Presque disparu de Suisse, le chat sylvestre revient à pas feutrés
Les chats sauvages ressemblent à s’y méprendre aux chats domestiques. Trois petits ont été victimes de cette confusion au printemps dernier dans une forêt genevoise, recueillis par erreur par des promeneurs les croyant abandonnés. Pris en charge par le Centre de réadaptation des rapaces et de la faune sauvage, les chatons ont pu être relâchés à l’automne, mais une telle intervention implique un contact avec l’humain qui n’est pas souhaitable et une lacune dans l’apprentissage avec la mère.
«Celle-ci chasse seule au début et peut laisser ses petits cachés dans la forêt pendant ce temps, explique Luc Le Grand, biologiste à la fondation KORA. Un animal trouvé dans la nature, et c’est vrai pour toute espèce, ne doit pas être touché. En cas de doute, mieux vaut appeler le garde-faune.»
Potentiellement menacé
Le chat sauvage est une espèce protégée et présentant une haute priorité nationale. Parfois considéré comme nuisible par le passé, il a aussi souffert des transformations considérables du paysage depuis les années 1800 et a presque disparu de nos contrées. De plus, il n’a longtemps suscité que peu d’intérêt et les écrits le concernant manquent.
Depuis quelques décennies, Felis silvestris est davantage étudié. Les recherches montrent que sa population est à nouveau en croissance. Vivant principalement dans le Jura, il a recolonisé le Plateau et est même parfois observé dans les Alpes. «Alors que ce félin ne peut pas chasser sous une certaine épaisseur de neige, il semble que son aire de répartition se soit étendue grâce au réchauffement climatique», indique le scientifique.
Phénotypes distincts
Bien que proche du chat domestique, le chat forestier est bien une espèce différente. Felis silvestris est un animal sauvage indigène, alors que Felis catus a été introduit par les Romains en provenance d’Afrique et s’est largement répandu en Europe. Si une fourrure rousse ou blanche classe le félin dans la deuxième catégorie, l’identification est plus difficile pour un pelage tigré.
«La principale caractéristique du chat sylvestre est sa queue touffue au bout noir et arrondi et avec des anneaux fermés, note le biologiste du KORA. Il a également une bande dorsale qui s’arrête à la base de la queue, alors qu’elle se prolonge chez son cousin domestique, et quatre à cinq rayures nettes sur le cou.» Des analyses génétiques sont parfois nécessaires, d’autant que des croisements sont possibles.
Risque d’hybridation
Outre les accidents de la route et un habitat fragmenté, l’hybridation est une menace pour le chat sauvage.
«Les deux espèces sont suffisamment proches pour se reproduire et engendrer une progéniture fertile, explique Luc Le Grand. On trouve donc des individus avec différents degrés d’hybridation. Ces accouplements favorisent toutefois la transmission de maladies. Et leur hybridation met en danger l’intégrité génétique des chats sauvages, moins nombreux. Le KORA mène des études sur le Plateau suisse sur les risques auxquels ces derniers sont exposés et l’état des populations dans les zones où ils ont de fortes chances de rencontrer des chats domestiques. Des premiers éléments semblent indiquer que ces croisements sont plus courants sur le front de colonisation que là où ils sont bien implantés.»
L’eau? Même pas peur!
Le chat sylvestre a des mœurs comparables à celles de notre «tigre» domestique. Il prédate principalement des campagnols, mais ne dédaigne pas les oiseaux, les reptiles ou les poissons. «On s’attendrait à le trouver dans des forêts denses, mais les études montrent qu’il se contente parfois de structures telles que haies, lisières et petits bois, nuance le biologiste. Il peut chasser dans des champs cultivés pour repartir dormir à l’abri d’un couvert végétal.»
Il règne sur un territoire de quelques kilomètres carrés, qu’il marque de son odeur d’urine. Au printemps, la femelle met au monde quatre chatons en moyenne, qu’elle dissimule dans un arbre creux, un tas de bois ou un terrier déserté. En revanche, il ne partage pas la crainte de l’eau que l’on prête souvent à son cousin.
