La rare gorgebleue fait le bonheur de ses admirateurs

De dos, on pourrait penser au rouge-gorge, mais lorsque l'oiseau se tourne sa grande bavette azur désigne la gorgebleue. Elle est l'apanage de mâles en plumage nuptial.
Daniel Aubort
© Petit-Goupil

Deux sous-espèces de gorgebleue à miroir peuvent être observées en Suisse: celle à miroir roux (Luscinia svecica) et celle à miroir blanc (Luscinia svecica cyanecula). La première se rencontre en altitude, dans les Alpes grisonnes, du Tessin et de Berne, la seconde sur le Plateau suisse, aux abords des lacs et des marais.

Fervent admirateur et défenseur de la réserve naturelle des Grangettes, et des oiseaux qui y vivent, depuis plus de cinquante ans, Hubert Fivat a régulièrement croisé le chemin de l’espèce à miroir blanc: «Les gorgebleues font partie de la famille des muscicapidés, de petits passereaux – rossignol, rouge-gorge – qui fréquentent les milieux humides. Elles sautillent au sol, la queue de couleur rousse relevée, ce qui la distingue du rouge-gorge, avec lequel elles peuvent facilement être confondues quand la bavette n’est pas visible.»

Des biotopes spécifiques

Chaque espèce à des exigences, les gorgebleues en ont pour leurs sites de chasse et de reproduction. Certains habitats du Plateau seraient susceptibles de l’accueillir, mais, contrairement à la France voisine, ne sont pas occupés. De plus, tenter d’attirer des oiseaux afin qu’ils s’y reproduisent en créant un milieu que l’homme considère comme favorable fonctionne rarement.

À quoi ressemble ce milieu propice? «Ce sont des pièces d’eau, nommée baissières, indique l’ornithologue. Des zones de terrain en creux, retenant l’eau, et garnie de petits saules, parfois sur quelques dizaines de mètres carrés. Mais en créer ne garantit pas la réussite et nécessite une maintenance au moins deux fois par année, pour empêcher l’envahissement par les broussailles et les arbres, comme j’ai pu le remarquer.»

Des insectes au menu

Sautillant au sol d’une touffe d’herbe à l’autre ou marchant en eau peu profonde sur les rives des lacs et étangs, la gorgebleue paraît très concentrée lors de sa quête de nourriture. Certains individus sont si peu farouches qu’ils ignorent totalement la présence de l’homme qui les observe.

«La gorgebleue à miroir blanc chasse volontiers les insectes qui flottent à la surface de l’eau, mais également de petites bêtes, telles des larves, posées sur la vase. Comme c’est une chasseuse à vue, elle fait également des vols éclair depuis des buissons pour s’emparer des insectes volants. Une fois les insectes disparus, l’espèce est contrainte de se rabattre sur des graines et des baies», détaille Hubert Fivat.

Quelques mois en Suisse

Comme tous les oiseaux insectivores qui quittent nos latitudes pour hiverner dans des régions plus clémentes, les gorgebleues sont visibles en Suisse durant quelques mois seulement.

«Au printemps, la gorgebleue à miroir blanc arrive chez nous à mi-mars et reste jusqu’à fin avril. En automne, sa présence s’étend entre fin août et durant le mois septembre, explique Hubert Fivat. L’autre sous-espèce, celle à miroir roux, peut être présente plus longtemps du fait qu’elle niche, mais en nombre très restreint, dans les Alpes. Elle arrive en mai pour repartir en septembre. La première hiverne en Espagne et Afrique subsaharienne, l’autre gagne l’Afrique orientale, mais sa répartition s’étend jusqu’à l’Asie.»

Interactions animales

Comme Hubert Fivat le dit à propos des Grangettes: «Participer au maintien de leur bonne santé, œuvrer pour elles est un plaisir, mais m’apparaît aussi comme essentiel à mon équilibre.» Cette forte implication lui a permis, au cours des années, de remarquer l’influence des interactions entre espèces animales.

«On ne réalise pas à quel point le castor fait du bon travail dans un marais. En créant des chemins dépourvus de végétation, le rongeur favorise la grogebleue, comme d’autres passereaux, et les râles et marouettes. Ces oiseaux profitent de ces chemins de transit protégés qui sont aussi bons pour chasser.» Dernière astuce du connaisseur pour repérer une gorgebleue: les sons qu’elle émet. «Son cri d’alarme est très reconnaissable: il s’agit d’un trak aux intonations sèches.»

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