Le chasseur du crépuscule est taillé pour fendre l'air
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Avec ses longues ailes recourbées en forme de lames, le faucon des chauves-souris (Falco rufigularis) porte dans son nom même l’origine de la famille des faucons: il vient du latin falx, la faux. Sa silhouette fine et aérodynamique lui permet un vol extrêmement rapide et agile, indispensable pour capturer ses proies en plein ciel. Présent du Mexique au nord de l’Argentine, cet oiseau solitaire fréquente les lisières des forêts tropicales ainsi que les zones boisées semi-arides, du niveau de la mer jusqu’à 2000 m d’altitude environ.
Le faucon des chauves-souris se reconnaît à son plumage contrasté: un dos et une tête gris-noir, une gorge claire, une poitrine rayée de blanc et un ventre roux marqué. Sa silhouette effilée lui vaut même d’être parfois confondu avec un martinet, qui a lui aussi des ailes en forme de faux, adaptées à un vol rapide.
Comme son nom l’indique, ce faucon se nourrit principalement de chauves-souris. Il les capture en vol, souvent au crépuscule. Il chasse aussi des passereaux et de grands insectes volants, notamment des libellules. Cette spécialisation rappelle celle du faucon hobereau (Falco subbuteo), une espèce nicheuse présente en Europe, qui intercepte lui aussi des insectes et de petits oiseaux, voire une chauve-souris, en plein vol. Même si l’espèce n’est actuellement pas considérée comme menacée à l’échelle mondiale, elle subit localement les effets de la déforestation, qui réduit progressivement ses habitats naturels.
Un faucon de 200 ans
Le spécimen exposé dans l’aile sud des galeries permanentes du Département de zoologie possède une valeur historique particulière. Il provient en effet d’une expédition menée au Brésil en 1839 par Auguste Chavannes et Gustave Perdonnet. Les deux naturalistes envoyèrent alors plusieurs centaines d’oiseaux au musée cantonal de zoologie, constituant avec les collections de Daniel-Alexandre Chavannes – le père d’Auguste – l’un des ensembles ornithologiques les plus importants du musée.
Si Falco rufigularis n’est pas rare, ce faucon des chauves-souris est l’unique spécimen de son espèce conservé dans les collections de l’institution vaudoise. Son intérêt réside surtout dans la qualité exceptionnelle des informations associées à sa récolte. Pour de nombreux spécimens du XIXe siècle, les données précises de lieu ou de date ont en effet disparu. Ici, nous savons qu’il a été récolté au Brésil en 1839, il y a près de deux siècles.
+ D’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution. natureum.ch*Olivier Glaizot est le conservateur en chef du département de zoologie du Naturéum




