Un inventeur biennois primé à Paris pour son piège à frelons asiatiques

Le dispositif imaginé par Julien Gallina cible uniquement l'espèce envahissante afin de préserver les autres insectes. Une innovation récompensée par une médaille d'argent à la 125e édition du prestigieux Concours Lépine.
La Rédaction

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Julien Gallina a conçu un piège en forme de cône flexible, au diamètre spécifiquement calibré pour le frelon asiatique.
© Matthieu Spohn
Julien Gallina a conçu un piège en forme de cône flexible, au diamètre spécifiquement calibré pour le frelon asiatique.
© Matthieu Spohn
Julien Gallina a conçu un piège en forme de cône flexible, au diamètre spécifiquement calibré pour le frelon asiatique.
© Good4bees

«Au début, j’étais fasciné par cet insecte.» Cet insecte, c’est le frelon asiatique (Vespa velutina), auquel Julien Gallina a consacré des mois de travail. «En constatant qu’il était vraiment impitoyable, j’ai pris la décision d’agir pour secourir les abeilles. Ce redoutable prédateur ne leur laisse aucune chance de survie.»

En effet, si le frelon européen joue un rôle de pollinisateur puisqu’il se contente de butiner les fleurs, son cousin asiatique se nourrit principalement d’insectes. Et dans des proportions dignes d’un ogre: jusqu’à 10 abeilles par jour pour un seul individu.

Un parfum attractif en guise d’appât

De l’inspiration du Biennois naît un piège inédit, récompensé par le concours français des inventions (lire l’encadré ci-dessous). Sa particularité est son côté sélectif, qui permet de cibler et capturer uniquement les frelons asiatiques.

Ces derniers sont d’abord attirés par le parfum d’un attractif déposé sur deux cotons-tiges, qui se diffuse grâce à la ventilation naturelle par les ouvertures du dispositif. Les insectes entrent par une ouverture en forme de cône flexible, au diamètre spécifiquement calibré: une fois à l’intérieur, les frelons asiatiques restent prisonniers tandis que les abeilles et autres petits insectes peuvent s’échapper.

Muselière abandonnée

Simple et efficace, ce dispositif n’était pourtant pas la première idée de Julien Gallina. En 2024, il avait d’abord imaginé et construit ce qui s’apparente à une muselière protectrice pour les ruches. Pour la tester sur le terrain, l’inventeur avait alors contacté la faîtière apisuisse. Mais une conversation avec le professeur Daniel Cherix chamboule son approche. «D’après ce grand spécialiste des insectes, le piège idéal devait être sélectif, efficace et économiquement très abordable.» Tout le travail est donc à refaire…

Mais l’inventeur a de la ressource: un mois plus tard, la nouvelle invention est prête grâce à l’impression 3D et à des pièces achetées dans le commerce. Elle est testée à Genève, chez un apiculteur. Un choix géographique qui s’explique aisément: «Genève et Vaud sont les deux cantons les plus touchés de la Suisse par l’invasion de Vespa velutina», explique Julien Gallina.

Le rendez-vous de l'innovation

Le fameux concours Lépine doit sa création au… chef de la police parisienne. Et pour cause, en 1901, Louis Lépine doit remettre de l’ordre dans les rues de la capitale où d’innombrables petits fabricants français de jouets vendent leurs produits aux passants. La solution de Lépine est aussi inédite qu’ingénieuse: créer l’Association des Inventeurs et Fabricants Français, puis un concours où ils pourraient présenter et vendre leurs nouveautés. 125 ans plus tard, ce rendez-vous reste très populaire auprès du public.

Pas la panacée

Si le piège de l’ingénieur biennois fait ses preuves, il ne représente pas à lui seul une panacée au frelon asiatique: «C’est une solution ingénieuse, mais pas un remède universel, analyse Daniel Cherix. L’idéal serait de développer un attractif qui séduirait uniquement le frelon asiatique sans attirer les autres insectes utiles à notre biodiversité.»

Il n’empêche, le piège est adoubé à Paris, un peu plus d’un an après sa création, le Biennois attendant d’être parfaitement préparé. Julien Gallina y rencontre Rémi Brouard et Benjamin du Moulin, deux apiculteurs français avec lesquels il s’est lié d’amitié. «Ils ont testé mes pièges chez eux, nous sommes devenus de vrais partenaires de combat.»

Le Suisse reçoit un accueil chaleureux des visiteurs du salon: en douze jours, il écoule 1200 pièges, qui s’ajoutent aux 300 000 déjà vendus en une année via le web. Faire fabriquer ce produit en Chine est un choix que le Biennois assume: «J’aimerais que le prix du dispositif (Fr. 22.95) reste abordable pour chacun, afin que le plus grand nombre se préoccupe du bien-être des abeilles. Entre pesticides, météo, maladies et prédateurs, ces pollinisateurs indispensables à la nature sont particulièrement fragilisés.»

Une lutte sans frontières

D’où l’importance du piégeage, aussi bien au printemps qu’à l’automne. Pour ce faire, il suffit de placer l’invention de Julien Gallina dans les jardins, les parcs et près des ruchers. Les points les plus stratégiques pour capturer les reines sont leurs anciens nids, où les femelles reviennent généralement. Lors du choix de l’emplacement, il est recommandé de préférer des lieux ensoleillés et chauds, qui agissent comme des aimants pour ces insectes.

Autant de spécificités que l’ergonomie du piège sélectif de Julien Gallina, salué par le jury, respecte à la lettre. «La reconnaissance de mon travail par le Concours Lépine m’a donné des ailes. D’ailleurs, c’est la première de mes inventions qui a eu un tel succès», avoue le trentenaire. Et la demande n’est pas près de se tarir compte tenu de la prolifération galopante du petit envahisseur qui cause d’importants dégâts. Les commandes des pièges, qui affluent désormais de toute l’Europe, illustrent l’ampleur du problème.

Alerte invasion

Originaire d’Asie continentale (Chine, Inde, Indonésie), le frelon asiatique est arrivé en Europe en 2004. Depuis, son expansion touche tout le continent. Rien qu’en Suisse, quelque 3033 nids ont été découverts et détruits l’an passé, soit quatre fois plus qu’en 2024. Actuellement, sur les 26 cantons du pays, 19 sont en prise directe avec cet envahisseur dont les effectifs exacts sont, selon les experts, largement sous-estimés. Les régions épargnées sont celles situées en zone alpine en raison de leur haute altitude et de la faible densité d’abeilles, nourriture favorite de cet insecte carnivore. Face à ce dernier, les apiculteurs tirent la sonnette d’alarme et s’inquiètent de la lenteur des mesures prises à l’échelle fédérale.

+ D’infos good4bees.com

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