Ils ont décidé de vaincre leur peur du vide par la randonnée
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Le jour se lève sur les Préalpes fribourgeoises, teintant les pics lointains de couleurs aquarellées. Sur un parking entre deux alpages, cinq hommes et femmes s’observent, prêts à s’engager dans une épreuve dont ils espèrent sortir vainqueurs. Chacun se présente. Les histoires diffèrent, mais un même élément revient: la peur du vide, et avec elle la frustration de ne pas pouvoir vivre pleinement une passion pour la montagne.
«La peur du vide est assez fréquente. En Suisse, elle concerne 15 à 20% de la population. Le plus souvent, cela se joue autour de la conscience de la mortalité. Le trauma s’installe suite à une mauvaise expérience, des histoires entendues ou une sensibilité au stress. Notre rôle ici n’est pas de chercher ses causes, mais de calmer la peur en la confrontant. Nous sommes au cœur de la pratique», précise la psychologue Aude Simon de Ancoris, qui accompagne les randonneuses.
La Dent de Lys comme objectif
Après un café et un croissant, on se met en marche. Le groupe vient d’apprendre où il allait. Objectif: la Dent de Lys, sommet emblématique de la région. La pente est raide dès le départ, et malgré l’heure matinale, le soleil frappe fort. À l’avant, Stéphane mène la marche, Aude est derrière. Des petits groupes se forment, on papote joyeusement en traversant les alpages. Partager une même peur relie, permet à chacun de se sentir moins seul. Car vivre l’incompréhension ou le désarroi de l’entourage n’est pas chose aisée.
Après quelques centaines de mètres, le guide s’arrête pour cueillir des fleurs comestibles qu’il fait goûter – dont la raiponce orbiculaire, aux pétales délicats. Plus loin, il montre du doigt un milan royal qui effectue des cercles dans le ciel à la recherche de proies. L’herbe de la prairie fait place à des sentiers plus caillouteux et tout à coup, après une montée un peu plus exigeante, on aperçoit la crête et le sommet qui se dresse fièrement dans le ciel bleu azur. Le challenge commence véritablement.
Au pas des guides
Le groupe est confiant, chacun peut compter sur la compréhension des autres et sur l’assurance des guides. Stéphane donne le rythme. Très lent, il montre l’exemple par des petits pas assurés et tranquilles. Ici, pas de course ni d’affolement, tout est fait pour garder le système nerveux dans un état de détente. «Nous faisons office d’ancrage. Nous sommes présents, apaisés et confiants, et nous ne les lâchons pas», explique le guide en échangeant un regard complice avec sa collègue.
Il y a une règle d’or: si on fige, plus on laisse le temps passer plus c’est difficile.
Bientôt, les premières chaînes apparaissent, avec les premiers rochers qui rendent le terrain glissant et instable. Les unes après les autres, les randonneuses se hissent sur le roc exposé. «Je suis toujours impressionnée par leur courage. En arrivant à nos cours, certains ne grimpent même pas sur une échelle pour cueillir des cerises. Les voir aller au contact de cette peur et la faire reculer nous fait vivre des moments incroyables», confie Aude Simon. Concentrées sur leurs pas, les marcheuses prennent le temps d’avancer. Valorisées et soutenues, elles puisent une force nouvelle au fond d’elles-mêmes.
Moment de doute
Soudain, sur un passage un peu plus technique, l’une d’elles place son pied maladroitement sur le bord du chemin pierreux, se met à douter. Sereins, les guident attendent. À l’écoute, ils n’interviendront que si la personne en exprime le besoin. «Pour certains, et les hommes en particulier, demander de l’aide, c’est être faible, explique Stéphane Genet. Ces schémas sont encore très genrés. Il y a un besoin de contrôle. Or, c’est lorsqu’on lâche prise qu’on peut vraiment aller plus loin.» La marcheuse en difficulté se bloque, regarde frénétiquement autour d’elle, puis appelle la psychologue du regard. Avec son accord, cette dernière pose ses mains sur les siennes pour la guider vers l’emplacement le plus adéquat.
La volontaire s’agrippe, prend appui, puis s’élance sur la suite du sentier. «Quand on est stressé, on se dissocie. Notre travail est de réassocier, ce qui passe par le corps. On touche les gens, on les prend par la main, on leur demande de boire ou de manger. Lorsqu’une personne reste bloquée, on essaie de remettre du mouvement», détaille Aude. Bientôt la Dent de Lys est atteinte. Le soulagement et la fierté se lisent sur les sourires échangés. On contemple le paysage, splendide. Après une pause gourmande, l’équipe se prépare à redescendre. De retour sur le parking, les marcheuses se retournent sur le sommet qu’elles viennent de gravir. Désormais, elles savent qu’elles possèdent de nouvelles ressources pour affronter leur peur.
+D’infos Le site de Stéphane Genet: exosport.ch
