Sur cet alpage neuchâtelois, le manque d'herbage fragilise la saison
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Jaunes et secs. Les pâturages en contrebas du Chasseral, dont le sommet culmine à 1600 mètres d’altitude, ne font pas exception aux paysages arides observés partout en Suisse romande. Ici, les arbres sont même roussis, les haies desséchées et les grandes cultures à la peine.
À la recherche d’un peu de fraîcheur, les vaches allaitantes et leurs veaux gardés par Frédéric Humbert-Droz et son père André se regroupent près de quelques arbres. Ce n’est pas la vue superbe sur les trois lacs qui les attire dans ce coin du pré, mais bien une légère brise.
Entre 50 et 80 litres par jour
«Nous avons la chance d’avoir amené l’eau sous pression dans tous nos parcs il y a vingt-six ans, ajoute le berger de la commune du Landeron (NE). Ailleurs, des collègues doivent remplir les citernes quotidiennement quand ils ne font pas face au tarissement des sources. C’est un gros travail, sachant qu’une bête boit entre 50 et 80 litres d’eau par jour.»
À notre arrivée, quelques gouttes viennent de tomber. Un répit de courte durée: le pluviomètre n’affiche que 1,5 millimètre.. «Les animaux n’ont presque plus rien à manger. Au moins 30 à 40 millimètres de pluie seraient nécessaires pour que la nature reparte.» À tel point que plusieurs cantons, à l’image de Neuchâtel, autorisent désormais l’apport de fourrage sur les alpages, du jamais vu de mémoire d’agriculteur.
Immenses défis logistiques
Cette situation exceptionnelle s’accompagne de défis logistiques comme la mise en place d’abris pour les balles rondes, à monter depuis les exploitations. «Dans les campagnes, on sent une grande inquiétude chez les producteurs», constate le paysan. Parmi la série de dérogations légales, le Service de l’agriculture neuchâtelois assouplit par exemple les conditions de pâture de certaines surfaces de promotion de la biodiversité.
Car si la saison d’alpage court habituellement jusqu’à fin septembre, combien de temps encore pourra-t-on nourrir les animaux au pâturage en pleine sécheresse? «Entre deux et trois semaines seulement», tranche Frédéric Humbert-Droz, qui contrôle tous les jours l’état sanitaire des veaux. «Nous vérifions visuellement qu’ils ne perdent pas de poids et que les mouches ne leur piquent pas les yeux pour prévenir les infections.»
Des désalpes anticipées
Les bovins malades soignés à la ferme ne remontent déjà plus à la montagne. Au cœur de l’été, les premières désalpes deviennent donc réalité, avec le risque réel de pénurie de fourrage cet hiver, renforcé par une faible récolte de maïs. «On pourra partiellement compenser le manque de fourrage grâce à des cultures dérobées ou d’herbe à l’automne. Reste qu’il faudra de la pluie pour qu’elles poussent!».
Et la question critique de l’accès au fourrage dépasse nos frontières, puisque les pays européens voisins comme la France ou l’Allemagne traversent aussi des épisodes caniculaires. Il faudra donc surtout compter sur des arrangements entre agriculteurs au niveau régional. Dans ce contexte, l’abattage représente-t-il une solution temporaire? «Mes parents me racontent toujours qu’en 1976, l’année de ma naissance, on avait dû abattre 25 000 bêtes en Suisse en raison de la sécheresse historique», rappelle le quinquagénaire. Actuellement, les chiffres de Proviande confirment une tendance à la hausse par rapport à 2025 à la même période, en particulier pour les vaches.
Les grandes cultures souffrent aussi
Frédéric Humbert-Droz, qui exploite aussi à son compte 26 hectares de cultures, a la chance de bénéficier de l’assurance sécheresse de Suisse Grêle, ce qui n’est pas le cas de tous les agriculteurs. «Nous avons fini les moissons avec un mois d’avance. Nous observons 30 à 50% de rendement en moins et une qualité moyenne.» Quant au maïs, qui devrait avoisiner 2,5 mètres de hauteur, il fait environ 1 mètre.
En pleine floraison, l’observation d’un épi est plutôt rassurante pour le moment, même si tout le monde attend la pluie pour lutter contre le stress thermique. «Nous avons déjà remplacé certains champs morts par des herbages ou des légumineuses, et je m’attends à une baisse de moitié du rendement.» Une bonne part du maïs grain sera écoulée en maïs fourrager pour répondre à la demande extraordinaire prévue cette année dans les élevages.

