L'étau se desserre autour des campings valaisans
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Les enjeux
En mars, l’État du Valais a ordonné la fermeture de six campings, exposés aux dangers naturels.
La branche s’oppose à ces fermetures, mettant en avant les conséquences socio-économiques.
Le dialogue porte ses fruits et la pression baisse d’un cran pour les exploitants.
C’est un printemps en dents de scie que vivent les exploitants de campings valaisans. Après la tempête déclenchée en mars par le Canton, qui ordonnait la fermeture de six hébergements en plein air menacés par les dangers naturels, l’accalmie semble se profiler. Il y a quelques jours, les sites de Brigga et Riverside, dans la vallée de Conches, ont été autorisés à rouvrir partiellement et sous conditions. Début avril, celui des Glaciers, à La Fouly, pouvait également reprendre du service sur une surface restreinte.
Son propriétaire Alain Darbellay est en partie soulagé: «On va pouvoir travailler, c’est l’essentiel.» Mais avec près de deux tiers d’emplacements en moins, l’été s’annonce incertain et cette demi-bonne nouvelle ne suffit pas à faire passer la pilule. «Ce sont cinquante-sept années d’exploitation qu’on a failli détruire, au gré d’une seule décision», lance l’hébergeur.
Un couperet brusque
Sur tous les sites frappés de fermeture, c’est avant tout l’urgence de la décision et le délai très court accordé pour réagir qui interloque. Le 19 décembre, un premier courrier signé de la main du conseiller d’État chargé du territoire et de l’environnement Franz Ruppen est envoyé à treize campings que le Service des dangers naturels (SDANA) estime «exposés aux dangers naturels de manière extrêmement préoccupante. Cette situation exige une intervention rapide […] Nous vous demandons de prendre contact, dans les meilleurs délais, avec la commune pour analyser et étudier les mesures envisageables.»
«Nous l’avons immédiatement fait», plaide Hervé Rossier, propriétaire du camping de Molignon, à Évolène. Le 13 mars, un nouveau courrier arrive pourtant et le couperet tombe. Le Canton impose la fermeture de six sites: ceux de Molignon, de Brigga et Riverside, de Saas-Balen, de Van d’en Haut à Salvan et de Trient.
Lorsque la décision est tombée, j’avais déjà 300 réservations, alors que j’en enregistre 1200 à 1500 par saison. J’ai tout annulé du jour au lendemain.
«En si peu de temps, il était illusoire de faire avancer les procédures», réagit l’Évolénard, pour qui la décision est d’autant plus précipitée que «chez nous, c’est le niveau de la rivière (ndlr: la Borgne) qui constitue une menace, non des laves torrentielles ou des éboulements. En cas d’orage, on a le temps d’organiser l’évacuation.»
Cette vigilance accrue est-elle une conséquence de la catastrophe de Blatten, survenue le 28 mai 2025? Pas forcément, car un mois plus tôt le SDANA alertait déjà les exploitants, leur demandant notamment d’évaluer les dangers spécifiques et d’élaborer des plans d’intervention. Reste que le tour de vis semble particulièrement strict dans le Vieux-Pays. «Nos collègues des autres cantons alpins se disent surpris par l’ampleur des mesures prises par l’État du Valais», confirme Christophe Valley, président de l’association Camping Valais/Wallis.
Réunion des forces
La situation a poussé la branche à s’unir. Le 23 mars, la faîtière demandait au Canton de renoncer à ces fermetures. Une démarche qui a débouché sur la mise sur pied d’une task force autour du Service de la mobilité, de l’environnement et du territoire, de la Commission cantonale des constructions (CCC), de la Fédération des Communes valaisannes et de Camping Valais/Wallis.
Ce travail porte ses fruits: début mai, une nouvelle séance de ce groupe de travail débouchait sur un sursis. «Nous avons pu mettre en avant les effets sociaux et économiques de ces fermetures et il semble qu’il y ait une prise de conscience de la part des autorités des dégâts collatéraux qu’elles provoquent, relève Christophe Valley. Il a été admis que chaque site s’inscrit dans un contexte particulier et qu’il faudra étudier des solutions au cas par cas. On ne devrait pas aller au-devant de nouvelles fermetures d’ici l’automne.»
Examen au cas par cas
À titre d’exemple, les Glaciers réalisent 60 000 nuitées, soit le quart du total réalisé annuellement sur l’ensemble de la destination Pays du Saint-Bernard. L’enjeu économique est de taille et la faîtière cantonale veut tout faire pour permettre la réouverture des sites fermés avant l’été. À Van d’en Haut, celle-ci pourrait être rendue possible par un déplacement du site.
Du côté du SDANA, on rappelle que «chaque exploitant ou propriétaire a la possibilité de réaliser une expertise locale de danger qui doit évaluer quelles sont les possibilités d’utilisation du site, moyennant la mise en place de mesures organisationnelles.» Ces dernières doivent ensuite faire l’objet d’un examen par la CCC et le SDNA, avant qu’une réouverture soit envisageable.
Mauvaise publicité
À ce stade, quatre campings ont mené une telle étude locale et obtenu le feu vert des autorités, précise le SDANA. «Les autres dossiers sont en cours d’expertise par des bureaux techniques, via les communes et avec l’appui de notre service.»
Pour sa part, Hervé Rossier reste dans l’expectative. «Nous travaillons avec la commune pour sécuriser les terrains. Les documents ont été envoyés au SDANA et nous attendons un retour.»
Quelle que soit l’issue pour l’exploitant de Molignon, l’incertitude de ces derniers mois ne restera pas sans conséquence. «Lorsque la décision du Canton est tombée, j’avais déjà 300 réservations, alors que j’en enregistre 1200 à 1500 par saison. J’ai tout annulé du jour au lendemain. Plus généralement, on peut également se demander quel sera l’impact pour les campings valaisans de cette mauvaise publicité.»




