Genève, championne des circuits courts

L'association Marchés équitables Suisse a décerné fin juin à la Ville de Genève un prix récompensant une décennie d'action en faveur des filières locales et de l'alimentation durable, portée par la commande publique et ses relais associatifs.
La Rédaction

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Le président de Marchés équitables Suisse aux côtés de représentants de la Ville de Genève et des associations partenaires.
© Marchés équitables Suisse

Remise à Genève le 18 juin, la distinction «local+équitable» de l’association Marchés équitables Suisse (MES) récompense les communes qui soutiennent les producteurs régionaux et la vente de proximité.

«Genève fait partie des pionnières de la politique alimentaire communale en Suisse», salue Stefan Flückiger, président de l’association. Beaucoup de communes inscrivent dans leurs règlements une volonté d’acheter régional ou biologique, rappelle Stéphanie Lichtsteiner, de MES, «mais peu d’entre elles le font réellement».

La restauration collective montre l’exemple

Derrière le prix se trouve un programme baptisé «Nourrir la ville», mené depuis plusieurs années autour de trois axes: les circuits courts, l’alimentation durable et l’agriculture urbaine. La marge de manœuvre reste cependant étroite. «La Ville ne maîtrise pas l’outil de production alimentaire, elle doit donc avant tout se concentrer sur la distribution et, dans une moindre mesure, sur la transformation», précise Alfonso Gomez, conseiller administratif en charge des finances, de l’environnement et du logement.

Le premier levier relève des achats de la collectivité. Les cantines scolaires et les crèches forment des débouchés réguliers, et les repas confiés à des prestataires privés se voient soumis à une charte qui privilégie les produits locaux. «La restauration collective municipale représente des millions de repas par année», chiffre le conseiller administratif. L’effet reste modeste à l’échelle du territoire, mais il aide les filières à se structurer.

Augmentation de la part du bio

La Ville travaille du reste avec l’association Bio Genève pour accroître la part de produits bio et le label Genève région – Terre avenir (GRTA) dans les cuisines des écoles. Cette distinction «assure que les produits soient locaux, de qualité, traçables et respectueux de l’environnement et des conditions de travail», résume Alfonso Gomez, qui y voit à la fois un instrument de promotion et de contrôle.

La collectivité n’agit toutefois pas seule. Elle s’appuie sur des relais comme ma-terre, la Maison de l’alimentation du territoire de Genève, ou le Mouvement pour une agriculture paysanne et citoyenne. «Les associations ont des compétences spécifiques complémentaires à la Ville», observe Alfonso Gomez. Président de ma-terre et responsable de la filière agronomie à HEPIA, François Lefort rappelle ce qui se joue derrière ces efforts. Le taux d’auto-approvisionnement de la Suisse, relève-t-il, tombe à 45% une fois déduite l’alimentation destinée aux animaux: «C’est un niveau dangereux de souveraineté alimentaire.» Son association mise sur la jeunesse: elle organise chaque année une centaine d’ateliers «du champ à l’assiette».

Sensibiliser a un impact limité

Une décennie d’action l’a montré: informer ne suffit pas. «La sensibilisation et le fait de miser sur les changements de comportements individuels ont un impact malheureusement limité», constate le conseiller administratif. Les habitudes ne bougent que si l’offre change, par exemple lorsqu’une cantine propose d’autres produits. La ville garde là un rôle clé: elle réunit la plupart des mangeurs quand le monde rural, lui, produit. Le Canton continue à importer près de 80% de ce qu’il consomme: la question n’est donc pas seulement de produire local, mais aussi de choisir à quelles conditions arrivent les denrées venues d’ailleurs.

Reste le foncier. Genève n’en possède guère – la Ferme de Budé appartient au Canton – , aussi la Ville agit-elle sur l’aménagement de ses quartiers pour réserver des espaces aux marchés, aux épiceries de proximité et aux artisans. Quel conseil donner aux communes tentées de suivre? «Je commencerais par fixer des règles fortes et ambitieuses dans les politiques d’achat», répond Alfonso Gomez. Presque toutes disposent d’une restauration collective: le levier est immédiat, et son effet, durable.

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