Le bison des steppes de Saint-Prex, témoin de l'âge de glace au bord du Léman
En janvier 1942, dans la gravière du Coulet à Saint-Prex (VD), un ouvrier entend un bruit inattendu sous son outil: il vient de fracasser en plusieurs fragments le crâne fossilisé d’un bison des steppes, vestige d’un animal qui parcourait les rives du Léman à la fin de la dernière glaciation. Les fragments retrouvés, immédiatement confiés au musée, seront patiemment reconstitués par les restaurateurs.
Le lieu-dit du Coulet est aujourd’hui connu pour son bloc erratique en bord de plage, témoin du passage du glacier du Rhône, qui atteignait ici plus de 1300 m d’altitude il y a environ 20 000 ans. Lorsque la glace s’est retirée, le niveau du Léman était encore une trentaine de mètres plus élevé qu’aujourd’hui et une rivière y déposait un vaste delta de sables et de graviers — les mêmes dépôts que la gravière exploitera au début du XXe siècle.
Près de 2 m au garrot
Le fossile appartient à un mâle imposant, atteignant près de 1,95 m au garrot, plus grand que les espèces actuelles, le bison européen et le bison américain. À l’époque, ces bisons vivaient en vastes troupeaux et partageaient nos paysages avec mammouths, rennes, chevaux sauvages ou aurochs, comme l’attestent les fossiles retrouvés autour du Léman. Leur pelage brun-roux, marqué de zones plus sombres sur le dos et le poitrail, est connu grâce aux peintures rupestres d’Altamira ou de Lascaux.
Au fil des millénaires, changements climatiques et pression humaine ont profondément transformé ces écosystèmes, entraînant la disparition de nombreuses espèces de la faune glaciaire. Le bison des steppes (Bison priscus) s’est éteint il y a quelques milliers d’années seulement, tandis que les espèces actuelles de bisons ont frôlé l’extinction avant d’être protégées et, pour certaines, réintroduites.
Restauration minutieuse
Découvert il y a plus de huitante ans, le crâne du bison de Saint-Prex a récemment bénéficié d’une restauration minutieuse au Naturéum. Les interventions anciennes, réalisées selon les pratiques du début du XXe siècle, avaient recouvert certaines parties de plâtre et d’un épais revêtement cireux, masquant les reliefs osseux originaux. Leur retrait patient a permis de restituer les volumes authentiques du fossile et de redonner toute sa lisibilité anatomique au spécimen.
Aujourd’hui exposé dans la galerie de paléontologie du Naturéum au Palais de Rumine, le crâne de Saint-Prex rappelle qu’avant les vignobles, les champs, les villages et les routes, les rives du Léman étaient parcourues par les grands troupeaux de la steppe glaciaire.
+ D’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution. natureum.ch
* Robin Marchant est conservateur au département de géologie du Naturéum; Nadir Alvarez en est le directeur


