L'héritier végétal de l'ère des dinosaures

Wollemia nobilis n'était connu que par des fossiles lorsqu'une petite population vivante fut découverte en Australie. On peut voir cet arbre, dont les ancêtres ont poussé il y a 90 millions d'années, à Lausanne.
© Patrice Descombes/Naturéum

Les collections des institutions muséales ne renferment pas que des échantillons inertes, rangés dans des tiroirs ou exposés derrière des vitrines. Certains spécimens sont bien vivants, à l’instar de Wollemia nobilis, qui s’épanouit sur un talus du Jardin botanique de Lausanne.

Derrière sa silhouette un peu passe-partout se cache un végétal à l’histoire étonnante. Découvert par hasard en 1994 par un garde forestier australien, dans un canyon isolé du parc national de Wollemi, près de Sydney, Wollemia nobilis a immédiatement suscité l’intérêt des scientifiques.

Inconnu à l’état vivant

Il faut dire que cet arbre était inconnu jusqu’ici à l’état vivant: il n’existait que sous forme de fossiles dont les plus anciens remontent à 90 millions d’années. On le pensait donc disparu depuis l’époque des dinosaures. Souvent qualifiée de «fossile vivant», cette espèce est en réalité l’ultime survivante d’une lignée qui a longtemps prospéré avant de friser la disparition.

Dans son milieu naturel, ce conifère à croissance lente peut atteindre entre 25 et 40 m de hauteur. Son apparence contribue à son caractère singulier: une écorce sombre évoquant du chocolat fondu et des feuilles disposées en rangs réguliers qui rappellent des frondes de fougères. Wollemia nobilis est une espèce monoïque: chaque arbre porte des cônes mâles et des cônes femelles, ce qui rend possible son autofécondation.

Arbres sous haute protection

De vestige préhistorique, cet arbre est directement passé dans la catégorie des espèces menacées et en voie d’extinction. À l’état sauvage, il en subsiste moins de cent individus, dont l’emplacement exact est tenu secret. Wollemia nobilis est un sujet d’étude privilégié: les chercheurs l’utilisent pour comprendre l’évolution des conifères et la manière dont les générations successives ont éliminé les variants les plus défavorables.

Pour assurer sa conservation, des jeunes plants ont été diffusés à travers les jardins botaniques du monde entier. Cette stratégie permet de multiplier les individus hors de leur site d’origine et de réduire les risques d’extinction liés à une population naturelle très restreinte.

L’espèce peut d’ailleurs s’adapter à des conditions variées: elle tolère des températures allant jusqu’à -10°C et peut être cultivée sous nos latitudes avec une légère protection hivernale. Sa présence à Lausanne témoigne d’une lignée que les botanistes n’auraient jamais cru croiser ailleurs que dans les vestiges fossiles, et inscrit dans le paysage actuel une silhouette qui appartenait au monde des dinosaures.

+ d’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution. natureum.ch

* Anne Dubéarnès est conservatrice au département de botanique du Naturéum; Patrice Descombes en est le conservateur en chef

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