La saga helvétique d'un géant ailé venu des steppes

Connaissez-vous l'outarde barbue? Ce qui constitue l'un des plus anciens spécimens conservés par le Naturéum de Lausanne raconte un peu de l'histoire de ses collections.
La Rédaction

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© Michel Krafft

L’outarde barbue (Otis tarda) est une espèce d’oiseau imposante, que l’on retrouve d’habitude dans les steppes eurasiatiques, s’étendant jusqu’à la Mongolie et la Chine. Sa principale particularité? C’est l’un des plus lourds oiseaux au monde capables de voler, avec des mâles atteignant 18 kg.

Au printemps, les outardes offrent une parade spectaculaire. Retournant leur plumage, les mâles se métamorphosent en d’énormes boules blanches, visibles de loin. Habituellement sédentaire, l’espèce se déplace lorsque le froid devient trop rude sur ses terres.

Formule énigmatique

Il arrive que l’outarde barbue fasse une incursion en Suisse, mais l’événement est rarissime: en 130 ans, on ne compte qu’une quinzaine d’observations, en 2001 pour la dernière. Dans l’inventaire des collections zoologiques du Naturéum, une mention laconique a longtemps accompagné l’unique spécimen d’outarde barbue du musée: «Trouvé dans le canton de Vaud avant 1886». C’est pourtant une histoire encore plus ancienne qui se cache derrière cette formule.

Témoin du XVIIIe siècle

Un retour en arrière s’impose. Nous sommes en 1789, le comte Grégoire de Razoumowsky, naturaliste russe établi à Lausanne, rapporte qu’au cours de l’hiver 1785, «célèbre à jamais par la quantité de neige qui tomba en ce pays», le capitaine de Saussure tua une outarde entre Lausanne et Morges. L’oiseau sera conservé «chez M. le colonel Desruines». Un certain François Jacques Durand le confirme en 1795: le colonel possède bien «une fort belle» outarde, abattue en 1785. Peu après, en 1796, la fameuse collection est acquise par l’Académie de Lausanne, ancêtre du Naturéum.

Restaurée avec soin par le taxidermiste Blaise Küttel en 1942, l’outarde barbue est l’un des plus anciens spécimens de l’institution, vieux de près de deux siècles et demi. Contrairement à d’autres animaux collectés par des voyageurs, cet exemple illustre le cas rare d’un visiteur improbable abattu au terme d’un exode hivernal l’ayant mené bien au-delà de son aire de distribution habituelle.

Le dernier chapitre de la saga de l’outarde barbue est plus sombre: longtemps jugée «vulnérable», l’espèce est passée en 2023 dans la catégorie «en danger» de l’IUCN, rattrapée par la disparition des milieux ouverts, les pesticides et les collisions avec les lignes à haute tension.

+ D’infos natureum.ch
Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution.

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