Le sol, nouvel allié de la transition agricole
Partager cet article
Longtemps relégué au second plan derrière les rendements, la génétique ou la mécanisation, le sol est en train de retrouver une place centrale dans les réflexions agricoles. Face aux épisodes de sécheresse, à l’érosion, à la perte de biodiversité et aux défis climatiques, agriculteurs et chercheurs s’accordent sur un point: l’avenir des exploitations dépendra en grande partie de la santé des terres qu’elles cultivent.
Cette prise de conscience est au cœur de Soil Evolution, une manifestation internationale organisée du 2 au 5 juin sur le Gurten, à Berne. Pendant quatre jours, producteurs, conseillers, scientifiques et entreprises venus de plusieurs pays européens se réunissent pour échanger sur les pratiques permettant de préserver et de régénérer les sols agricoles.
Une ressource longtemps sous-estimée
Sous nos pieds se cache un écosystème complexe dont dépend une grande partie de la production alimentaire. Un sol vivant favorise l’infiltration de l’eau, limite le ruissellement, stocke du carbone, nourrit les cultures et abrite une biodiversité essentielle au fonctionnement des agroécosystèmes. Or cette ressource n’est pas inépuisable. Dans de nombreuses régions, en Suisse comme à l’étranger, les sols subissent les effets du tassement, de l’érosion ou de la diminution de leur teneur en matière organique.
Les épisodes climatiques extrêmes observés ces dernières années ont encore renforcé l’intérêt pour des pratiques capables d’améliorer leur résilience. Réduction du travail du sol, semis direct, couverture végétale permanente, diversification des rotations ou intégration de nouvelles cultures figurent parmi les solutions expérimentées par un nombre croissant d’agriculteurs.
Initiatives concrètes en Suisse romande
Cette évolution se traduit aussi sur le terrain. En Suisse romande, l’association AgroImpact est devenue l’un des symboles de cette nouvelle approche. Créée début 2024 à l’initiative de Nestlé, des chambres d’agriculture romandes et du WWF Suisse, elle accompagne depuis les exploitations qui souhaitent réduire leur empreinte carbone tout en améliorant la qualité de leurs sols.
Le principe est simple: les agriculteurs réalisent un diagnostic de leur exploitation avant de mettre en place des mesures favorisant le stockage du carbone et la régénération des terres. Parmi celles-ci figurent notamment l’implantation de couverts végétaux, l’allongement des rotations ou encore la réduction de l’intensité du travail du sol.
Au-delà des bénéfices agronomiques, ces démarches ouvrent également de nouvelles perspectives économiques. Les efforts réalisés sont valorisés par des entreprises qui cherchent à diminuer l’empreinte climatique de leurs chaînes d’approvisionnement, créant ainsi des incitations financières pour les exploitations engagées dans la transition.
Pour approfondir
Relisez notre interview de Daniel Imhof, responsable des affaires agricoles de Nestlé Suisse et architecte du projet AgroImpact: «La pérennité d’une entreprise alimentaire est indissociable de celle de l’agriculture qui lui fournit des matières premières»
Laboratoire des pratiques de demain
C’est précisément autour de ces questions que s’articulera Soil Evolution. L’événement met l’accent sur les échanges entre les professionnels et sur l’observation de réalisations concrètes. Des ateliers, conférences et tables rondes permettent de découvrir différentes approches en matière de semis direct, de gestion de la fertilité ou d’agriculture régénératrice.
Les organisateurs, issus de réseaux suisses, allemands et autrichiens spécialisés dans l’agriculture de conservation, souhaitent favoriser le partage d’expériences plutôt que la promotion de modèles uniques. Car si les objectifs sont largement partagés, les solutions doivent souvent être adaptées aux réalités pédoclimatiques et économiques propres à chaque région.
Une question stratégique
Au-delà des techniques, Soil Evolution reflète un changement plus profond dans la manière de concevoir l’agriculture. Le sol n’est plus seulement considéré comme un support de production. Il apparaît désormais comme un capital à préserver, capable de contribuer à la sécurité alimentaire, à la gestion de l’eau, à la biodiversité et à l’atténuation du changement climatique.
Une évolution qui explique l’intérêt croissant suscité par ces thématiques, aussi bien auprès des agriculteurs que des filières agroalimentaires. Les discussions qui ont lieu à Berne montrent que la santé des sols est désormais devenue l’un des grands chantiers de l’agriculture, aussi bien à l’échelle suisse qu’européenne.
+d’infos Soil Evolution se déroule du 2 au 5 juin sur le Gurten, à Berne. La manifestation comprend conférences, démonstrations techniques, ateliers et visites de terrain consacrés à la fertilité des sols, à l’agriculture de conservation et aux pratiques régénératrices. Programme complet sur soilevolution.com
