À Auvernier, 400 ans d'une vie de château
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Le château d’Auvernier en impose avec ses petites tourelles, sa flèche restaurée et ses portails d’entrée qui soulignent le prestige de l’édifice. C’est certain, la famille qui l’occupe depuis quatre siècles maintenant a su s’en occuper comme il se doit pour qu’il conserve toute sa superbe.
Mais au-delà du bâtiment, ce sont surtout sa cave et ses vignes qui en font aujourd’hui la renommée, non seulement dans le canton de Neuchâtel mais dans toute la Suisse, particulièrement de l’autre côté de la Sarine.
Une entreprise de 21 collaborateurs
En haut des vétustes marches d’escalier, Henry Aloys Grosjean. L’actuel «châtelain», vigneron, patron de ce qui est aujourd’hui une petite entreprise comptant 21 collaborateurs, nous attend. Et il n’est pas peu fier du travail accompli dans ce lieu qu’il a accepté d’exploiter «en héritage» et de son histoire.
Car cela fait plus de quatre cents ans que le domaine se transmet de génération en génération, aux fils, mais aussi aux filles, ce qui a donné lieu à plusieurs changements de patronyme dans la lignée de ses occupants. «Je représente la 15e génération», souligne Henry Aloys Grosjean qui est à la tête du domaine depuis 2022, à la suite du départ à la retraite de son père Thierry Grosjean.
L’envie de reprendre le flambeau
Henry Aloys, 36 ans, a toujours voulu travailler pour le domaine familial. «Lorsque j’ai eu 18 ans, mon père m’a demandé de me positionner sur mon avenir. Car si notre but est que le château reste dans la famille, la personne qui le reprend doit en avoir réellement envie, sans se sentir obligée. J’ai donc signé un pacte et me suis formé pour y arriver.»
Au bénéfice d’un CFC de vigneron, obtenu du côté de Zurich «pour apprendre le suisse allemand», puis d’un diplôme de technicien viti-vinicole à Changins, il a franchi avec succès toutes les étapes nécessaires à la reprise d’un domaine viticole. Cadet d’une fratrie de quatre enfants, il n’a pas eu à jouer des coudes pour être celui qui succéderait au paternel.
Toute la fratrie derrière
«Notre père nous a toujours dit que si l’un de nous était intéressé à reprendre le domaine, il ou elle devait le reprendre seul. Car lorsque les temps sont durs, le domaine ne suffit à faire tourner qu’une seule famille.» Malgré cet héritage qu’il a dû reprendre en solo, il assure que toute la famille le soutient dans son activité.
«Mes frères et sœurs veulent que le domaine perdure et qu’il se porte bien. C’est notre patrimoine commun. Ils sont vraiment bienveillants avec moi et reconnaissants que je sois à la tête du château», note Henry Aloys Grosjean. Sera-t-il à son tour repris par ses enfants? «Seulement s’ils le veulent. Si ce n’est pas le cas, je suis sûr qu’un de mes neveux ou nièces s’y intéressera.»
Dix-sept cuvées différentes
Le domaine viticole comporte 30 hectares en propriété, mais ce sont bien 65 hectares de vignes qui sont vinifiés au château d’Auvernier chaque année. Il en résulte dix-sept cuvées différentes. «L’œil-de-perdrix est notre produit phare. À lui seul, il représente 45% de notre production», souligne Henry Aloys Grosjean. Produire ce rosé typique du canton de Neuchâtel est une tradition bien ancrée au domaine.
En quatre cents ans, les choses ont bien changé. Détenu au départ par un commerçant, Pierre Chambrier, le château d’Auvernier était un lieu de pouvoir et de prestige. «Ces occupants étaient tous liés d’une manière ou d’une autre au monde militaire ou politique. Nous comptons dans la famille quatre conseillers d’État neuchâtelois», souligne le jeune homme en ajoutant que le dernier en date n’était autre que son père. «Les vignes étaient alors exploitées par des employés. Cela ne fait réellement qu’une centaine d’années que les propriétaires du domaine travaillent eux-mêmes les vignes et vinifient le raisin», explique-t-il.
Du chasselas et du pinot noir
Les techniques viticoles n’ont plus rien à voir avec ce qui se faisait par le passé. Les standards de qualité non plus. Ce qui a perduré à la vigne au cours des siècles? «Le chasselas et le pinot noir», sourit Henry Aloys Grosjean. «On sait que ces cépages étaient déjà cultivés au XVIIe siècle.»
Le château d’Auvernier est à cheval entre le passé et le présent. Une pièce du bâtiment comporte par exemple une galerie de portraits de tous les membres de la famille qui ont été à la tête du domaine. Sur une armoire, un vieux berceau en bois sert encore à immortaliser les nouvelles naissances dans la famille. «On y prend une photo de chaque bébé», sourit Henry Aloys, qui n’y a pas échappé.
Côté modernité, il souligne le travail de son père, qui a profondément rénové les bâtiments et engagé le domaine sur la voie de la durabilité: «L’ensemble du domaine est cultivé en bio. Plus du tiers de l’électricité est produit sur site en photovoltaïque et 80% du chauffage fonctionne par revalorisation de ceps de vignes.» Côté cave, le jeune homme met son histoire familiale en évidence dans une cuvée estampillée 1603. «Il faut aussi savoir être fier de son patrimoine. Et une histoire longue de 400 ans, ça se met en lumière.»
À travers les âges
1559
Construction de la demeure par Blaise Junod, gouverneur de la seigneurie de Valangin, pensée dès l’origine pour le stockage du vin.
1603
Rachat du château et de ses 7 hectares de vignes par Pierre Chambrier. La lignée se perpétue ensuite aussi par les femmes, passant successivement aux familles Sandoz-Rollin, Pourtalès, Montmollin et Grosjean.
1740
Construction des deux grands portails nord et sud dans la cour du château. Agrandissement des bâtiments et transformations de la façade sud pour plus de luminosité.
1891
Travaux dans la cave à la suite de la première correction des eaux du Jura. Les propriétaires du domaine deviennent réellement vignerons et travaillent leurs terres.
XXe siècle
Nombreux travaux de modernisation et entretien des façades du bâtiment.
2022
Reprise du domaine par Henry Aloys Grosjean, représentant de la 15e génération.




