, le mot «chauve-souris» est un homophone du mot «bonheur». Son statut sympathique change toutefois durant le Covid, lorsqu’on la pointe du doigt comme possible origine de la pandémie – une hypothèse encore débattue aujourd’hui.
Rien que son nom fait peur
Son nom à lui seul résume sa réputation: l’effraie des clochers… effraie à cause de son grand visage blanc piqué de deux yeux noirs qui lui donne un air fantomatique. S’y ajoute le fait qu’on ne la voie presque pas, sauf à la lueur de la lune, mais qu’on entende facilement son cri rauque puisqu’elle aime nicher près des habitations. Elle est souvent liée à la mort et certaines superstitions lui attribueraient la capacité de faire perdre la bonne fortune ou toutes ses dents, simplement en la voyant. Chez nous, jusque dans les années 1980, on pensait que clouer une effraie sur la porte de la grange permettait de repousser les mauvais esprits. Cette pratique superstitieuse a maintenant disparu. Et lorsque l’on sait l’importance de la culture populaire dans ce genre de croyance, tous les espoirs sont permis: grâce au personnage de Hedwige, dans la saga Harry Potter, la cote de sympathie de la chouette remonte.
Rendez-vous à Porrentruy
Ce vendredi, le spécialiste Maël Theubet tiendra une conférence à Porrentruy sur le thème de la superstition dans le monde animal. Organisé par le musée et jardin botanique Jurassica, ce rendez-vous sera consacré aux regards très contrastés que nous portons sur le monde animal. Chouette, loup, chauve-souris et bien d’autres animaux deviennent ainsi le reflet de croyances profondément ancrées, qui varient selon les cultures et les régions du monde.
+ D’infos «Superstitions dans le monde animal», vendredi 30 octobre à 20h, jurassica.ch








