Vaud, Genève et Neuchâtel veulent mieux s'armer face aux feux de forêt

Au sortir d'un été marqué par des brasiers dans toute l'Europe, les sapeurs-pompiers de l'Arc lémanique et de Neuchâtel planchent sur la création d'un groupe d'intervention. Des conventions de formation ont été signées avec la France.
Lorène Mesot,
Le Temps

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Les enjeux

Les pompiers vaudois, genevois et neuchâtelois veulent coordonner leurs achats, renforcer la formation et mutualiser leurs forces.

L’objectif est de réduire la dépendance à la France en cas d’incendies de champ et de forêt.

La majorité des cantons romands renforcent d’ores et déjà leur arsenal de lutte.

C’ était en juillet 2022. Des enfants avec des pétards, un champ de chaume et 9 hectares partis en fumée avant que les sapeurs-pompiers genevois aient eu le temps de dire «ouf». Heureusement, les collègues de l’Ain (F) et leurs véhicules feux de forêt arrivèrent à temps.

Deux jours plus tard, la Tribune de Genève titrait: «Face à la nature qui brûle, les pompiers manquent de moyens adaptés». Genève débordé par un feu de champ? Dans le canton, où les cultures courent de Bernex à Chancy, le constat fit désordre et provoqua un électrochoc.

Sous-effectifs inquiétants

«Les pompiers du Var, qui sont sans doute les plus rompus de France en matière de feux de forêt, mettent des centaines de pompiers pour une vingtaine d’hectares. Imaginer que nous puissions y arriver avec une équipe de 20 bonshommes, sans formation, ni équipements adéquats, est illusoire», se souvient avoir pensé Frédéric Jaques, lieutenant-colonel et commandant adjoint au Service d’incendie et de secours. Le même été 2022, des centaines d’hectares du Jura français sont partis en fumée.

Dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, le constat est, peu ou prou, le même qu’à Genève: les Romands doivent réagir. Ainsi naît la volonté de coordonner les achats, la formation et de mutualiser les forces. Objectif? Créer un GIFF, un Groupe d’intervention feux de forêt. «Parce que les Français, très sollicités, ne pourront pas toujours être là», dit Frédéric Jaques, qui s’est lui-même rendu en Gironde relever les collègues partis combattre le mégafeu.

Une progression dans le sol

Contrairement à son cousin le feu d’habitation, dont la dynamique est plus prévisible, le feu de forêt et de végétation se meut au gré du vent, des précipitations, de l’humidité de l’air et de mille autres paramètres environnementaux. Les contraintes changent aussi: l’accès à l’incendie devient ardu sitôt que les routes disparaissent, l’eau doit être acheminée, les conditions de travail sont éprouvantes.

Une fois contenu, il est aussi à craindre que l’incendie, éteint en surface, ne continue à progresser de manière invisible dans les couches organiques du sol, les racines et les souches, avant de réapparaître plusieurs heures, voire plusieurs jours plus tard.

Des risques supplémentaires à encadrer

Même la bête vaincue, d’autres complications peuvent survenir. «Certaines forêts ont une fonction protectrice grâce à leur système racinaire, qui stabilise les sols et les pentes», détaille Didier Carrard, directeur de l’Etablissement cantonal d’assurance des bâtiments (ECAB) fribourgeois. Avec les incendies naissent alors les risques de ruissellement, de coulées de boue et de glissements de terrain.

Les pompiers français, très sollicités, ne pourront pas toujours venir en soutien.

Autrement dit: ces feux demandent une autre stratégie, un autre matériel, d’autres tenues, d’autres véhicules. Pour Vaud, Neuchâtel et Genève, le nerf de la guerre passe, notamment, par la formation. Deux conventions ont été passées en 2025 et 2026 avec des institutions françaises de référence situées vers Aix-en-Provence: l’Entente Valabre et l’Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers.

Des engins à un demi-million de francs

Entre autres mesures également, l’achat de camions-citernes feux de forêt, dits CCF. Capables d’évoluer entre les branches et les obstacles, ils «disposent d’un stock d’environ 3500 litres d’eau, dont environ 500 litres sont réservés à la sécurité des personnes en cas de situation critique», expose le lieutenant-colonel Maxime Franchi, inspecteur cantonal des sapeurs-pompiers de Neuchâtel.

L’engin coûte tout de même un demi-million de francs. Vaud dispose d’un modèle depuis cette année et trois autres sont en commande. Genève attend son premier CCF et Neuchâtel prévoit d’en réceptionner un en début d’année prochaine. De quoi faire envie au Jura. «Le souhait serait de rejoindre ces cantons, expose John Mosimann, l’inspecteur cantonal des sapeurs-pompiers jurassiens. Mais le point d’achoppement, c’est le financement.»

Pas d’urgence côté Fribourg

Fribourg, lui, a décidé de suivre son petit bonhomme de chemin. Le profil de ses forêts et les risques d’incendie associés ont été analysés. Les dommages potentiels au bâti sont actuellement à l’étude. «Les scientifiques nous disent tous que nous ne sommes pas dans une situation d’urgence», expose Didier Carrard, rappelant que les forêts fribourgeoises, dans les Préalpes, ne sont pas des pinèdes.

Pour l’heure, l’ECAB a choisi de concentrer son effort financier sur la capacité hydraulique des pompiers, avec une mise à jour de sa flotte de véhicules lourds. Elle est désormais capable d’acheminer d’importantes quantités d’eau à partir de lacs ou de rivières, sans puiser dans l’eau potable.

Retardant pas autorisé

Dans le milieu, certains s’inquiètent du fait que la Suisse, pour des raisons écologiques, n’autorise pas le largage de retardant – ce liquide rose relâché par avion ou hélicoptère, qui permet de ralentir la progression du feu. Les capacités aériennes de lutte contre les incendies sont aussi jugées trop limitées par certains. Le Centre Genève demande d’ailleurs la création d’une capacité aérienne régionale permanente.

«Je ne peux pas trancher, mais ce sont des discussions que nous devons avoir», conclut Frédéric Pilloud, directeur de la division défense incendie et secours de l’ECA Vaud. «Je suis confiant en l’avenir, dans la solidarité intercantonale et dans les synergies que nous sommes en train de créer. Aujourd’hui, mes pensées solidaires vont aux pompiers en Gironde.» Bien que maîtrisé, l’incendie de la région comporte encore des points chauds actifs à l’heure actuelle.

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