Alors que tout fane, la spiranthe d'automne s'épanouit

La plus tardive des orchidées sauvages de Suisse est à voir jusqu'à fin septembre sur certains pâturages secs, pour autant qu'on ait l'œil aiguisé à la reconnaître.
Isabelle Chappatte

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© Adobe Stock

Petite et verdâtre, la spiranthe d’automne passerait facilement inaperçue. «Il faut s’accroupir pour mieux l’observer», conseille Vincent Boillat, membre du Groupe de travail sur les orchidées indigènes (AGEO). Plus discrète que la plupart de ses congénères, elle est reconnaissable à la structure de sa fleur typique des orchidées, avec deux pétales et trois sépales surplombant un labelle.

Mesurant entre 10 et 25 centimètres, elle arbore à son sommet une rangée de minuscules fleurs blanches de 4 à 7 millimètres qui s’enroule vers la gauche ou la droite, d’où son nom Spiranthes signifiant en grec fleurs en spirale et spiralis, spiralé en latin. «Elle est très similaire à la spiranthe d’été, indique l’orchidophile. À la différence que les feuilles ne sont pas lancéolées, mais disposées en rosettes à la base, à côté de la tige légèrement poilue».

Reproduction sexuée, mais pas que

La fleur forme un tube d’où exhale un parfum sucré rappelant la vanille. Elle attire ainsi divers butineurs munis d’une langue assez longue, principalement des abeilles et bourdons sauvages. Les pollinies, sortes de petits sacs de pollen, se fixent sur les insectes qui assurent la pollinisation. Fécondée, la plante fructifie en capsules qui se fendent en séchant, libérant une multitude de minuscules graines.

«Cette orchidée peut aussi se multiplier végétativement, mais c’est moins fréquent», note le botaniste amateur. Un tubercule latéral croît sur la tige souterraine pour former un nouvel individu. Spiranthes spiralis possède par ailleurs au moins deux tubercules, celui de l’année précédente et celui de l’année en cours, où sont stockés les éléments servant à la production de feuilles et de fleurs.

L’aide d’un compagnon

Pour se reproduire, la spiranthe d’automne a besoin d’entrer en symbiose avec un champignon, ce qui est commun chez les orchidées. «La graine ne possède pas d’endosperme, qui sert de réserves nutritives, et doit s’accrocher au champignon pour recevoir l’eau et les nutriments nécessaires à la germination, détaille le contributeur à la base de données cartographiques de l’AGEO. Cette symbiose mycorhizienne se poursuit une fois la plante mature, mais sous la forme d’un véritable échange, le champignon bénéficiant des apports liés à la photosynthèse de l’orchidée».

À noter que le stade initial de développement est donc souterrain et peut prendre passablement de temps avant qu’un premier tubercule ne se constitue. Il faudra même patienter des années jusqu’à ce que la première floraison apparaisse.

Dans les prés broutés

Présente jusqu’à 1500 mètres d’altitude, la spiranthe d’automne se rencontre en Suisse principalement sur la chaîne jurassienne, dans les Préalpes bernoises, dans la région de Saint-Gall, de Coire et dans le sud du Tessin. L’espèce pousse dans les prairies maigres et les pâturages séchards. «Elle se développe plus volontiers si l’herbe est rase, par exemple là où la pâture évite l’embroussaillement, précise le Jurassien.

On la trouve aussi en lisière de forêt. Alors que la floraison a lieu de mi-août à fin septembre, la rosette de feuilles reste visible au sol presque toute l’année, ce qui n’est pas forcément le cas chez les autres orchidées. Mais au vu de la canicule, je crains qu’il y ait moins de floraisons cette année, comme on a pu le constater pour d’autres espèces».

L’engrais lui est fatal

Comme la plupart des orchidées sauvages, elle est en régression et a déjà disparu de différentes régions en raison de la perte de son habitat liée à l’intensification agricole et l’expansion urbaine. «L’usage d’engrais lui est notamment fatal, elle a besoin de sols peu fertiles, explique Vincent Boillat. Alors que sa population tend à se réduire sur les stations répertoriées, elle ne colonise pas de nouveaux terrains. En Suisse, elle est protégée partout, comme toutes les Orchidaceae, et est considérée comme menacée, à différents degrés selon les régions».

La liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) lui attribue le statut de vulnérable sur le Jura, le versant nord des Alpes et les Alpes centrales, alors qu’elle est considérée comme en danger au sud des Alpes, et même au bord de l’extinction sur le Plateau.

+D’infos Orchidées de Suisse, mini-guide élaboré par le Groupe de travail sur les orchidées indigènes en collaboration avec Birdlife, birdlife.ch/fr/content/orchidees-de-suisse

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