La nuit, tous les blaireaux sont gris

Sensible aux mille teintes de la nature, l'artiste naturaliste genevois Pierre Baumgart nous invite, tout au long de l'année, à réapprendre à observer faune et flore par le prisme de la couleur.
Pierre Baumgart

Partager cet article

La nuit, on ne distingue souvent que la silhouette cendrée et les bandes noires sur la tête blanche du blaireau.
© Pierre Baumgart

Le mot blaireau dérive du gaulois blaros qui évoque la couleur grise et convient si bien à cet animal, dont on aperçoit souvent dans la nuit que la pâle silhouette cendrée et les bandes noires sur sa tête blanche. Si «Grimbert» est connu pour son appartenance à un bestiaire culturel, au même titre que le loup, le renard ou l’ours, on ne le croise pourtant que très rarement au hasard d’une promenade.

Comme il vit reclus dans son terrier et sort la nuit, on lui a attribué un caractère antipathique. Bien que son manteau de poils lui donne une apparence ursine un peu plus épaisse que les autres membres de la famille, le blaireau est avec la fouine, la martre, la belette, l’hermine, le putois et la loutre, un des sept mustélidés de notre pays.

Un animal casanier

Pour qui connaît un peu cet animal et moyennant quelques précautions, son observation n’est pas si compliquée, car il est très casanier et régulier dans ses habitudes. Il vit habituellement sur les pentes d’un vallon forestier, dans un terrier qu’il creuse lui-même de ses pattes griffues. Ces terriers habités montrent des cônes de réjection de terre et des zones de piétinement.

Quand les animaux ne sont pas dérangés, ils peuvent y vivre durant des années et transmettre la place à leurs descendants. Le couple peut avoir de deux à cinq blaireautins qui naissent en février et effectueront leurs premières sorties après deux ou trois mois. C’est un moment favorable pour l’observation, car les petits sont peu téméraires au début et stationnent volontiers devant le terrier.

Sans un bruit, une tête apparaît

Le soleil se couche alors que je descends discrètement dans le vallon. Je m’installe sans tarder contre un arbre, à distance de l’esplanade piétinée, devant les gueules des terriers qui s’enfoncent dans la paroi de molasse. Le léger vent d’ouest est favorable, car il porte mon odeur derrière moi. Le rouge-gorge chante encore un moment, puis cède la place aux trilles des merles qui se manifestent avant d’aller se coucher. La lumière décline et les contours des reliefs s’estompent.

Soudain, sans un bruit, une tête apparaît dans la bouche du terrier. Le blaireau hume l’air un moment pour s’assurer qu’il n’y a pas de danger. Il rentre. Le revoilà assis sur l’esplanade qui se gratte longuement. Un deuxième blaireau plus petit sort à son tour, puis un troisième, un quatrième. Ce sont les trois jeunes de la portée qui se mettent à jouer.

J’entends alors des bruits feutrés et des petits cris. Ils se mordent, se sautent dessus en toussotant ou en couinant, sans toutefois s’éloigner trop de leur mère qui reste vigilante. Le mâle, plus costaud d’apparence, sortira un peu plus tard. Après s’être gratté lui aussi, il s’en ira en remontant la pente. La nuit s’est installée. Les blaireautins rentrent et sortent, tandis que leur mère s’est un peu éloignée. Comme je ne vois plus très bien ce que je dessine, je saisis une occasion propice pour m’éclipser discrètement en laissant les animaux à leurs activités nocturnes.

Achetez local sur notre boutique

À lire aussi

Accédez à nos contenus 100% faits maison

La sélection de la rédaction

Restez informés grâce à nos newsletters

Icône Boutique Icône Connexion