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Reportage
Les cactus n’ont pas de secret pour Paul Krieg

Un collectionneur de cactus nous a ouvert les portes de sa serre, où un millier de specimens se reposent, attendant patiemment l’arrivée du printemps pour fleurir presque simultanément, dans une explosion de couleurs.

Les cactus n’ont pas de secret pour Paul Krieg

Difficile d’imaginer que derrière les immenses sapins de sa propriété, en plein quartier de villas, se cache un vrai trésor. Dissimulée derrière les troncs, une serre discrète est recouverte d’une mince couche de neige ce matin-là. À l’intérieur, le dépaysement est total: on quitte brièvement Les Cullayes (VD) pour rejoindre le Mexique, les déserts chiliens et les plaines arides du sud-ouest des États-Unis. Plus de 1500 cactus de 1200 variétés se préparent à fleurir dans l’écrin vitré de Paul Krieg. «Des bourgeons se forment, certains ont déjà éclos, se réjouit le président du Cactus Club de Lausanne. Dès le mois d’avril, des centaines de fleurs apparaissent tous les jours. Les odeurs qu’elles dégagent sont fantastiques!»

Épineuse diversité
Même si, pour l’heure, les fleurs sont rares, le spectacle est déjà au rendez-vous. Il y a les cactus crochus, les acérés, les chevelus et même ceux qui semblent ouatés, sans pour autant qu’on ose les effleurer. Épris de ces végétaux piquants depuis ses 14 ans, Paul Krieg n’a cessé de compléter sa collection dans sa serre, bâtie il y a une vingtaine d’années. Au centre trône un spécimen exceptionnel, une Copiapoa columna-alba âgée de plus de 100 ans. Ce cactus mesurant seulement vingt centimètres de haut, on ne le repère pas au premier regard. «Il vient d’une collection dissoute d’une connaissance, je l’ai trouvé sympathique, sourit Paul Krieg. Son lieu d’origine est le désert d’Atacama, au Chili, où il grandit de deux centimètres tous les dix ans.» Au pied du vénérable végétal se mélangent du sable, des pierres volcaniques mais surtout pas de tourbe, cette dernière formant une masse compacte au fil des ans.

Inspection minutieuse
Ces prochains jours, Paul Krieg rempotera plus de 200 spécimens, avant de s’attaquer au nettoyage de sa serre, légèrement chauffée pour éviter que ses petits protégés ne gèlent. Mais aujourd’hui, brucelles à la main, il inspecte ses cactus à la recherche de parasites. «S’il y en a, il faut agir vite, cela peut mettre en péril tous les individus.» Avec précision, il en profite pour enlever les fleurs fanées et vérifier que ses semis se portent bien, en distillant son savoir entre deux manipulations. «La raison d’être des épines fait l’objet de diverses hypothèses: on pense qu’elles servent à protéger les cactus des bêtes sauvages et du soleil, ou à capter l’eau contenue dans le brouillard recouvrant des zones arides. Ce qui est sûr, c’est qu’elles n’empêchent pas certains d’entre eux d’être consommés par les hommes et le bétail.»
La patience est de mise chez le cactophile. Des semis d’Eriosyce napina réalisés il y a dix ans ont aujourd’hui atteint la taille d’une pièce de 1 franc. Cette lente évolution présente aussi des avantages: l’hiver, aucun arrosage n’est requis. Paul Krieg peut même s’absenter un mois sans que ce soit la Bérézina dans sa serre. «Je consulte les prévisions météorologiques, et quand je sens que c’est le bon moment, j’y vais franco. J’utilise alors 150 litres d’eau par arrosage, jusqu’à ce que cela coule des pots.»
Dans le coin de sa serre, deux plantes sont placées en quarantaine. Après les avoir observées de près et y avoir détecté des poux, Paul Krieg a préféré les isoler. Il ne recourt à des produits phytosanitaires qu’en dernier recours, n’hésitant pas, au besoin, à donner de précieux conseils aux amateurs de cactus désemparés.

Un amour de jeunesse vivace
Des rondeurs de l’Echinocactus aux surprenants Astrophytum géométriques à quatre ou cinq faces dépourvues d’épines, les découvertes s’enchaînent sur les étagères bien remplies. «Je n’achète plus tellement de cactus, il n’y a rien de pire que de ne pas avoir de place», reconnaît-il. S’il vend chaque année quelques pièces à la Fête de la rose de Romainmôtier, Paul Krieg conserve précieusement des plantes auxquelles il est attaché. Sur un rayon, il a ainsi gardé une bouture de son premier cactus, une variété d’Echinocereus scheerii acheté à Zurich alors qu’il était adolescent. «J’ai découvert ses fleurs, orange vif, dans un livre offert par ma tante. J’ai traversé toute la ville à vélo pour aller l’acheter chez un horticulteur.» La belle plante ne l’a pas quitté depuis. Et elle a été rejointe par une myriade de spécimens. Paul Krieg aime bien savoir précisément d’où ils viennent. «Cette donnée est importante, car certains cactus ont disparu à l’état sauvage, notamment à cause du changement climatique, conclut-il. Mais c’est avant tout leur beauté qui me fascine.»

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): François Wavre/Lundi13

En chiffres

Dans la serre, il y a:
1200 espèces de cactus, soit près de 1500 individus, essentiellement originaires d’Amérique du Sud.
Ils sont à l’abri dans une serre de 4 mètres sur 6, construite dans un jardin de 3000 m2.
La température variant beaucoup aux Cullayes, à 850 mètres d’altitude, la serre est donc chauffée pour éviter les forts gels.
Chaque année, le retraité vend entre 50 et 100 cactus à des particuliers.

Le jardinier

À la retraite depuis 2007, Paul Krieg a beaucoup voyagé, dans le cadre de son travail pour Nestlé. Il a notamment habité sept ans en Afrique. Lors de ses périples, ce père de cinq enfants prend toujours le temps de visiter les jardins botaniques locaux – avec un coup de cœur pour celui de Pasadena, en Californie – à la recherche de conférenciers à inviter. Il est le président du Cactus Club de Lausanne, comptant une vingtaine de membres. Il se passionne aussi pour la géobiologie et l’alchimie entre la nature et les humains.

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