Sur les alpages, des chiens et du bétail connectés pour mieux les protéger
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Les enjeux
En Valais, 75% des chiens de protection et une part grandissante du bétail sont équipés de balises GPS.
Le collier informe sur la position et le stress de l’animal mais ne prévient pas les attaques de loup.
D’autres applications, comme les clôtures virtuelles, sont en phase de test en Suisse.
Sur l’alpage de Voury, à Cheseau-les-Combes, au-dessus de Miex (VS), Claude Lattion sort son téléphone entre deux tournées. Trois points s’affichent à l’écran: ses deux patous et son berger des Carpates, quelque part autour du troupeau, invisibles derrière une crête.
Président de l’Association valaisanne des éleveurs d’ovins et de caprins, il a récemment équipé ses chiens de protection de colliers GPS. Le but, précise-t-il, n’est pas de garder les yeux rivés sur l’application, mais de savoir en un coup d’œil où ils se trouvent.
Un principe simple
Le principe est simple: suivre à distance les déplacements d’un animal. Le boîtier relève sa position et son niveau de stress, puis transmet les données par le réseau mobile ou satellite. Un comportement inhabituel peut signaler une prédation ou un autre incident. L’éleveur peut dessiner une zone virtuelle et être alerté si l’animal en sort ou s’il s’approche d’un secteur sensible, comme une buvette d’alpage. Il peut ainsi vérifier rapidement qu’un chien reste dans son secteur, même lorsque le relief ou la météo compliquent la surveillance.
«L’application est tellement pointue», résume Claude Lattion. Il craignait d’abord d’être noyé sous les notifications, mais cette appréhension s’est rapidement dissipée à l’usage. Deux approches se côtoient actuellement sur les alpages suisses. La plateforme écho, de l’entreprise genevoise Alpes-éco Schweiz AG, équipe les chiens de protection des troupeaux. Tag4Farm, éditée par la société bernoise Identitas AG et lancée commercialement cet été, cible directement le bétail. L’entreprise recommande d’équiper environ 10% des animaux, en partant du principe qu’ils se déplacent généralement en groupe.
Le Valais, canton pilote
En Valais, le déploiement est déjà bien avancé. Le canton a noué un partenariat avec Alpes-éco: près de 75% des chiens de protection valaisans portent désormais un collier, indique Christine Cavalera, responsable de la protection des troupeaux au Service cantonal de l’agriculture. Le déploiement a commencé par un projet pilote dans le Val d’Illiez. Convaincu par les retours des exploitants, le Canton a ensuite étendu son soutien financier. Il avait par ailleurs annoncé, le 4 mars 2026, que le port d’un collier deviendrait obligatoire pour tous les chiens de protection actifs sur le territoire valaisan – un projet depuis abandonné, le canton ne disposant pas de base légale pour l’imposer.
Le collier peut également servir de témoin lors d’un incident entre un chien de protection et un randonneur et aider à reconstituer les faits.
Le collier reste donc affaire de recommandation, largement suivie dans les faits. Celui-ci «est avant tout un outil de suivi des chiens de protection des troupeaux, tant pour l’exploitant que pour le Service cantonal de l’agriculture», précise Christine Cavalera. Il ne constitue toutefois pas une mesure contre les attaques de loup.
Les attaques restent possibles
Claude Lattion en souligne à la fois l’utilité et la limite. Chez l’un de ses collègues, une alerte signalant une activité inhabituelle a précédé de quelques heures le repérage d’un prédateur près du troupeau. Mais le collier reste un outil d’information: il permet de suivre la position et le comportement du chien, sans empêcher le loup de passer à l’acte ni réduire à lui seul la vulnérabilité du troupeau. Sur les sentiers, les panneaux sont désormais complétés par une information numérique. Depuis le 1er février 2025, les cantons doivent signaler les zones où travaillent des chiens de protection reconnus et les annoncer chaque année à la Confédération, qui les publie sur son géoportail. Les colliers peuvent faciliter cette mise à jour, précise Christine Cavalera.
Ces zones figurent également sur le portail et l’application SuisseMobile. Une couche dédiée permet d’afficher les zones d’emploi signalées et d’en tenir compte lors de la préparation d’une randonnée. Pour l’éleveur Claude Lattion, cette possibilité constitue «un progrès pour la cohabitation avec le tourisme». Le collier peut enfin servir de témoin lorsqu’un incident est signalé. Chez l’un de ses collègues, les données ont permis d’établir qu’un chien mis en cause après une morsure ne se trouvait pas sur les lieux. L’outil sert ainsi autant à prévenir les rencontres qu’à reconstituer les faits lors d’un incident.
Vers d’autres usages?
Ces colliers pourraient n’être qu’une première étape dans l’évolution des pratiques pastorales. De 2021 à 2023, Massimiliano Probo, responsable du groupe de recherche Systèmes pastoraux à Agroscope, a testé avec son équipe la clôture virtuelle Nofence, mise au point par une société norvégienne, sur des vaches laitières en plaine et des génisses en montagne. L’éleveur dessine les limites du pâturage sur une carte numérique, sans installer de piquets ni de fils. À l’approche de cette frontière invisible, le collier émet un signal sonore, puis une légère impulsion électrique – 25 fois plus faible qu’une clôture – si l’animal poursuit sa trajectoire. Lors des essais, huit impulsions en moyenne ont suffi pour que les animaux apprennent à respecter la zone définie, sans subir de stress significatif selon les chercheurs.
Le dispositif reste pour le moment interdit en Suisse, l’Ordonnance sur la protection des animaux proscrivant ce type de clôture électrique portée par l’animal. Mais le mouvement est lancé: après les étables, les tracteurs et les cultures, le numérique gagne désormais les hauteurs. Sur les alpages, il ouvre de nouvelles possibilités, sans pour autant remplacer l’œil, l’expérience et la présence de celles et ceux qui vivent la montagne.
+ D’infos En 2026, Terre&Nature consacre une série d’articles au pastoralisme au travers de reportages, de portraits et d’analyses.


