Des squats aux forêts, José Gsell retrace sa quête de liberté

Dans ses romans et poèmes, l'aventurier bernois dépeint un vécu fictionnel, en immersion dans la nature sauvage. Pêcheur, chasseur, jardinier et constructeur de murs en pierres sèches, il dédicace son dernier livre ce week-end, à Morges (VD).
Lila Erard

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© Guy Perrenoud

«Un homme part à l’aventure, équipé d’une canne à pêche, d’un cahier, d’un fusil de chasse et d’outils de muretier.» Le résumé de son dernier livre, Dehors mon amour, correspond à merveille à son auteur. Pour cause, José Gsell s’inspire de sa propre vie pour écrire des romans et poèmes depuis dix ans.

«Je m’exprime toujours à la première personne. Mais à partir du moment où je gratte du papier, je considère que c’est de la fiction. Une existence à un moment donné dans notre société, avec une quête de liberté, des questionnements et des doutes», exprime l’écrivain, qui nous accueille dans son jardin à Longeau (BE), où il cultive un grand potager, entre deux immersions dans la nature.

Molière et le skateboard

Demain, il quittera le calme du pied du Jura pour se rendre au festival Le livre sur les quais, à Morges (VD), où il participera à trois séances de dédicaces jusqu’à dimanche. «Je me réjouis d’aller en ville et de discuter avec mon public, car je n’en ai pas trop l’habitude. Au quotidien, je suis souvent seul et silencieux», narre l’homme tout sourire, en retraçant volontiers son parcours.

Fils d’une enseignante et d’un ancien pasteur protestant, le Bernois grandit à Tramelan, au rythme des balades en forêt avec ses deux frères. Souvent, le jeune garçon se rend chez ses grands-parents, amateurs de cueillette sauvage et de jardinage, et les observe bouchoyer le lapin. «Je ne le savais pas encore, mais je saurais reproduire ce geste 25 ans plus tard», glisse-t-il.

Journal de bord sans filtre

L’adolescent évolue un skateboard dans une main et une pièce de Molière dans l’autre, jusqu’au jour où il décide de quitter le gymnase. «J’ai perdu toutes mes notes de cours dans un train, puis j’ai décroché, résume celui qui a rapidement quitté le foyer familial. Un ami m’a fait découvrir le milieu des squats biennois. Le lendemain, je m’y installais avec un duvet, quelques fringues et un sac de bouquins.»

Pendant six mois, je me suis déplacé et nourri uniquement par mes propres moyens, tout en écrivant dans mon carnet.

Amateur de photographie, il se met à immortaliser ce mode de vie alternatif, libre et riche d’expériences, accompagnant ses images de textes poétiques, sa première prose. «J’y racontais le quotidien en groupe, les rires et les conflits, comme une forme de thérapie.» Il décide de se former à l’écriture créative à l’Institut littéraire suisse de Berne, tout en gagnant sa vie en travaillant comme déménageur.

Écrire tous les matins

Voyageur dans l’âme, José Gsell s’envole un mois en Norvège pour pêcher, puis traverse les Alpes à pied. S’ensuivent des semaines d’écriture intense, de jour comme de nuit, donnant naissance à son premier roman, De poussière d’alcool de sueur. Un récit initiatique sur les routes, sorte de journal de bord sans filtre, inspiré des auteurs américains du mouvement beatnik, comme Jack Kerouac.

«J’ai été édité et ça m’a légitimé», déclare celui qui quitte le squat biennois après sept ans de vie en communauté pour s’installer dans une roulotte de chantier dans le Seeland. Discipliné, il écrit de nouveaux textes chaque matin, qui seront publiés dans Lettres de roulotte, son deuxième ouvrage.

Le défi de l’autonomie

En 2021, la naissance de son premier enfant inspire son roman Chroniques d’un aller simple en calvitie, abordant le temps qui passe et l’amour, mais aussi l’exploration et la chasse. «J’ai découvert cette activité contemplative et méditative au Canada. J’ai même appris à tirer à l’arc, en France. J’aborde cette pratique avec bienveillance pour la faune, sans mettre en danger les populations, même si je suis conscient des paradoxes que cela implique», souligne celui qui s’est acheté un cabanon au bord du Doubs et sillonne les forêts du coin avec son chien Vloki.

Dans un élan à la fois politique, philosophique et écologiste, José Gsell s’est lancé le défi de passer six mois à se nourrir et se déplacer uniquement par ses propres moyens. «J’ai utilisé mon vélo et mon kayak, et je me suis alimenté grâce à la pêche, la chasse, le jardinage et la cueillette sauvage, tout en écrivant chaque jour dans mon carnet. J’ai perdu quinze kilos. C’était une expérience géniale, qui m’a reconnecté au désir d’être pleinement humain.»

Seul dans les pâturages

Si l’écrivain s’est désormais sédentarisé, il continue de s’évader grâce à son autre métier de constructeur de mur en pierre sèche. Au milieu des pâturages, le trentenaire bâtit plusieurs jours par semaine ces ouvrages de maçonnerie traditionnels du Jura. «En ce moment, j’en construis un de 80 mètres de long à Mont-Tramelan. J’aime être dehors par tous les temps, qu’il pleuve ou qu’il neige.»

En fin de journée, lorsqu’il ne s’occupe pas de sa fille, l’homme à la main verte file au potager pour récolter tomates et courgettes, puis part à l’affût sur les sommets alentour. Juste avant le coucher du soleil, caché dans les champs de maïs, il chasse le sanglier, qu’il vide parfois sur place. «Je dors 5h30 par nuit et ça me suffit. J’ai trouvé mon équilibre et je suis heureux, même s’il y aura encore plein de bouleversements.» À commencer par l’arrivée de son deuxième enfant et la sortie de son prochain roman, Buisson creux et autres histoires d’un chasseur débutant, en décembre prochain.

+ D’infos José Gsell sera présent au Livre sur les quais, à Morges, qui aura lieu du 4 au 6 septembre. Terre&Nature sera également présent avec un stand. Informations pratiques sur lelivresurlesquais.ch

Son univers

Un livre

«Lettres à Essenine», de Jim Harrison. Ce recueil de poèmes à la fois dramatique et résilient m’a complètement envoûté.»

Un groupe de musique

«Stupeflip. Un artiste inclassable entre rap et théâtre, que j’ai écouté en boucle.»

Un lieu

«Le Mattenalpsee, dans l’Oberland bernois. J’adore y pêcher, loin du monde.»

Un plat

«Le civet de chevreuil. Surtout le premier de l’automne que j’ai moi-même chassé et préparé.»

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