Sous un joli pyjama beige, la vie palpite dans le chaudron
Les motifs sur le corps des animaux ont souvent pour fonction de dissimuler leur forme dans le milieu. La nature a pourvu les vulnérables faons de chevreuil ou de cerf d’une robe tachetée qui leur permet de se camoufler sur le sol forestier. Dans une même optique, elle a doté les marcassins d’un joli pyjama beige strié de bandes brunes. Ces petits sangliers sont adorables, mais qu’ils sont difficiles à découvrir!
La bête râblée n’a pas l’élégance d’une biche, son poil est rêche et son œil chafouin. Elle vit la nuit, grogne et laboure de son boutoir les pâturages et les champs, en quête de racines, de tubercules ou de rongeurs, laissant derrière elle des sols retournés et des dégâts dans les cultures. Le sanglier est mal aimé, car il incarne une nature sauvage qui empiète sur nos activités.
La laie et les sept nains
Malgré son apparence revêche, l’animal possède des sens aiguisés, une grande intelligence et fait preuve de sociabilité. Le début du printemps correspond au pic des naissances et grâce à la complicité d’un ami qui a découvert fortuitement un lieu de mise bas, j’ai pu partager un moment d’intimité familiale avec ces cochons sauvages.
Installé à proximité du chaudron en fin de journée, j’ai eu l’occasion d’observer une laie avec ses marcassins. Les animaux se reposent, couchés les uns sur les autres dans un souci de contact et de chaleur corporelle. Après un moment passé à détailler le tas d’animaux, des oreilles bougent, une patte se détend et quelques couinements et grognements se font entendre. La laie se lève tranquillement et s’en va suivie par ses sept petits âgés de quelques jours seulement. Je profite de leur absence pour quitter les lieux.
Mamans interchangeables
De retour à l’aube le lendemain avec mon ami, c’est la stupéfaction! Dans un éclat de bois cassé et de feuilles mortes remuées, une laie bondit hors du chaudron et nous toise à une dizaine de mètres, soufflant et remuant les oreilles.
Nous restons tétanisés face à la bête apeurée et menaçante. Elle s’éloigne heureusement, toujours en soufflant et très vigilante, suivie d’une dizaine de marcassins. La tension se relâche et nous constatons, surpris, que la laie que nous connaissions est couchée dans le chaudron avec deux petits. Elle n’a pas bougé!
La seconde femelle qui a passé la nuit avec ses jeunes en sa compagnie est partie visiblement avec plus de petits que les siens ce qui démontre que les marcassins peuvent suivre indifféremment l’une ou l’autre maman…
Le reste de la journée s’est déroulé dans une parfaite quiétude. Notre laie s’est levée pour aller boire dans une flaque proche, talonnée par les deux porcelets. Elle s’est recouchée plus tard sur le flanc pour laisser les marcassins téter frénétiquement avant de s’endormir, repus, sous le doux soleil printanier.